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15 mars 201621:16

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse conjointe avec Nasser Bourita, Ministre délégué auprès du Ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, Moscou, 15 mars 2016

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Le Président russe Vladimir Poutine et le Roi Mohammed VI du Maroc ont terminé leur entretien et nous ont chargé de vous communiquer ses résultats.

Leur rencontre a alterné entre plusieurs formats: réduit, élargi et en tête-à-tête. Les conversations ont été amicales et franches, et se sont déroulées dans une atmosphère bienveillante et de confiance. Tous les aspects principaux de notre coopération ont été évoqués.

Les deux chefs d’État sont fermement disposés à développer notre coopération dans tous les domaines et à avancer sur de nouveaux aspects prometteurs de nos relations, comme le reflète clairement la Déclaration conjointe sur le partenariat stratégique approfondi adoptée à l'issue de la visite.

Aujourd'hui nous avons assisté à la signature d'une quinzaine d'accords bilatéraux – intergouvernementaux, interministériels et entre les structures entrepreneuriales. Compte tenu de la situation tendue au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi que du renforcement de la menace terroriste, la signature de la déclaration russo-marocaine conjointe sur la lutte contre le terrorisme international revêt une signification particulière.

Les chefs d’État ont mis l'accent sur le développement de notre coopération commerciale et économique. Pour des raisons liées à la conjoncture économique mondiale, nos échanges commerciaux se sont réduits en 2015. Les deux parties sont résolues à redresser la situation. Aujourd'hui ont été évoquées des possibilités concrètes pour encourager à court terme les échanges commerciaux et d'autres projets économiques, y compris les investissements. La Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale, économique, scientifique et technique a été chargée de cette mission, qui organisera sa 6e réunion cette année à Moscou.

Les chefs d’État ont examiné également le travail de la Commission intergouvernementale pour la coopération dans le domaine de la pêche. Aujourd'hui a été signé un accord intergouvernemental sur la coopération dans ce secteur pour les quatre prochaines années. Je suis convaincu que ce texte donnera une forte impulsion au développement de notre coopération à ce niveau. La Commission intergouvernementale pour la coopération militaro-technique travaille également de manière dynamique (comme cela a été souligné par les dirigeants) et prévoit sa 3e réunion au second semestre 2016 au Maroc.

Sur l'ordre du jour régional et international, les deux dirigeants ont constaté que nos approches convergeaient, voire coïncidaient. La Russie et le Maroc prônent un respect rigoureux des principes du droit international et du rôle central de l'Onu. Nos pays sont attachés au règlement des conflits et des litiges uniquement par des moyens pacifiques et sans ingérence extérieure.

Le Président russe Vladimir Poutine et le Roi Mohammed VI du Maroc ont évoqué la situation en Syrie. Ils ont exprimé leur soutien mutuel aux processus entamés actuellement à Genève. Le Roi Mohammed VI a grandement apprécié les efforts de la Fédération de Russie, aussi bien sur le front antiterroriste en Syrie que dans le cadre du processus de paix sous l'égide de l'Onu - avec le soutien du Groupe de Vienne coprésidé par la Russie et les USA.

La décision prise hier par le Président russe Vladimir Poutine de retirer partiellement les forces aérospatiales russes de Syrie, compte tenu de l'accomplissement des missions fixées, a été positivement appréciée comme une démarche contribuant au renforcement de la confiance et à ce que le processus de paix soit définitif.

Nous avons également analysé la situation dans d'autres parties du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. De notre côté, nous avons réaffirmé notre haute appréciation du rôle joué par le Maroc dans les efforts pour stabiliser le Maghreb, notamment en ce qui concerne le règlement de la profonde crise étatique en Libye. C'est justement dans la ville marocaine de Skhirat qu'a été signé en décembre 2015 un accord approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui ouvre la voie au développement d'un réel processus de réconciliation nationale et d'entente en Libye. La Russie et ses partenaires cherchent à faire en sorte que ce processus de paix devienne véritablement universel et inclue toutes les parties libyennes sans exception.

