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1 août 201917:41

Conférence de presse de Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 1er août 2019

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Sur la situation actuelle en Syrie

 

Aujourd'hui à Noursoultan se déroule la treizième rencontre internationale sur la Syrie dans le cadre du "format d'Astana". Ce dernier réunit traditionnellement les représentants des trois pays garants (la Russie, l'Iran et la Turquie), les délégations du Gouvernement syrien et de l'opposition armée, ainsi que de la Jordanie et de l'Onu en tant qu'observateurs. Cette fois, des observateurs libanais et irakiens rejoindront pour la première fois le "format d'Astana". Nous espérons que la participation de nouveaux observateurs arabes renforcera l'implication des voisins de la Syrie dans le règlement du conflit et permettra d'évoquer de manière plus détaillée des questions aussi importantes que le retour des réfugiés syriens, l'établissement des liens commerciaux et économiques et la normalisation des relations de Damas avec ses partenaires arabes.  

Ces consultations de deux jours devraient permettre d'examiner en détail la situation sur le terrain en Syrie, le processus politique mettant l'accent sur le lancement du Comité constitutionnel et les questions humanitaires, y compris l'aide à tous les Syriens, le retour des réfugiés et des personnes déplacées, ainsi que la reconstruction du pays après le conflit. On envisage également d'organiser une séance du Groupe de travail pour la libération des détenus en marge de la réunion.

En ce qui concerne la situation actuelle sur le terrain en Syrie, le général Sergueï Roudskoï, directeur de la Direction principale des opérations de l'État-major général des Forces armées russes, a tenu une conférence de presse détaillée dont le texte est disponible sur le site du ministère russe de la Défense. Elle comprend une analyse développée de la situation dans différentes régions du pays, y compris à Idleb, dans le Nord-Est et dans le Sud, s'appuyant sur les dernières statistiques en date.

D'une manière générale, nous sommes toujours préoccupés par la situation tendue dans la zone de désescalade d'Idleb, depuis laquelle les combattants de Hayat Tahrir al-Cham lancent toujours des tirs et des attaques sur les territoires voisins.

Les camps de Roukban et d'Al-Hol font toujours face à une situation humanitaire compliquée. Contrairement aux messages encourageants lancés régulièrement par les Occidentaux, on n'y constate aucune amélioration. Suite à l'évacuation de pratiquement tous les civils de Roukban à l'aide de la Russie, les deux camps se sont de fait transformés en colonies des terroristes fugitifs et de leurs familles. Les conditions de vie insupportables ne font que radicaliser davantage les habitants restants de Roukban et d’Al-Hol. Cela crée un risque réel que ces derniers fuient les camps et rejoignent la guérilla terroriste et les cellules dormantes de Daech sur le territoire de la Syrie et de l'Irak.

Malgré les difficultés économiques objectives, les autorités syriennes poursuivent un large programme d'aménagement de la vie pacifique et de rapatriement des Syriens: 330 000 personnes sont revenues en Syrie depuis le lancement de l'initiative russe de retour des réfugiés et des personnes déplacées en Syrie il y a un an.     

La vie pacifique se rétablit progressivement en Syrie: les liens commerciaux et économiques naturels s'intensifient, le pays sort peu à peu de l'isolement. Ainsi, environ 30 États ont déjà confirmé leur participation à la 61e annuelle Foire internationale de Damas fin août-début septembre et joue un rôle important dans le soutien à l'économie nationale et l'attraction d'investissements supplémentaires dans le pays. Qui plus est, une délégation syrienne s'est rendue à Minsk dans la deuxième moitié du mois de juillet pour évoquer avec les dirigeants biélorusses la participation des entreprises de ce pays à la reconstruction de la Syrie après-guerre.

Les relations arabo-syriennes ne cessent de s'améliorer. Nous avons récemment appris la volonté du Président palestinien Mahmoud Abbas de se rendre prochainement à Damas.

Selon les données du Ministère syrien de l’Éducation, la Russie est l'un des leaders en matière d'octroi de bourses d'études aux étudiants syriens: elle représente un tiers de tout le financement étranger. De notre côté, nous sommes heureux de contribuer ainsi à l'avenir du peuple syrien.

 

Sur la situation au Soudan

 

Nous continuons de suivre attentivement l'évolution de la situation dans le pays ami qu'est le Soudan. Depuis le début de la crise, la Russie appelle les parties impliquées à régler toutes leurs divergences uniquement par des moyens pacifiques sur la base d'un large dialogue impliquant toutes les forces politiques responsables du pays.

Nous soutenons la signature, le 17 juillet avec la médiation de l'Union africaine et de l’Éthiopie, d'un accord politique entre le Conseil militaire de transition et la coalition d'opposition "Forces pour la liberté et le changement" sur la formation des organes administratifs provisoires pour la période de transition. Nous espérons que sa mise en œuvre favorisera la stabilisation de la situation au Soudan.

Il est selon nous nécessaire de finaliser le plus rapidement possible les négociations sur la rédaction de la Déclaration constitutionnelle qui devrait définir le mandat des nouveaux organes de pouvoir provisoires.

Nous sommes convaincus que le règlement de la crise dans ce pays est une affaire strictement intérieure du Soudan et que toute ingérence extérieure est absolument inacceptable.

 

Sur l'attisement de la situation dans le golfe Persique par les États-Unis

 

Nous sommes préoccupés par la hausse significative du potentiel de conflit dans la zone du golfe Persique. L'évolution de la situation approche effectivement d'un seuil dangereux et risque de déboucher sur un conflit armé d'envergure.

