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Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe avec Youssef al-Othaimeen, Secrétaire général de l'Organisation de coopération islamique (OCI), Moscou, 3 juillet 2019

3 juillet 201912:35

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe avec Youssef al-Othaimeen, Secrétaire général de l'Organisation de coopération islamique (OCI), Moscou, 3 juillet 2019

1390-03-07-2019

Mesdames et messieurs,

Nous venons de mener des pourparlers substantiels avec le Secrétaire général de l'Organisation de coopération islamique (OCI), Youssef al-Othaimeen.

Ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons. Nous avons réaffirmé aujourd'hui notre intérêt partagé pour le développement de la coopération diversifiée entre la Fédération de Russie et l'OCI.

Nous avons accordé beaucoup d'attention au processus de paix israélo-palestinien, thème prioritaire pour le monde islamique et beaucoup d'autres pays. Nous avons réaffirmé notre attachement à la base juridique internationale actuelle, y compris les résolutions de l'Onu en la matière, aux Principes de Madrid et à l'Initiative de paix arabe. Nous sommes tous les deux d'avis que les tentatives d'élaborer des alternatives, qui plus est sous un voile d'opacité, risquent de saper le principe de la solution à deux États, et ne font qu'éloigner la perspective d'un règlement durable et juste de ce problème international ancien.

Nous avons constaté avec inquiétude le non-règlement de conflits, voire, dans certains cas, l'aggravation de la situation, dans plusieurs pays islamiques. Nous avons exprimé notre préoccupation quant à la montée des tensions dans le Golfe persique. Nous avons parlé de l'impact du facteur iranien sur les processus politiques dans la région.

Nous avons réaffirmé notre proposition d'initier entre les Arabes et l'Iran un dialogue visant à renforcer la confiance, la transparence des activités militaires et, en fin de compte, permettre de lancer des négociations sur la formation d'une architecture de sécurité collective dans cette région avec la participation des États arabes et de l'Iran, avec un large soutien de la communauté internationale, y compris de la Ligue arabe et de l'OCI.

Nous avons parlé de la nécessité de régler au plus vite d'autres conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous sommes tous les deux d'accord sur le fait qu'il faut agir uniquement de manière pacifique à travers un dialogue national inclusif basé sur le droit international.

Nous avons accordé une attention particulière à la nécessité de renforcer la lutte sans appel contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Nous avons évoqué l'état et les perspectives des relations entre la Russie et l'OCI. La Russie entreprend des efforts pour développer les relations avec l'Organisation et ses membres. Ces efforts des autorités russes sont largement soutenus par notre société. Dans ce contexte, nous avons attiré l'attention sur l'activité du Groupe de vision stratégique "Russie-monde islamique", dont font partie des politiciens et des experts éminents, des ex-diplomates de Russie et de pays islamiques, appelés à promouvoir les différentes initiatives socioculturelles visant à approfondir le dialogue intercivilisationnel et interreligieux. Dans le cadre de ce Groupe sont prévues plusieurs activités pour le 150e anniversaire de l'OCI en septembre.

Un autre élément important de notre coopération est l'économie. Le secteur du commerce et des investissements entre la Russie et nos partenaires du monde islamique représente un véritable potentiel. A cet égard, nous avons noté l'importance du Sommet économique international "Russie-Monde islamique" organisé chaque année à Kazan, la capitale du Tatarstan. L'an dernier, le Secrétaire général était l'invité d'honneur de cet événement. Nous espérons que l'OCI continuera d'être dignement représentée à ces forums.

Question: Quelles sont les possibilités de développement de relations de partenariat entre la Russie et le monde islamique dans la guerre contre le terrorisme?

