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13 juillet 201717:01

Allocution de l’Ambassadeur Alexandre Choulguine, chef de la délégation russe, Représentant permanent de la Russie auprès de l’Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), pendant la 85e session du Conseil exécutif de l’organisation (débats généraux), La Haye, 11 juillet 2017

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Monsieur le Président,

La délégation russe est ravie de vous saluer à nouveau à la tête du Conseil exécutif et voudrait vous assurer de son total soutien et de sa disposition à une coopération constructive afin que cette session se déroule le mieux possible.

La Fédération de Russie est entièrement attachée à ses engagements dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et poursuit la destruction de ses arsenaux chimiques. Au 10 juillet 2017 près de 39.659 tonnes d’armes chimiques avaient été détruites, ce qui représente 99,2% des arsenaux initiaux. La destruction du volume restant se déroule selon le plan établi sur le dernier site en activité à Kizner, en République d’Oudmourtie.

Nous continuons de suivre attentivement la situation concernant la destruction des armes chimiques dans d’autres pays membres. Nous jugeons que les visites des délégations sur le site américain de destruction d’armes chimiques Blue Grass, ainsi que sur le site pour la destruction des armes chimiques laissé par le Japon sur le territoire de la Chine à Haerbalin, qui se sont déroulées en période d’intersession du Conseil exécutif, ont été utiles pour prendre connaissance de la situation réelle.

Monsieur le Président,

La Fédération de Russie a pris connaissance des rapports du Directeur général sur la mise en œuvre du plan de destruction du reste des armes chimiques libyennes de 2e catégorie à l’étranger, ainsi que de celui de la Libye sur l’avancée de la destruction des réserves d’armes chimiques restantes après le 29 avril 2012.

Nous voudrions attirer une nouvelle fois l’attention sur le problème irrésolu de la «disparition» de 220 tonnes de précurseurs d’armes chimiques sur le site libyen de Ruvaga. Conformément à la directive de la 83e session du Conseil exécutif au Secrétariat technique, il faut procéder au plus vite à une inspection intégrale du site par une visite sur place et le prélèvement des échantillons nécessaires. Selon nos informations, la sécurité dans la région de Ruvaga est loin d’être si critique qu'il faille constamment repousser cette visite. Nous pensons qu’il est judicieux de s’adresser aux autorités de Tobrouk qui, selon nos informations, contrôlent le territoire afférant à Ruvaga pour leur demander d’assurer la sécurité afin d'accéder à ce site.

Monsieur le Président,

Nous notons les nouveaux rapports du Directeur général, ainsi que les documents de la Syrie concernant la destruction du potentiel militaro-chimique syrien pour la période concernée, qui témoignent d’un progrès évident en ce sens. Nous constatons avec satisfaction la destruction en juin 2017, en présence des experts de l’OIAC, du dernier hangar d’aviation qui figurait parmi les anciens sites de production d’armes chimiques.

Nous avons également pris note du rapport du Directeur général sur les résultats de l’inspection des sites du centre de recherche syrien à Barza et à Jamraya, menée sur décision de la 83e session du Conseil exécutif. Nous soulignons qu’en dépit des circonstances connues liées à cette décision politiquement motivée, ainsi que de la situation difficile en matière de sécurité dans cette région, le gouvernement syrien a pu organiser de bonne foi la visite des experts du Secrétariat technique au centre de recherche. D’après le rapport, les résultats de la visite parlent d’eux-mêmes: la partie syrienne a apporté la coopération nécessaire et a assuré aux inspecteurs un accès intégral à tous les bâtiments et locaux; l’analyse des échantillons prélevés a indiqué l’absence de traces de produits chimiques figurant «sur les listes»; aucun signe d’activité sortant du cadre des engagements de la Syrie dans le cadre de la CIAC n’a été retrouvé.

Nous pensons qu’il est important de poursuivre le dialogue entre les spécialistes du Secrétariat technique et les experts syriens sous l’égide du Directeur général Ahmet Üzümcü et du premier vice-Ministre syrien des Affaires étrangères Faysal al-Mikdad afin d’éclaircir la situation autour de la déclaration syrienne initiale sur la CIAC. Nous pensons que ce format de coopération entre l’OIAC et la Syrie a prouvé son efficacité. Nous notons que les Syriens sont complètement disposés aux contacts avec le Secrétariat technique.

Monsieur le Président,

Le 5 juillet 2017, pendant la réunion extraordinaire, le Conseil exécutif a étudié les rapports sur les résultats de l’enquête de la Mission d’établissement des faits d’usage de l’arme chimique en Syrie (FFM) concernant deux incidents: à Um Hosh le 16 septembre 2016 et à Khan Cheikhoun le 4 avril 2017. La délégation russe a exposé en détail ses estimations concernant le travail de la FFM et a diffusé un document à ce sujet, dont tout le monde peut prendre connaissance.