Les États-Unis exacerbent intentionnellement la situation, qui ont notamment organisé la prise pirate d'un cargo pétrolier iranien à Gibraltar afin de renforcer la présence militaire américaine dans le Golfe sous prétexte de "garantir la liberté de la navigation maritime". De plus, ils font participer d'autres pays à leurs provocations, même ceux qui sont éloignés de cette région en principe. Une "coalition navale" est déjà en cours de constitution. C'est la méthode favorite de ces dernières années: non pas la formation d'une force de maintien de la paix et de la stabilité basée sur le droit international, mais la création de coalitions dont les attributions ne sont régies par aucune règle ni aucune loi, n'ont aucune base légitime, et agissent simplement en fonction des intérêts conjoncturels d'un certain groupe de pays. La "coalition navale" dont il est question ne vise pas à maintenir la paix mais plutôt à faire pression sur l'Iran, malheureusement, à ce que l'on sache, avec un rôle principal des États-Unis.

Nous voudrions rappeler qu'avant le retrait unilatéral des États-Unis des accords sur la garantie du caractère pacifique du programme nucléaire iranien, la navigation maritime et la circulation pétrolière via le détroit d'Ormuz se déroulaient de manière stable et calme. Il n'y avait aucune nécessité de constituer des coalitions pour assurer leur sécurité tant que les Américains n'avaient pas commencé à attiser artificiellement la tension.

Cela donne l'impression que Washington cherche un prétexte pour exacerber la situation, pour poursuivre sa rhétorique agressive envers l'Iran et pour passer à une phase de conflit chaude et plus active. Tout cela en s'orientant principalement sur leurs fins en politique nationale, le nouveau cycle électoral. Chaque fois nous le disons et constatons que c'est une politique vicieuse que d'être à l'affût du soutien des électeurs, manipuler la conscience et l'information pour influencer ainsi les cotes de popularité, mettre en péril les civils d'autres pays et ses propres citoyens, militaires et civils. Les alliés des Américains de toutes ces coalitions devraient également se demander pourquoi on cherche à les impliquer dans le jeu des autres et pourquoi ils deviennent de nouveau des pions dans le jeu des autres.

La crise actuelle rend pertinente l'élaboration d'une vision stratégique convenue des solutions pour une stabilisation durable de cette région. Depuis plusieurs années nous suggérons de se pencher sur cette tâche. En particulier, nous avons mis au point une Conception de la sécurité collective dans le Golfe, dont la nouvelle mouture a été évoquée en conférence de presse du  23 juillet par le vice-Ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov.

Cette initiative s'appuie sur le respect rigoureux du droit international, le multilatéralisme et la participation équitable de tous les États de la région sans exception. Nous espérons qu'elle sera soutenue.

 

Sur la situation du pétrolier Stena Impero avec des membres d'équipage russes

 

L'Ambassade de Russie en Iran suit régulièrement la situation de trois citoyens russes parmi les membres d'équipage du pétrolier britannique Stena Impero, en mouillage au port iranien de Bender-Abbas.

Le 26 juillet, les diplomates de l'Ambassade de Russie en Iran ont été autorisés à les rencontrer. Les marins sont en bonne santé et ne se plaignent pas. Ils ont suffisamment de nourriture et de médicaments.

Les autorités iraniennes ont reçu la requête de régler au plus vite la situation des citoyens russes afin qu'ils puissent rentrer chez eux. Nous continuerons de régler énergiquement ce problème prioritaire.

 

Sur la situation au Venezuela

 

Nous soutenons entièrement les différents efforts visant à trouver des solutions mutuellement acceptables pour régler la situation dans ce pays. La Russie souhaite que les problèmes du Venezuela soient réglés au plus vite et appelle de nouveau à s'abstenir de commentaires sur le déroulement et les objectifs des négociations au "format norvégien" entre le gouvernement légitime et les représentants de l'opposition, ainsi qu'à toute tentative de les influencer de l'extérieur. La pression extérieure sur les négociations ne les accélérera pas. Au contraire, elle sème la méfiance réciproque entre les parties et constitue un frein notable.

Cette ligne des États-Unis et de leurs alliés pourrait conduire à l'échec des contacts directs et à une nouvelle aggravation aux conséquences difficiles à prévoir, ce qui repousse la perspective du règlement du conflit intérieur vénézuélien de manière pacifique sans utiliser la force. Tous les membres de la communauté internationale plus ou moins intéressés sont responsables de la réussite du dialogue vénézuélien intérieur ou de son échec.

Malheureusement, même les premiers pas dans les négociations ont alarmé les "amis de la démocratie vénézuélienne". Récemment (le 16 juillet) la Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a menacé d'élargir les sanctions en cas d'absence de résultats concrets lors des négociations. Voilà une approche diplomatique intéressante. Si les négociations échouaient, indépendamment du responsable, des sanctions seraient décrétées de toute façon. Telles sont les "courbes" de la diplomatie de l'UE. Le Secrétaire d’État américain s'est également distingué en déclarant le 19 juillet que les négociations de la Barbade ne pouvaient avoir qu'un seul objectif, à avoir "le départ de Maduro de son poste". De telles négociations ne sont pas une recherche de compromis et de solutions mais un moyen d'avancer vers un objectif préalablement fixé par un tiers (un autre État). Apparemment toutes ces déclarations d'ultimatum s'expliquent par le fait que Washington a senti la possibilité d'un compromis entre les négociateurs qui profiterait au peuple vénézuélien et non à l'administration américaine.

Outre les menaces verbales mentionnant compulsivement l'option militaire, le gouvernement vénézuélien reçoit des signaux plus palpables: de plus en plus souvent, les avions de reconnaissance américains effectuent des vols provocateurs près des frontières du Venezuela, forçant l'armée de l'air nationale à réagir. Le 24 juillet, le Ministère américain des Finances a inscrit sur la liste des sanctions 10 citoyens vénézuéliens et colombiens supplémentaires, ainsi que 13 compagnies de différents pays (Hong Kong, Colombie, Émirats arabes unis, États-Unis, Turquie). Voici un autre exemple de pression et de chantage réels. Savez-vous pourquoi ces compagnies ont été inscrites sur ces listes? Pour avoir acheté et distribué de la nourriture dans le cadre des programmes d'aide sociale pour les couches les plus démunies de la population, en contournant les sanctions. La voici, la véritable préoccupation pour le peuple vénézuélien. Je rappelle que la participation des États-Unis à toute cette histoire est justifiée précisément par le bien-être des Vénézuéliens.