Le dossier israélo-palestinien a été évoqué. Nous avons noté le rôle personnel joué dans ce processus par le Roi Mohammed VI du Maroc en tant que Président du Comité Al-Qods (Jérusalem) de l'Organisation de la coopération islamique. Le règlement des questions relatives aux statut de Jérusalem, ville sainte pour trois religions monothéistes, fait partie intégrante du processus de paix au Moyen-Orient, des conflits israélo-palestinien et israélo-arabe.

La Russie a réaffirmé sa position fondamentale concernant le processus de paix dans la région du Sahara occidental. Cette position est respectée par nos collègues marocains. Nous continuerons de nous baser sur l'absence d'alternative à la recherche d'une solution qui serait exclusivement politique et acceptable pour toutes les parties, dans le cadre des principes et des normes de la Charte de l'Onu.

Les chefs d’État ont mutuellement exprimé leur satisfaction quant aux résultats de cette visite, qui sera utile au développement progressif de notre partenariat stratégique.

Question: 15 accords ont été signés aujourd'hui entre la Russie et le Maroc et, comme vous l'avez déclaré, des questions d'actualité pour toute la communauté internationale ont été évoquées, notamment la lutte contre le terrorisme. Bien sûr, tous les Marocains sont intéressés par le règlement du problème du Sahara occidental. Que pouvez-vous ajouter à ce sujet?

Sergueï Lavrov: Notre position a été exposée une fois de plus aujourd'hui lors de la réunion entre les deux chefs d’État. Nous jugeons nécessaire de parvenir à un règlement strictement pacifique de ce dossier, qui serait acceptable pour toutes les parties. Nous estimons que l'Onu, en dépit des récents malentendus, devrait continuer de jouer un rôle constructif et impartial pour trouver des solutions prenant en compte les intérêts de toutes les parties et assurant l'équilibre des intérêts. Le chemin pour y parvenir a été expliqué à plusieurs reprises: il y a les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui appellent à chercher des solutions mutuellement acceptables; il y a la Mission de l'Onu au Sahara occidental qui contribue au maintien de la sécurité dans la région. Je voudrais noter que depuis le début du travail de la Mission des observateurs militaires russes sont associés à ses activités. Jusqu'à présent, notre contingent fait partie des plus importants.

Nous espérons que les autorités marocaines continueront d'assurer la sécurité du personnel de cette Mission. Il est évident que le problème dont nous parlons est grave et dure depuis longtemps.  Les intérêts des différents acteurs ne coïncident pas du tout. Mais nous ne voyons aucune autre solution que de chercher des compromis, des consensus et un équilibre. Comme l'a confirmé son Altesse le Roi, et nous l'avons entendu ici, le Maroc apprécie grandement notre position. La Russie continuera, en tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies et du "Groupe des amis", d'aider l'Onu à parvenir à des résultats acceptables pour tous.

Question: Hier, le Président russe Vladimir Poutine vous a chargé d'intensifier le travail sur le processus de paix syrien. En quoi sera-t-il différent de celui que vous accomplissiez auparavant? Comment comptez-vous remplir concrètement cette directive du Président russe?

Sergueï Lavrov: La décision annoncée hier a été prise par le Président russe le jour où les négociations politiques ont commencé entre les délégations du Gouvernement syrien et plusieurs groupes d'opposition à Genève, sous l'égide de l'Onu. J'ai sciemment utilisé le terme "commencé", car ce qui a eu lieu en janvier ne peut pas être considéré comme le début des négociations: la tentative avait échoué car un groupe d'opposition avait décidé d'avancer des ultimatums. Je suis ravi que cette attitude n'ait pas reçu de soutien cette fois, et que les négociations aient commencé. Bien sûr, cela demandera des actions plus actives de la Russie, des USA et de l'Onu – les trois acteurs qui coprésident le GISS, reconnu par le Conseil de sécurité des Nations unies comme le principal format multilatéral pour contribuer à trouver une entente entre les différents groupes politiques syriens. Il est clair qu'avec le début des négociations, l'intensification de nos actions en tant que médiateurs et coprésidents du GISS est inévitable.