Sergueï Lavrov: Dans mon discours d'introduction et dans celui du Secrétaire général, nous avons déjà noté la priorité de notre travail conjoint pour renforcer le potentiel de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme. Sur le plan pratique, cela se manifeste dans plusieurs domaines. Nous souhaitons que le plus grand nombre de pays de l'OCI adhère à la Banque de données internationale pour la lutte contre le terrorisme, créée par le FSB russe et qui permet de suivre le plus efficacement et le plus rapidement, en temps réel, le déplacement des combattants terroristes étrangers. Ce phénomène est devenu un grand problème à part entière. Dès à présent il y a suffisamment de preuves confirmant qu'ils migrent à travers différents pays, non seulement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord mais également bien au-delà. En particulier, les terroristes qui ont été expulsés de Syrie font leur apparition en Irak, en Libye et en Afghanistan. Ils regardent déjà dans la direction de l'Asie centrale: c'est un sujet à part dont nous nous occupons avec nos alliés de l'OTSC. Cette banque de données a déjà attiré l'attention de nombreux pays. Plusieurs dizaines de pays sont membres de cette banque de données, notamment de nombreux pays musulmans et organisations internationales spécialisées dans la prévention de la menace terroriste. De plus, nous tenons en grande estime la coopération étroite de nos collègues musulmans de l'Onu avec le Secrétaire général adjoint de l'Onu et chef du Bureau de lutte contre le terrorisme Vladimir Voronkov. C'est un citoyen russe. Il occupe ce poste depuis près d'un an. Nous sommes reconnaissants pour le soutien qu'il reçoit de la part des États membres de l'OCI. Monsieur le Secrétaire général a mentionné l'importance particulière d'entretenir de bonnes relations entre la Russie et le pays-hôte de l'OCI, l'Arabie saoudite. Nous essayons effectivement de développer ces relations le plus efficacement possible, dans la confiance et avec une orientation stratégique. Cela s'est confirmé récemment à Osaka, où le Président russe Vladimir Poutine a rencontré le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Ils ont notamment parlé des préparatifs de la visite du Président russe en Arabie saoudite.

Concernant la dimension antiterroriste de notre partenariat avec l'Arabie saoudite et, dans l'ensemble, l'activité internationale visant à combattre le terrorisme, je voudrais souligner l'initiative de la partie saoudienne qui finance depuis quelques années un fonds spécial auprès de l'Onu, appelé à établir la coopération antiterroriste et à garantir la mise en œuvre de mesures concrètes pour renforcer la disposition de la communauté mondiale à éliminer cette menace. Ainsi, hormis la solidarité politique dans la lutte contre le terrorisme, il existe des projets tout à fait concrets mis en œuvre afin de renforcer l'unité de la communauté mondiale dans ce domaine.

Question (adressée à Youssef al-Othaimeen): Que pensez-vous du plan des États-Unis pour régler le conflit israélo-palestinien, notamment sa section concernant les investissements?

Sergueï Lavrov (ajoute après Youssef al-Othaimeen): Je voudrais ajouter deux mots sur les problèmes du processus de paix israélo-palestinien. Nous en avons parlé en détail aujourd'hui. Notamment en mentionnant le plan américain, dit "deal du siècle", mais que personne n'a encore vu.

Il y a quelques semaines à Bahreïn a été organisé le séminaire économique "De la paix à la prospérité", où a été présentée l'idée d'investir des milliards de dollars dans la région - aussi bien sur les territoires palestiniens que dans les pays qui accordent depuis longtemps l'asile aux Palestiniens.

Comme l'a dit mon interlocuteur, le Secrétaire général de l'OCI Youssef al-Othaimeen, hormis la partie économique nous n'avons pas vu comment les États-Unis avaient l'intention de présenter leur plan politiquement pour qu'il soit compatible avec les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies et l'initiative de paix arabe. Ne voyant pas tout le tableau de la compréhension américaine du processus de paix, il est très difficile de tirer des conclusions définitives.

La partie économique implique près de 50 milliards de dollars d'investissements - près de la moitié de cette somme en Palestine, et l'autre dans l'infrastructure des pays où vivent depuis des années des réfugiés palestiniens. Si cela vise à faire en sorte que les réfugiés y restent à tout jamais et que les pays concernés reçoivent un certain financement, alors c'est contraire aux décisions du Conseil de sécurité des Nations unies qui prévoient entre autres un État palestinien opérationnel et qui accueillerait les réfugiés vivant dans leurs pays d'accueil actuels, notamment le Liban, l'Égypte et d'autres.

C'est pourquoi nous voulons que nos collègues américains nous expliquent toute leur idée au lieu de nous la dévoiler par bribes. Comme l'a dit Youssef al-Othaimeen, nous sommes d'accord sur la nécessité de baser ce travail sur la base des décisions du Conseil de sécurité des Nations unies et de l'Initiative de paix arabe.

Question: Vous le savez, les Kurdes ont joué un rôle important dans la défaite de Daech en Syrie. Quel rôle joue la Russie dans la reprise des négociations entre les Kurdes syriens et Damas, ainsi que dans le rétablissement des droits des Kurdes en Syrie?

Sergueï Lavrov: Nous adoptons une position très claire depuis le début du conflit à ce sujet. Quand ont été entreprises les premières tentatives de lancer le processus de paix en Syrie, quand, à l'initiative de la Fédération de Russie et de l'ancienne administration américaine, a été créé le Groupe international de soutien à la Syrie, et qu'a été convenue et adoptée la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, a été déterminée la nécessité de tenir compte des intérêts de tous les groupes ethniques et confessionnels de la société syrienne, y compris des intérêts kurdes, comme cela a été particulièrement souligné à toutes les étapes de nos négociations.