De plus, les Américains poursuivent leur pratique du deux poids deux mesures aussi bien envers leurs alliés que les autres. Dans le cadre de la ligne visant à étouffer économiquement le Venezuela souverain, Washington a néanmoins prolongé les exceptions pour cinq compagnies de production et de services pétroliers vis-à-vis des sanctions décrétées en janvier 2019 par le Président américain Donald Trump. De cette manière, dans le cadre d'une politique de concurrence déloyale, ces restrictions visent à expulser d'autres acteurs du marché vénézuélien et à créer des avantages supplémentaires pour les entrepreneurs américains. Aucune notion anti-Maduro n'est prise en compte quand il s'agit des intérêts des grandes entreprises américaines. C'est une hypocrisie absolue, un deux poids deux mesures, une violation de toutes les règles et normes des relations internationales qui ont été proposées aux communautés démocratiques comme règles du jeu mondial. Des exceptions sont faites pour les compagnies qui ne manquent déjà pas d'argent et utilisent cet argent pour s'enrichir, alors que quand il s'agit de la population démunie, notamment des enfants qui ont besoin d'aide parce qu'ils souffrent d'un cancer, aucune exception n'est faite.

 

Sur la réédition de Mein Kampf en Estonie

 

Notre attention a été attirée par l'information selon laquelle le livre d'Adolf Hitler, Mein Kampf ("Mon combat"), interdit en Russie, allait bénéficier d'un tirage supplémentaire en Estonie où sa nouvelle édition sortira en août 2019. Il a été annoncé que le premier tirage, publié par Matrix Publishing au premier semestre 2019, avait été entièrement vendu. Cette maison d'édition s'est fait remarquer plusieurs fois pour la publication d'œuvres d'auteurs odieux, notamment de livres de collaborateurs nazis et de leurs partisans contemporains.

Nous observons avec inquiétude l'agitation malsaine autour de ce livre ces dernières années en Europe. En 2016, une version augmentée des commentaires de l'Institut d'histoire contemporaine de Munich a été mise en vente en Allemagne. A la fin de l'année, 85.000 livres avaient été vendus au lieu des 4.000 prévus initialement. La même année, le journal italien Il Giornale a publié à titre de supplément gratuit le premier tome du livre.

En 2018, Mein Kampf est devenu accessible aux Pays-Bas après 70 ans d'interdiction, et pour 2020 a été annoncée sa sortie en français. En mars 2019, un théâtre de Varsovie a mis en scène un spectacle sur le texte hitlérien, malgré son interdiction en Pologne. De plus, le livre peut être acheté librement au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France et au Japon.

On a commencé à oublier de quel livre il s'agissait. Rappelons-le. Mein Kampf est un livre de haine militariste contenant les contours idéologiques des futures atrocités d'Adolf Hitler, où la terreur est proclamée en tant que méthode légale de lutte politique. En Russie, il a été inscrit sur la liste des œuvres extrémistes interdites à la publication et à la diffusion. La réédition de ce texte en soi, même accompagnée de commentaires critiques des historiens, risque de devenir une "bombe idéologique" au vu des tentatives de plus en plus fréquentes de réviser les résultats de la Seconde Guerre mondiale, de réhabiliter les complices nazis et de répandre le néonazisme, le racisme et la xénophobie en Europe. La situation est d'autant plus grave en Estonie car l'éditeur publie le livre sans aucun contour didactique ni censure.

Hormis l'édition de Matrix Publishing, dans les librairies estoniennes a fait son apparition la bande dessinée Hispter Hitler, abondant en humour sur les thèmes sinistres comme l'Holocauste et l'agression contre l'Union soviétique. Parmi les médias estoniens, le magazine Culture et Vie s'est distingué par des efforts actifs pour réhabiliter les complices nazis, qui vulgarise ouvertement les unités SS estoniennes pendant la période d'occupation allemande en 1941-1944.

La propagation d'une telle littérature n'est pas le seul indicateur du niveau critique des sentiments néonazis en Estonie. Récemment, le 27 juillet, s'est tenue la réunion traditionnelle des adeptes des SS à Sinimäe. Le 29 juillet, à Valga, la base de l'Otan a accueilli une foire où étaient ouvertement vendus des symboles nazis. Sur fond d'immortalisation de la mémoire des criminels de guerre sont profanés des monuments aux victimes de l'Holocauste et aux guerriers soviétiques libérateurs. On constate également une lutte contre l'activité des organisations antifascistes.

Il est évident que sans la complaisance des autorités, la hausse de la popularité du néonazisme n'aurait pas été possible en Estonie. Nous espérons que les structures internationales, le Conseil de l'Europe, l'OSCE, l'UE et l'Onu, s'intéresseront enfin à cette situation franchement dangereuse et feront pression sur Tallinn. Nous espérons que la société civile estonienne s'opposera fermement à la transformation de son pays en bastion du néofascisme en Europe, en suivant l'exemple d'autres grands réseaux de librairies qui ont refusé de vendre l'œuvre hitlérienne éditée par Matrix Publishing. Et ceux qui promeuvent l'idéologie condamnée par le tribunal de Nuremberg pour en tirer un profit politique immédiat devraient avoir honte - même si j'ignore si cette notion existe encore dans les relations internationales contemporaines - devant les nombreux descendants des Estoniens qui ont défendu et libéré leur Patrie des occupants nazis allemands.