Question: Comment se reflétera la sortie partielle des forces aérospatiales russes de Syrie sur les relations de la Russie avec les USA, l'Arabie saoudite, l'UE et d'autres membres du GISS? Est-ce que cette démarche accroîtra la confiance envers la Russie?

Sergueï Lavrov: Notre décision de suspendre partiellement l'opération menée par les forces aérospatiales russes a été prise car notre mission - offrir un renfort à l'armée syrienne dans sa lutte contre le terrorisme, à la demande du Président syrien Bachar al-Assad - a été remplie. L'armée syrienne a rétabli ses positions sur les axes clés, et les terroristes ont subi des dommages conséquents. C'est cet objectif, accompli, qui a guidé la décision du Président russe Vladimir Poutine. Il ne l'a pas prise pour faire plaisir à quelqu'un ou pour recevoir des félicitations. Nous nous sommes basés sur les intérêts du peuple syrien et des pays du Moyen-Orient, sur les critères d'une mobilisation maximale du soutien international pour la lutte contre le terrorisme. Cet objectif a été atteint, une base solide a été posée pour avancer dans toutes ces directions et infliger une défaite définitive à Daech, au Front al-Nosra ainsi qu'à d'autres organisations terroristes, régler les problèmes humanitaires et pour que le processus de paix avance enfin.

Question: Comment l'Occident doit-il influer sur l'opposition syrienne pour faire avancer les négociations de Genève?

Sergueï Lavrov: Quand nous avons pris les mesures annoncées hier, quand nous avons garanti que les autorités syriennes seraient en accord avec les efforts entrepris à Vienne, à New York et à Munich - qui ont découlé sur le début des négociations intersyriennes aujourd'hui - nous espérions fortement que nos collègues occidentaux et de la région profitent de leurs possibilités pour pousser les opposants de divers groupes à agir de manière constructive. On a des raisons de penser que nos partenaires comprennent la nécessité de telles actions, du moins nous constatons cette aspiration du côté des USA en tant que coprésident du GISS. De bons contacts ont été établis entre nos militaires - nous avions longtemps cherché à les mettre en place. A l'heure actuelle se déroulent des activités purement professionnelles entre nos spécialistes militaires de la base de Hmeimim et ceux du centre américain de Jordanie. Nous sommes en train de mettre au point notre vision sur la manière dont les parties respectent le cessez-le-feu, sur les infractions et l'identité des groupes prêts à continuer à soutenir la trêve et à adhérer au processus de paix. Il reste encore du travail. Nous avons transmis aux Américains des informations sur les groupes qui ont accepté le cessez-le-feu en indiquant avec précision les coordonnées et les individus à contacter. Nous souhaitons que nos partenaires américains nous informent de manière tout aussi détaillée sur les groupes qui adhèrent, par leur intermédiaire, au cessez-le-feu.

En ce qui concerne nos collègues du Golfe, notamment l'Arabie saoudite en tant qu'organisateur de l'une des réunions de l'opposition après laquelle s'est formé ledit "groupe de Riyad" – l'un des principaux acteurs des négociations qui commencent à Genève - nous sommes reconnaissants envers nos collègues saoudiens pour la disposition sérieuse de ce groupe, contrairement au mois de janvier, à se joindre au processus de paix, au dialogue intersyrien en partant de la nécessité de chercher des compromis et de s'entendre sur la base d'un accord mutuel avec le Gouvernement. Nous espérons que la délégation du Gouvernement syrien, la délégation du "groupe de Riyad", les représentants du groupe de Moscou et du Caire et les représentants de la "liste de Hmeimim" seront tous guidés uniquement par les intérêts de leur pays, de leur peuple, qu'ils mettront de côté leurs ambitions personnelles et aspireront à s'entendre sur la base des principes exprimés dans les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ont approuvé les accords conclus au sein du GISS sous la coprésidence russo-américaine.

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