Monsieur le Président,

A titre de remarque suite aux accusations proférées ici selon lesquelles la Russie et la Syrie dresseraient un «écran de fumée» et déformeraient les faits du rapport sur Khan Cheikhoun, je répondrai brièvement que ces déclarations ne tiennent pas debout. J’explique pourquoi.

En général, un «écran de fumée» est dressé par ceux qui ont des choses à cacher. Ni nous ni les Syriens n’avons quoi que ce soit à cacher. Je rappelle que c’est nous qui avions proposé, avant le 21 avril, d’envoyer d’urgence des experts de l’OIAC à Khan Cheikhoun et sur la base aérienne de Shayrat pour comprendre ce qui s’était réellement passé. On nous a répondu: ne diabolisez pas la FFM, elle a sa propre façon de travailler. Attendez le rapport.

Enfin le rapport de la FFM est paru, comme toujours reflétant une enquête à distance en utilisant des informations plus que douteuses. Le rapport pousse le lecteur à croire à l’idée d’un bombardement aérien. Or la FFM n'a pas pris la peine de comprendre quelle munition avait été utilisée. Les fragments de la munition tombée dans le cratère – nous l’avons tous vu sur les images – ont disparu. La FFM le prend comme un fait établi - «que voulez-vous, nous n’avons pas réussi à obtenir les débris de la munition» - et c’est tout. Nous n’avons reçu aucune autre explication intelligible. Ainsi, les débris de la munition ont été «cachés» et le cratère a été cimenté. Il est difficile de qualifier cela autrement que comme la destruction de pièces à conviction primordiales. En effet, cela fait un sacré «écran de fumée».

En ce qui concerne la vidéo avec des enfants mourant supposément d'une exposition au gaz sarin, la direction de la FFM a expliqué que les experts ne l’avaient même pas analysée car ils ne la considéraient pas comme une preuve primaire. En d’autres termes: «Ne critiquez pas la vidéo, ce sont des broutilles». Mais alors, quelles sont ces photos qui ont été montrées pendant la réunion à New York par la représentante américaine Nikki Haley? N’était-ce pas de ces enfants dont il s'agissait? Elle ne les considérait donc pas, alors, comme une aberration n’ayant rien à voir avec cette affaire? Mieux encore. Le 6 avril 2017, pendant la réunion officielle de la délégation de l’OIAC avec les représentants du Département d’État américain, on nous a dit que le président américain Donald Trump avait été «incroyablement en colère» quand il avait vu les images d’enfants mourants. On dit que c’est ce reportage qui l’a poussé à prendre la décision d’attaquer la base aérienne syrienne de Shayrat.

Vous affirmez - je veux parler de nos opposants - que la vidéo ne fait pas partie des preuves importantes dans l’affaire de l’incident de Khan Cheikhoun mais il s’avère que le président d’une grande puissance a pris la décision d’importance critique de tirer des missiles en s’appuyant sur une information insignifiante. Dans ce cas, vous devriez vous distancer de la décision américaine, qui était une grossière violation du droit international et un acte d’agression contre un État souverain – la Syrie.

Mais alors pourquoi cela ne s’est-il pas produit? Ceux qui tentent aujourd’hui de nous accuser de critique malveillante du travail de la FFM ont soutenu en chœur, même si c’était avec certaines réserves, l’action militaire américaine contre la Syrie en la présentant comme un moyen fiable de prévenir toute récidive d’usage de l’arme chimique par l’armée syrienne.

Mais dans ce cas pourquoi vous opposiez-vous aussi fermement à notre proposition d’envoyer des experts à la base aérienne de Shayrat où, comme l’affirment les Américains, étaient stockées les armes chimiques? Quelque chose ne colle pas dans les arguments de nos collègues occidentaux. Il y a beaucoup d’incohérences.

Pour revenir aux images d'enfants aux pupilles dilatées. Nous n’avons toujours pas obtenu de réponse sensée à la question de savoir pourquoi la FFM n’avait pas décrit les symptômes dont sont victimes les personnes touchées par une attaque au sarin. On a calculé le nombre exact de cas de diarrhées, de vomissements et de pupilles réduites à la taille d’une tête d’épingle (137 personnes au total). Mais où sont les enfants avec les pupilles dilatées? Après tout, il y en avait visiblement plusieurs. Peut-être n’ont-ils pas été inscrits dans le tableau parce qu’ils ne sont pas morts du sarin? Dans ce cas, qui ou quoi les a tués? Qui répondra à ces questions?