 

Sur les publications des médias britanniques concernant la création de cybertroupes

 

Notre attention a été attirée par les publications de la presse britannique d'aujourd'hui, citant les propos des militaires du Royaume-Uni concernant la création de troupes spéciales destinées à mener des opérations offensives dans l'espace informatique. Le quotidien Daily Telegraph explique notamment ces mesures par la nécessité de riposter notamment à de prétendues menaces de la part de la Russie. Quant au Times, il indique ouvertement que ces unités "organiseront des cyberattaques et diffuseront des désinformations".

Il s'agit non seulement d'une nouvelle étape de la politique antirusse du Royaume-Uni, mais aussi de la reconnaissance directe des projets agressifs de Londres dans l'espace numérique. Tout cela semble particulièrement ironique compte tenu du fait que les autorités britanniques ont révélé leurs intentions réelles - manipuler les informations à des fins militaires et politiques, y compris dans le cyberespace - moins d'un mois après la Conférence globale sur la liberté des médias organisée par le Ministère britannique des Affaires étrangères.

Nous ne laisserons pas tomber ce sujet. Je pense que l'Ambassade russe au Royaume-Uni présentera ses commentaires. Nous évoquerons ce sujet de manière plus détaillée. Il ne s'agit que de notre première réaction.

 

Sur les approches russes de l'intelligence artificielle (IA) dans le contexte de la Conférence internationale sur l'IA organisée par l'UNESCO du 11 au 12 juillet

 

Le siège de l'Unesco a accueilli du 11 au 12 juillet la Conférence internationale sur l'IA, organisée par le Programme information pour tous et l'université Paris-Sud. La Russie a joué un rôle de partenaire de la Conférence.

La Conférence a impliqué un large éventail de structures internationales (l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, la Banque mondiale, l'Union européenne, l'Organisation internationale du travail, l'Union internationale des télécommunications, l'Organisation de coopération et de développement économiques) et des experts. Les intervenants occidentaux étaient majoritaires. Le reste du monde n'était représenté que par le Brésil, Taïwan et le Japon.

L'événement a de fait dépassé le cadre du sujet fixé, qui était assez étroit et pas tout à fait conforme aux objectifs de l'Organisation: l'influence de la numérisation sur le marché du travail. Les participants ont évoqué différents aspects de cette tendance, notamment éducatif, éthique, ou encore économique.

D'une manière générale, la Conférence a confirmé la volonté de l'Unesco d'atteindre un rôle de leader dans la formation d'une base normative dans le domaine de l'IA.

Cet événement a permis un échange de vues sur un problème assez neuf et d'actualité, qui se développe de manière dynamique. Il ne s'est soldé par l'adoption d'aucun document.

Maxime Fedorov, directeur du Centre des technologies informatiques de science et d'ingénierie auprès de l'Institut de science et de technologies de Skolkovo, qui participe à l'élaboration de la stratégie nationale de la Russie dans le domaine de l'IA, a présenté à la Conférence un rapport sur les approches russes de ce problème. Il a mis l'accent sur l'importance du rôle central de l'homme dans l'utilisation de l'IA, l'utilité de l'élaboration d'un cadre éthique international approprié et la nécessité de concerter les approches interétatiques de l'élaboration d'une politique commune dans le domaine de l'IA.   

 

Sur les aspects du droit international concernant la liberté d'expression et le droit aux rassemblements pacifiques

 

Vous avez probablement fait attention à nos commentaires concernant les propos tenus par les ministères des Affaires étrangères de différents pays concernant les événements intérieurs en Russie. Il y en a eu beaucoup cette semaine. La sensibilité de nos collègues étrangers à nos événements intérieurs est frappante. Ils ont exprimé leurs préoccupations concernant certains aspects du processus électoral en Russie. Comme vous le savez, nous l'avons commenté au niveau de nos missions à l'étranger et continuerons de le faire. Nous présentons les explications nécessaires et tentons de le faire sous une forme acceptable et compréhensible à nos partenaires, fournissons des matériaux audiovisuels, leur rappelons leur propre situation, les appelons à faire plus attention à leur propre politique intérieure, et répétons le principe généralement reconnu et fondamental du droit international, mais souvent oublié, qu'est la non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Nous rappelons également que le droit international - que personne n'a annulé - exige des États de s'abstenir de tout commentaire et de toute action susceptible d'être interprétée comme une ingérence.

Je voudrais saisir l'occasion et - compte tenu des propos de plusieurs ministères des Affaires étrangères - expliquer à nos partenaires les plus sensibles les aspects du droit international relatifs aux processus électoraux et à la liberté de rassemblement. Avant de tenir des propos absolument étranges, maladroits et dénués de réalité, il veut mieux se souvenir - car il s'agit des relations internationales - des documents internationaux dont l'élaboration a activement impliqué ces pays.

L'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques indique que l'utilisation du droit à la liberté d'expression "comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. Il peut en conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires au respect des droits ou de la réputation d'autrui, à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la santé ou de la moralité publiques".

L'article 21 du Pacte stipule que le droit de réunion pacifique peut-être limité "dans l'intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l'ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et les libertés d'autrui".

L'article 10 "Liberté d'expression" et l'article 11 "Liberté de réunion et d'association" de la Convention européenne des droits de l'homme vont dans le même sens. Qui plus est, ils présentent la nécessité de prévenir le désordre et les crimes en tant que fondement supplémentaire de la limitation éventuelle du recours aux droits mentionnés.

Je voudrais rappeler à nos partenaires occidentaux qui tiennent ces derniers temps des propos erronés, que les modalités de la mise en œuvre par les citoyens russes du droit de rassemblement pacifique garanti par la Constitution sont régulées par la loi fédérale "Sur les rassemblements, les meetings, les manifestations, les marches et les contestations" du 19 juin 2014. Ses clauses sont absolument conformes aux obligations de la Russie dans le cadre des ententes et des accords internationaux susmentionnés.