Pendant la création du Format d'Astana (Russie-Turquie-Iran), et quand, à son initiative, a été convoqué le Congrès du dialogue national syrien à Sotchi en janvier 2018, une attention particulière a été accordée à la nécessité de garantir une représentation à part entière et solide des Kurdes. Et c'est ce qui s'est passé. Les décisions qui ont été prises par le Congrès du dialogue national syrien et approuvées par le Conseil de sécurité des Nations unies, le gouvernement turc et l'opposition, déterminent clairement la nécessité de tenir compte à part entière des intérêts de la population kurde.

Actuellement, dans nos contacts avec le gouvernement et les représentants des organisations kurdes, nous leur expliquons la nécessité d'un dialogue direct dans le cadre des principes approuvés par la communauté internationale. Je fais allusion à la nécessité de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l’État syrien. Je constate l'intérêt des Kurdes à entamer un tel dialogue. Nous ne pourrons que le saluer.

Mais il existe toutefois un obstacle. Le fait est que les États-Unis, malheureusement, spéculent sur le facteur kurde. Ils cherchent à utiliser les Kurdes pour constituer un pseudo-État à l'Est de l'Euphrate, notamment sur des territoires, en Syrie, où les Kurdes ne vivaient pas. De cette manière, les Kurdes sont simplement utilisés pour saper l'intégrité territoriale de la Syrie et semer la discorde avec les tribus arabes qui vivaient depuis des siècles sur ces territoires. Il y a déjà des informations sur des affrontements sérieux entre les Kurdes et les tribus arabes. Cela nous inquiète. J'espère que les États-Unis éviteront les actions transgressant les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et perturbant l'équilibre des intérêts de tous les groupes ethno-confessionnels qui vivent sur le territoire syrien.

Question: Dimanche, les États-Unis ont lancé une attaque contre des bases terroristes au Nord-Ouest de la Syrie. Le Pentagone a confirmé l'élimination de chefs d'un groupe subordonné à Al-Qaïda. Que pensez-vous de ces actions? La Russie était-elle au courant de ces frappes? Pourquoi, d'après vous, les États-Unis lancent-ils des frappes sélectives contre les terroristes? A ce jour nous n'avons constaté aucune action des Américains contre le groupe Hayat Tahrir al-Cham.

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la transmission de l'information à la Russie, vous le savez, un canal dit de "deconflicting" a été mis en place entre les militaires russes et américains en Syrie, qui permet d'échanger les informations afin d'éviter des incidents imprévus et non prémédités. Voilà pour nos relations de travail avec les militaires américains.

Deuxièmement, je pense que les États-Unis sont forcément conscients de la menace persistante du terrorisme sur le territoire syrien, notamment à l'Est de l'Euphrate dont plusieurs zones sont illégalement occupées par les États-Unis, qui procèdent à des actions qui ne s'inscrivent pas vraiment dans la logique de la lutte contre le terrorisme.

Ces frappes ont probablement été portées contre des chefs d'Al-Qaïda. C'est certainement le cas. Nous saluons la lutte contre les terroristes. Mais des éléments terroristes et extrémistes trouvent un asile dans les régions contrôlées par les États-Unis qui y ont créé des "zones de sécurité" à titre unilatéral, comme al-Tanf. Il y a le camp de réfugiés de Roukban, qui s'est transformé de facto en camp d'otages. La même chose se produit un peu plus au Nord, dans le camp d'al-Hol à l'Est de l'Euphrate, où ont trouvé refuge des terroristes en tout genre. C'est inquiétant.

Comme nous l'avons souligné plusieurs fois, la lutte contre le terrorisme doit être menée sans aucun deux poids deux mesures. Sur le territoire syrien, comme l'exige la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, cette lutte doit être sans compromis, que ce soit à l'Est de l'Euphrate ou dans la zone de désescalade d'Idleb, également utilisée spéculativement, au fond, pour protéger des éléments de l'ancien Front al-Nosra. Tout cela est le signe d'un deux poids deux mesures. Nous pensons qu'il faut changer cela. Ce thème est central dans notre dialogue avec nos collègues occidentaux et d'autres partenaires quand nous évoquons la situation en Syrie et la nécessité de mettre en œuvre les exigences du Conseil de sécurité des Nations unies approuvées à l'unanimité.

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