Cette vidéo a été présentée par les fameux Casques blancs, dont les informations ont été analysées volontiers par la FFM. On se demande alors pourquoi la FFM a accepté certaines informations sans poser de questions, tout en en rejetant d’autres? Peut-être parce qu’elles ne s’inscrivaient pas dans le scénario prévu d’avance pour désigner les coupables des faits?

Nous ne nourrissons pas d'illusions sur la manière dont nos arguments seront reçus par les délégations politiquement engagées. Leurs discours permettent de comprendre dans quelle mesure ils sont autonomes: chaque déclaration nationale des représentants des États membres de l’Union européenne commence par l’adjuration rituelle montrant que son pays s’aligne entièrement sur l’allocation lue préalablement au nom de l’UE. Nous présentons nos explications en comptant sur les délégations capables d'avoir une vision objective des événements.

Ainsi, contrairement à nos collègues qui chantent les louanges de la FFM pour son professionnalisme et son travail irréprochable, nous continuerons de poser les questions que nous jugerons nécessaires. Nous continuerons d’insister sur le rétablissement de l’intégralité des faits pour identifier non seulement les exécutants, mais également les commanditaires et les inspirateurs de ce crime odieux. Pour nous, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une grossière et flagrante provocation des opposants à l'adresse des autorités syriennes légitimes.

Nous espérons que le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-Onu mènera une enquête vraiment intégrale en se rendant sur les lieux non seulement à Khan Cheikhoun, mais également à la base aérienne de Shayrat, et qu’il travaillera de manière professionnelle et impartiale.

Sachant qu’il ne faut pas oublier la nécessité d’inspecter la base aérienne de Shayrat d’où, selon les affirmations de nos collègues américains, auraient décollé les avions qui auraient tiré les armes chimiques. Nous insisterons sur la visite de la base aérienne par les experts du Mécanisme d’enquête.

Monsieur le Président,

Malheureusement, le problème de la possession et de l’usage de l’arme chimique par des groupes non étatiques s'aggrave. Les groupes terroristes disposent réellement du potentiel pour créer et utiliser une telle arme. Sa possession par les terroristes est confirmée par les experts de la FFM et par les spécialistes russes qui se sont rendus sur les lieux des incidents chimiques en Syrie. Dans l’incident impliquant l'usage de l’arme chimique à Um Hosh, notamment, tout désigne la responsabilité des terroristes.

Nous apprécions le travail de plus en plus actif de l’OIAC dans la lutte contre ces menaces. Comme l’indique le débat au sein du groupe de travail ouvert sur le terrorisme et de son sous-groupe sur les entités non gouvernementales, l’Organisation peut, dans le cadre de son mandat, prendre les mesures nécessaires pour contribuer au renforcement des potentiels appropriés des États membres de la Convention.

Nous pensons également qu’il est important d’accroître les capacités nécessaires du Secrétariat technique notamment concernant la réaction aux informations importantes sur les faits d’usage de l’arme chimique en Syrie par des groupes terroristes et la contrebande de produits chimiques dangereux depuis le territoire des pays voisins. Nous savons que des informations de ce genre sont régulièrement envoyées au Secrétariat technique par la Syrie.

Il faut poursuivre la mobilisation des efforts internationaux pour lutter contre les récidives interminables de terrorisme chimique en Syrie et en Irak. Ce qui confirme la pertinence de l’initiative russe de mettre au point, à la Conférence de Genève sur le désarmement, la Convention internationale sur la lutte contre le terrorisme chimique et biologique.

Monsieur le Président,

Nous saluons la discussion de plus en plus active sur les futures priorités de l’OIAC dans le cadre du groupe de travail ouvert. Nous pensons que durant le développement de l’Organisation il ne faut pas éroder les principes conventionnels basés sur le consensus, ni enfreindre l’équilibre entre les droits et les engagements des États membres. Enfin, les nouvelles sphères d’activité de l’Organisation ne doivent pas sortir du cadre de son mandat conventionnel.

Monsieur le Président,

Une étape décisive de la campagne pour l'élection du Directeur général du Secrétariat technique commence. Parmi les sept candidats, tous dignes de ce poste, le Conseil exécutif devra très prochainement faire un choix difficile au profit d’un seul prétendant qui fera consensus.

Sur plusieurs points de l’agenda de la session actuelle nous présenterons nos considérations séparément, au fur et à mesure qu’ils seront soulevés.

Merci, monsieur le Président,

Nous demandons de diffuser cette allocution à titre de document officiel de la 85e session du Conseil exécutif de l’OIAC.

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