Il est étrange d'entendre des reproches de la part de pays tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, etc., où les autorités tabassent furieusement leur propre population, les journalistes et les citoyens des pays étrangers qui leur tombent sous la main, avec ou sans prétexte. On ne constate aucune proportionnalité des actions en observant la dispersion des contestations à Paris, à Francfort, à Fergusson, à Londres, etc. Vous n'avez aucun droit de nous donner des leçons.   

 

Sur la conférence de presse de la porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova en marge du Forum russe de la jeunesse et de l'éducation "Territoire des sens"

 

Pour conclure, je voudrais vous présenter nos projets pour le mois d'août. Nous préparons plusieurs événements itinérants de notre Centre de presse. Nous vous transmettrons les informations et les invitations. L'un de nos objectifs est de vous indiquer plusieurs forums intéressants en Russie et, évidemment, d'attirer votre attention sur les lieux de leur organisation - qui sont remarquables de tous les points de vue.

Notre prochaine conférence de presse se déroulera vendredi 9 août dans la ville de Solnetchnogorsk dans la région de Moscou, au bord du lac pittoresque Senej. Cet endroit accueille du 5 au 20 août le Forum russe de la jeunesse et de l'éducation "Territoire des sens". On nous a invité à y intervenir, et nous estimons qu'il est possible voire nécessaire d'y organiser une conférence de presse. Il s'agit d'un atelier créatif unique, d'une plateforme de communication offrant aux jeunes Russes de tout le pays voulant réellement améliorer la vie et participer aux changements la possibilité de manifester leur potentiel créatif et de trouver une application de ce dernier dans les domaines pratiques de notre vie, de présenter leurs projets et d'étudier ceux des autres.

"Territoire des sens" constitue également un forum d'éducation dont les participants mènent un dialogue direct avec les principaux politiciens de notre pays, les représentants de grandes entreprises, les personnalités de la culture et de la science, pour obtenir des représentations objectives de la situation actuelle en Russie et des perspectives de son développement. L'essentiel est que tout le monde puisse poser toutes les questions qui l'intéressent et obtenir les réponses sous la forme d'un dialogue interactif.

J'invite tout le monde à notre prochaine conférence de presse à Solnetchnogorsk. J'espère que vous aimerez cet événement. Au plaisir de vous voir bientôt!

 

Réponses aux questions:

Question: La tension n'est toujours pas retombée dans la zone du conflit du Haut-Karabakh, où l'on constate des violations régulières du cessez-le-feu. Il y a eu des morts et des blessés des deux côtés ces derniers mois. Un garde-frontière azerbaïdjanais a été blessé hier. Est-ce que les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, notamment la Russie, ont l'intention de prendre des mesures à cet égard?

Réponse: Nous sommes préoccupés par l'aggravation de la situation à la frontière azerbaïdjano-arménienne où a été tué un militaire arménien. Il y a des blessés des deux côtés. Nous présentons nos condoléances aux proches du défunt et souhaitons un rétablissement rapide aux blessés.

La hausse de la tension va à l'encontre des récents accords de cessez-le-feu et des intentions exprimées de régler la situation par des moyens politiques.

Nous partons du principe que l'escalade est inadmissible. Nous appelons les belligérants à faire preuve de retenue, à renoncer à l'usage de la force et à prendre des mesures visant à stabiliser la situation.

En ce qui concerne les coprésidents, je pense qu'il vaut mieux s'adresser à eux directement. Si de nouvelles informations nous parviennent, nous les partagerons.

Question: Le 12 août, cela fera exactement un an que les pays du "quintet de la mer Caspienne" ont signé la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne. Que pensez-vous de la coopération en mer Caspienne entre ces États depuis la signature de la Convention?

Réponse: Le document mentionné a apporté la précision juridique nécessaire dans cette région importante du point de vue géopolitique et géoéconomique. Indéniablement, la Convention a stimulé la coopération entre les États de la mer Caspienne dans différents domaines.

Le 12 août au Turkménistan se tiendra le premier Forum économique de la mer Caspienne - un grand événement appelé à donner une grande impulsion à la coopération commerciale, économique et d'investissements en mer Caspienne. Il sera précédé par une réunion des ministres de l’Économie et des Transports du "quintet de la mer Caspienne".

Le Groupe de travail intergouvernemental de haut niveau pour la mer Caspienne, créé sous l'égide des ministères des Affaires étrangères travaille activement, conformément à la décision des présidents des pays de la mer Caspienne. Conformément à la convention, les négociations entre les cinq ont commencé sur l'Accord concernant la méthode d'établissement des lignes directes en mer Caspienne.

Le travail est en cours sur les textes des accords de coopération dans la recherche et le sauvetage, dans le transport maritime, les recherches scientifiques, la sécurité de la navigation maritime, la lutte contre le braconnage et le trafic de stupéfiants.

La Russie soutient pleinement la coopération dynamique et diversifiée entre les États riverains. Je suis certaine que le contenu substantiel de l'ordre du jour caspien continuera de s'accroître.

Je pense que c'est une très bonne réponse aux déclarations que l'on entend ces derniers temps selon lesquelles le droit international ne fonctionnerait pas et la diplomatie multilatérale ne se manifesterait pas. C'est un exemple qui montre comment il a été possible de déboucher sur une base juridique internationale de coopération non pas sous la pression de leaders informels autoproclamés mais grâce aux efforts communs, aux consultations, aux longues négociations difficiles - j'en ai été moi-même témoin. Tout en sachant que tous les pays sont différents et ont leurs propres fins et objectifs, des coïncidences et des divergences dans les approches des affaires internationales. C'est un exemple de bonne coopération dans le respect mutuel visant à élaborer des consensus permettant de développer la coopération dans le champ légal.

Question: Les États-Unis ont décrété hier des sanctions contre le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Réponse: J'ai l'impression que décréter des sanctions est la seule chose que la diplomatie américaine sait faire. En s'écartant du langage diplomatique et en décrivant la situation telle qu'elle est, les États-Unis vont droit dans l'impasse. Ils ont eux-mêmes renoncé à la possibilité d'utiliser un large éventail de ressources et d'instruments diplomatiques pour régler les différents problèmes et questions, en ne gardant que l'instrument des sanctions. Cet instrument ne fonctionne pas, n'a fait ses preuves nulle part et s'est entièrement discrédité - tout comme ceux qui l'utilisent. Quand un grand État, dans tous les sens du terme, utilise des sanctions unilatérales pour régler des problèmes, il fait état de l'inconsistance de ses autres institutions. On se demande vraiment pourquoi la diplomatie américaine suit cette voie menant à l'impasse. Peut-être qu'en tant que journalistes vous devriez poser cette question aux autorités américaines?

Question: Lors d'un entretien téléphonique avec le Président russe Vladimir Poutine, le Président américain Donald Trump lui a proposé de l'aide pour éteindre les incendies en Sibérie. Peut-on considérer la proposition d'aide comme un pas vers la reprise du dialogue?

Réponse: Oui.

Question: Que pouvez-vous dire concernant l'approbation, par le Sénat américain, du projet de loi sur les sanctions visant les compagnies participant à la construction du gazoduc Nord Stream 2?

Réponse: Il s'agit d'un nouvel "essai" des législateurs américains. Ils ne savent plus quoi inventer ni à quoi s'attaquer. Pour l'instant il s'agit d'une discussion sur un nouvel élan de mesures russophobes au Congrès américain. De nombreuses choses y sont évoquées, mais les décisions sont loin d'être toujours prises au final. Difficile de dire quel sera le résultat cette fois. Il faut comprendre pourquoi c'est fait.

Aujourd'hui il convient de dévoiler "la mécanique". Il est question d'un projet de loi sur la protection de la sécurité énergétique de l'Europe soumis en mai. Ne soyez pas confus par le fait que les Américains veuillent protéger les Européens: c'est de coutume chez eux. Puis ils demandent de l'argent pour cette protection, comme ce fut le cas avec l'Otan. Ce sera visiblement l'étape suivante.

Ce projet de loi a été approuvé par la Commission des Affaires étrangères du Sénat américain, mais d'autres commissions doivent l'examiner en automne, après les vacances parlementaires, puis par les sénateurs. Ensuite la même procédure aura lieu à la chambre basse du Congrès - la Chambre des représentants. Les délais d'examen sont illimités. Il est insensé de réagir à chaque démarche procédurale. Sur le fond, nous avons déjà commenté cette situation.

Pourquoi ne faut-il pas réagir à chaque élément de cette mécanique? Parce que ce n'est pas le seul projet de loi antirusse au Congrès américain. Il existe en ce moment une vingtaine de tels "chefs-d'œuvre". Tous du même type. Pour de nombreux législateurs américains, leur rédaction s'est transformée depuis longtemps en l'unique occupation, notamment car cela leur permet de faire parler d'eux. Ce thème est médiatisé, ils veulent s'y joindre pour pouvoir se faire remarquer avec une initiative résonnante et marquer l'esprit des électeurs.

Deuxième point à noter: même les partisans les plus actifs de la pression par les sanctions sur la Russie reconnaissent ces derniers temps, y compris publiquement, que ces mesures n'apportent pas le résultat escompté. Quand ce n'est pas simplement de "l'art pour l'art" et que cela poursuit des objectifs précis et annoncés, les initiateurs eux-mêmes de la pression par les sanctions reconnaissent que cela ne fonctionne pas. Depuis 2011, les États-Unis ont décrété des sanctions contre la Russie pour différentes raisons à 71 reprises, dont 31 fois depuis début 2017, c'est-à-dire sous l'administration actuelle. Ni l'administration actuelle ni la précédente n'ont rien obtenu. La Russie continue de mener sa ligne indépendante sur la scène internationale.

Vous savez, dans l'un des pays visité actuellement par le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, un représentant de l'establishment politique nous a raconté une excellente histoire. Je traduis sa phrase littéralement: "J'adore suivre les déclarations du Ministère russe des Affaires étrangères parce que dans deux mois ou un an, tout se réalise." C'est pourquoi nous continuerons de mener une ligne indépendante, d'exprimer un avis objectif sur ce qui se passe et de justifier nos propres actes, de prédire l'issue de tels ou tels événements internationaux. Parce que c'est efficace, que ce n'est pas basé sur la création d'une réalité virtuelle ou la formulation d'excuses pour des actions illégales, mais sur une analyse réelle, la vie réelle, la situation sur le terrain. Ces actions sont justifiées notamment du point de vue du droit international. Les États-Unis ne peuvent rien y faire. Cela concerne également la mise en place du Nord Stream 2, qui est construit malgré toutes les menaces. Les initiateurs des sanctions se ridiculisent en refusant publiquement de se joindre et en refusant aux autres la possibilité de se joindre à un projet bénéfique pour eux. Ils font tout simplement preuve de leur propre impuissance. Je l'ai dit en répondant à la question précédente. Quand il est question de sanctions unilatérales interminables, plus de 70 sanctions depuis 2011, c'est un indicateur de sa propre impuissance et incapacité à utiliser d'autres instruments.

Il s'avère que Washington a forcé en vain les hommes d'affaires américains à renoncer à des contrats bénéfiques en Russie, notamment dans le secteur gazier et pétrolier. Il faut trouver un moyen de l'expliquer aux électeurs. Ils ont perdu pour rien des revenus importants, une niche sur le marché russe. Leurs intérêts commerciaux ont été tout simplement sacrifiés au profit des ambitions géopolitiques, mais au final les États-Unis n'ont rien gagné ni dans les affaires ni dans la politique. Au contraire, à présent ils risquent également de repousser les alliés européens intéressés par le Nord Stream 2, qui comprennent l'ampleur, l'ouverture, la transparence du projet, les bases du respect mutuel et le cadre légal sur lesquels il est construit. Je pense que bientôt les Américains, y compris les entreprises américaines, demanderont des comptes à leurs politiciens pour cette ligne imprévoyante.

Ceux qui l'ont menée n'ont plus qu'à compter sur l'effet propagandiste des textes qu'ils mettent au point et adoptent, et sur la tension de la situation, la création d'une inquiétude parmi ceux qui suivent ce thème. Je ne pense pas que nous devions réagir à chaque fois - cela nous concerne nous, mais vous aussi.

Question: Les législatives européennes ont eu lieu il y a 70 jours. Néanmoins, beaucoup de députés légitimement élus au Parlement européen n'ont toujours pas la possibilité de prendre leurs fonctions, alors que près de 2,5 millions d'habitants de la Catalogne ont voté pour eux. Je parle de l'ex-président catalan Carles Puigdemont, de l'activiste politique Toni Comin et d'Oriol Junqueras, qui se trouve en prison actuellement. Certains journalistes le qualifient de prisonnier politique. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Réponse: Selon mes informations, cette question est à l'étude actuellement entre la direction du Parlement européen et le gouvernement espagnol. Nous espérons qu'elle sera réglée dans le cadre légal. Je ne pense pas qu'à étape actuelle cela nécessite un commentaire spécifique de notre part.

Question: Il a été annoncé récemment que lors de la prochaine année fiscale, les États-Unis avaient l'intention de réduire significativement leur aide financière annuelle à l'Arménie. Le délégué aux affaires de la diaspora près le Premier ministre arménien Zareh Sinanian a commenté ainsi cette information: "De cette manière, Washington veut punir l'Arménie parce qu'après l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement Erevan a maintenu sa ligne traditionnelle visant à renforcer les liens et la coopération avec Moscou et, qui plus est, a envoyé son contingent en Syrie." Il est connu que des médecins militaires, des démineurs et d'autres spécialistes arméniens travaillent en Syrie. Peut-on l'interpréter en disant qu'un pays doit punir un autre pour des relations normales, amicales, d'alliés et de partenariat avec un autre État?

Réponse: Je ne voudrais pas donner d'appréciations politiques à ce cas concret. Je n'ai pas vu la citation mentionnée.

Je voudrais l'utiliser en tant qu'exemple de ce que nous avons évoqué plusieurs fois. D'un côté, le monde occidental, ce que nous appelons la civilisation occidentale, a fait la leçon à tous les autres États et continents pendant des décennies concernant la nécessité de mener une politique indépendante aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, parlait constamment (notamment ces dernières années) de l'inadmissibilité de s'ingérer dans les affaires intérieures d'un autre État. La construction des relations entre deux États souverains est leur affaire intérieure. Même s'il est question de la politique étrangère, cette ligne est formée à partir de la conception de la politique nationale, du ressenti intérieur des tâches et des objectifs à accomplir par un État à l'extérieur. Par conséquent, dicter à qui que ce soit des conditions, avec qui il faut ou non être ami, sur qui s'orienter, quelles alliances rejoindre, va à l'encontre du concept en question, derrière lequel se trouvent précisément les pays occidentaux et avant tout les États-Unis.

Nous avons constaté plus d'un exemple d'une telle approche, quand il était question de non-attribution et même de retrait d'une aide promise et qui devait être apportée. Nous avons vu la pression par les sanctions contre certains pays (pas besoin d'aller trop loin pour trouver des exemples), des menaces directes pour les entreprises et les compagnies qui entretenaient une activité commerciale avec les pays "infréquentables" aux yeux de Washington. Parfois ces menaces se transformaient même en actions pratiques agressives. Nous nous souvenons tous de la punition des banques européennes qui réalisaient des transactions parfaitement légales mais n'étaient pas appréciées par les États-Unis.

Tout cela tire un trait sur les valeurs proclamées par les États-Unis et défendues aujourd'hui dans les relations internationales. Je trouve qu'à un moment donné toute cette contradiction les mènera dans une impasse. Les démarches ne peuvent pas être aussi contradictoires et illogiques. Cela conduit toujours à une crise.

Il ne s'agit pas d'une situation concrète, mais globale, voire de l'approche philosophique, doctrinale des États-Unis de leurs valeurs qu'ils défendent comme étant fondamentales pour eux et pour le reste du monde.

Question: La semaine dernière, la Lettonie a décidé de bloquer le site d'information russophone Baltnews.lv. Le Ministère russe des Affaires étrangères a perçu dans ce blocage la volonté de la Lettonie de nettoyer son espace médiatique des médias indépendants. Rappelons que les pays baltes ont déjà fait entrave plusieurs fois au travail des journalistes russes. Comment la Russie, et notamment le Ministère russe des Affaires étrangères, compte-t-elle défendre ses médias à l'étranger?

Réponse: Nous avons immédiatement commenté ce cas.

Il existe plusieurs voies, que nous suivons, pour régler ce problème. C'est évidemment les déclarations publiques et l'envoi de protestations à nos partenaires dans les pays où de telles anarchies médiatiques ont lieu, et l'expression aux organisations internationales de notre position claire qu'une telle attitude envers les médias est inadmissible, la mention du problème sur les plateformes internationales et les conférences qui se déroulent sous l'égide des organisations mondiales. Il faut adopter une approche globale de ce problème.

Très souvent, nous réagissons aux requêtes des journalistes et des rédactions qui nous demandent du soutien. D'ailleurs, certains dans cette salle peuvent le confirmer. Nous recevons des lettres et des requêtes des équipes et des rédactions pour demander un soutien. Ce ne sont pas seulement les mesures que nous élaborons et qui sont adoptées par la communauté internationale, mais également un travail ciblé pour réagir aux requêtes des journalistes. Nous avons commencé à travailler comme une "ambulance médiatique". Des journalistes, des correspondants et des bureaux de correspondants nous envoient des vidéos, des documents confirmant l'obstruction à leur activité. C'est pourquoi nous adoptons une approche globale du règlement de tels problèmes.

Question: A l'issue des négociations du Groupe de contact trilatéral à Minsk hier, le représentant spécial de l'OSCE Martin Sajdik a déclaré: "La trêve pour une durée indéterminée dans le Donbass à partir du 21 juillet a apporté un résultat significatif." Êtes-vous d'accord avec cet avis? De votre côté, que pouvez-vous dire des résultats de ces pourparlers?

Réponse: Je ne peux qu'exprimer de l'optimisme concernant cet avis d'expert. Nous partons du principe que cette trêve fonctionnera réellement et, puisqu'elle est dite à durée indéterminée, qu'elle le sera.

Question: Que pensez-vous du refus d'octroyer des visas russes aux professeurs de l’École anglo-américaine?

Réponse: Ce sujet est apparu dans les médias américains sous forme de fuite - lancée par les Américains si je le comprends bien - indiquant que la Russie aurait refusé d'octroyer des visas aux professeurs de l’École anglo-américaine de Moscou. Nous avons déjà commenté ce dossier en détail, avons souligné que la situation était différente, et avons expliqué les raisons et les faits.

Aujourd'hui, je peux dire que nous avons obtenu certains progrès dans cette question sur la base de la réciprocité. La Russie se prononce pour un règlement global de la question des visas entre la Russie et les États-Unis dans ce domaine (il s'agit des collaborateurs administratifs et techniques, des professeurs), et pour le règlement de cette crise. La situation se trouve malheureusement dans une impasse.

Je vais rappeler que l'octroi d'un visa américain aux citoyens russes nécessite jusqu'à 300 jours d'attente (c'est la durée qu'il faut pour obtenir un entretien à Moscou). Cela torpille les déplacements de travail, les échanges culturels, la participation de nos athlètes aux compétitions. Les États-Unis remettent en question leur capacité à organiser les événements internationaux s'ils ne peuvent pas octroyer leur visa dans un délai raisonnable. Le monde d'aujourd'hui s'est habitué à une vitesse et à une réalité absolument différentes, qui ne prévoit plus l'octroi d'un visa pendant 300 jours voire plus. Qui plus est, il n'existe parfois aucune réponse: ni refus, ni acceptation. Les gens se trouvent dans l'inconnu absolu. Et il ne s'agit pas de personnes menaçantes, mais qui développent les relations bilatérales et sont considérées aux États-Unis comme des personnalités émérites de la société, de la culture ou du sport.

Question: La page du traité FNI sera définitivement tournée demain. Il avançait depuis longtemps vers sa fin, et les autorités russes tenaient différents propos à son sujet. Elles indiquaient que ce traité était un vestige de la guerre froide et qu'il liait les mains de la Russie plus que celles de l'Amérique. Elles disaient également que les Américains avaient tort de l'ébranler, parce que cela pourrait se solder par des répercussions graves pour la sécurité générale. Dans tous les cas, il prendra fin demain. Est-ce plutôt une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la Russie? Qu'est-ce que fera la Russie une fois qu'elle ne sera plus liée par ce traité?  

Réponse: Nous avons déjà évoqué cette question de manière très détaillée. Dès le début, nous avons indiqué qu'il s'agissait d'une initiative américaine, car, comme vous l'avez justement remarqué, c'est Washington qui s'est mis à ébranler ce traité pour finalement annuler sa participation à ce dernier. Nous avons souligné qu'il s'agissait d'une erreur grave de Washington de tous les points de vue. Nous avons offert aux États-Unis plusieurs possibilités de revenir dans le champ du droit dans ce contexte. Nous avons dit que s'ils avaient des préoccupations concernant tel ou tel aspect de ce traité, nous étions prêts à y répondre. Nous avons organisé plus d'un événement d'information ou explicatif. Il s'agissait de rencontres absolument pratiques réunissant nos experts militaires, nos spécialistes qui étaient prêts à répondre à toutes les questions et notamment montrer les sites qui préoccupaient prétendument nos partenaires. Mais qu'avons-nous constaté? Un refus total de participer à ces débats et à ces événements, voire une volonté agressive de prévenir la participation de tous les partenaires des États-Unis aux événements explicatifs visant à trouver un terrain d'entente pour examiner ce sujet. 

Nous avons constaté une campagne d'information agressive aux États-Unis, qui inversait la situation et accusait pratiquement la Russie d'avoir été la première à quitter ce traité. Qui plus est, on a impliqué dans ce travail les institutions de l'Otan en tant que participantes à la campagne d'information. L'ébranlement et la destruction de l'entente, ainsi que le champ d'information qui a été formé, sont très regrettables. C'est un exemple négatif de la résolution des questions compliquées dans le monde contemporain. Au lieu du maintien des outils de règlement des préoccupations, nous constatons leur destruction. Au lieu de la formation d'une atmosphère de confiance visant à rendre le monde plus stable et plus sécurisé, nous constatons des pas dans la direction opposée.

Nous publierons demain un communiqué à ce sujet parce que, comme vous l'avez dit justement, il s'agit d'un moment historique, mais malheureusement négatif. Dans tous les cas, la journée de demain entrera dans l'histoire.  

 

 

 

 

 

 

 

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