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Allocution et réponse à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Simon Coveney, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères et du Commerce de l'Irlande, Moscou, 2 juillet 2019

2 juillet 201914:34

Allocution et réponse à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Simon Coveney, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères et du Commerce de l'Irlande, Moscou, 2 juillet 2019

1380-02-07-2019

Mesdames et messieurs,

Nos longs pourparlers ont été, à mes yeux, très utiles.

L'Irlande est un bon partenaire de notre pays en Europe. En septembre 2018, nous avons célébré le 45e anniversaire de l'établissement de nos relations diplomatiques, qui se développent continuellement sur la base des principes d'équité et de respect réciproque. Nous avons constaté l'absence de graves problèmes non résolus dans notre dialogue bilatéral.

Nous avons évalué de manière positive le niveau de la coopération interparlementaire. Nous avons également salué l'intérêt partagé pour le renforcement des contacts entre les régions. Côté russe, Moscou, Saint-Pétersbourg et le Tatarstan sont en tête de ce mouvement. Nous sommes convenus de contribuer à l'élargissement des échanges socioculturels et éducatifs.

L'an dernier, malgré les restrictions que l'on connaît et notamment liées aux sanctions, nous avons réussi à atteindre un volume d'échange plutôt bon: près de 2 milliards de dollars, soit un tiers de plus qu'en 2017. Nous nous sommes mis d'accord pour travailler au déploiement du potentiel dans le secteur du commerce et des investissements. A cet égard, nous soutenons le travail actif du Comité intergouvernemental russo-irlandais pour le développement de la coopération d'affaires qui s'est réuni en avril dernier. Côté irlandais, ce Comité est présidé par le Ministre des Affaires étrangères et du Commerce Simon Coveney, et côté russe par le Ministre de la Justice Alexandre Konovalov.

Nous avons échangé nos points de vue sur les problèmes d'actualité des relations internationales, notamment dans le contexte de l'intention de Dublin de se présenter en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour 2021-2022.

Nous souhaitons tous les deux renforcer la confiance et l'entente sur notre continent commun. Nous avons salué la dynamique positive et raisonnable à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), où ont été prises des décisions importantes sur l'immuabilité des principes de la Charte de cette Organisation, qui garantissent l'égalité des droits et des obligations de tous les pays membres du Conseil de l'Europe dans tous ses organes.

Nous sommes d'accord pour dire qu'il n'y a pas d'alternative au règlement politique et diplomatique de nombreuses crises au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, avant tout en Syrie. Nous avons informé nos collègues des efforts entrepris par la Russie avec d'autres membres du Format d'Astana, la Turquie et l'Iran, pour mettre en œuvre la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons également noté l'importance de préserver le Plan d'action global commun sur le programme nucléaire iranien. Ce problème est très sérieux.

Nous avons aussi partagé d'autres avis de la Fédération de Russie concernant les problèmes internationaux, notamment la stabilité stratégique dans le contexte des récents contacts entre Moscou et Washington, y compris la rencontre entre les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump.

Nous avons accordé beaucoup d'attention aux relations entre la Russie et l'Union européenne, notamment dans le contexte de la situation anormale qui les caractérise depuis 2014.

Nous avons expliqué en détail à nos collègues irlandais comment nous envisagions le règlement de la crise ukrainienne sur la base de la mise en œuvre à part entière, rigoureuse et stricte des Accords de Minsk du 12 février 2015 et des ententes suivantes convenues aux sommets du Format Normandie en 2015 et en 2016, ainsi que dans le cadre du Groupe de contact qui est un format-clé pour un dialogue direct entre Kiev, Donetsk et Lougansk, comme l'exigent les Accords de Minsk.

J'espère que nos discussions d'aujourd'hui ont pu renforcer la compréhension de nos positions mutuelles.

Nous remercions nos collègues pour leur avis par rapport à la situation autour du Brexit, qui occupe une place particulière dans l'agenda du gouvernement irlandais.

Je suis satisfait par les résultats des pourparlers qui ont confirmé l'intérêt réciproque pour l'intensification de nos contacts. J'espère que cela profitera aux liens russo-irlandais et à nos citoyens.

Question: Vous avez noté aujourd'hui l'importance de préserver le Plan d'action. Pouvez-vous commenter la déclaration faite hier par le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif selon laquelle l'Iran avait augmenté ses réserves d'uranium enrichi dans le contexte des divergences irano-américaines concernant l'accord nucléaire? Est-ce que cela signifie que le Plan d'action est mort de facto?

Sergueï Lavrov: Bien sûr, nous entendons des avis sur la situation. Des questions se posent. Mais pour comprendre les raisons des événements actuels il faut voir l'ensemble du tableau. Retirer du contexte telle ou telle action d'un membre du Plan d'action n'aidera pas à tirer les bonnes conclusions.

 Nos collègues de l'UE ont proposé hier d'adopter d'urgence, à Vienne, au niveau de nos représentations auprès des organisations internationales, une déclaration appelant l'Iran à ne pas enfreindre ses engagements. Sachant que le projet de déclaration ne mentionnait pas la cause des actions observées aujourd'hui et des décisions annoncées par Téhéran.

Je rappelle que le Plan d'action est précisément un ensemble d'engagements et de droits réciproques de tous les membres de cet accord. Les engagements volontairement pris par l'Iran de respecter les limites des réserves d'uranium faiblement enrichi et d'eau lourde en font partie. Cet engagement fait partie intégrante du droit de l'Iran fixé par le Plan d'action d'enrichir l'uranium jusqu'à 3,67% et de fabriquer l'eau lourde. L'Iran avait le droit de vendre le surplus s'il dépassait les limites fixées. Et il le faisait encore jusqu'à récemment, même après le retrait des États-Unis de ce programme le 10 mai. L'Iran continuait de respecter ces limites en livrant le surplus à d'autres pays, Russie y compris.

Récemment - en mai dernier - les États-Unis ont décrété de nouvelles sanctions interdisant à quiconque d'acheter à l'Iran l'excédent d'uranium enrichi et d'eau lourde. Ce faisant, les États-Unis ont interdit à tous les États membres de l'Onu de remplir la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui avait approuvé le Plan d'action pour le programme nucléaire iranien.

C'est pourquoi il faut voir la situation dans sa globalité et ne pas se concentrer uniquement sur ce que l'Iran a fait aujourd'hui. Je voudrais vraiment que nos collègues européens prennent pleinement conscience de leur responsabilité pour le maintien du Plan d'action. Dans le cadre de ce plan ils ont également un engagement crucial: garantir les intérêts économiques de l'Iran, y compris la possibilité de vendre du pétrole et de tirer des revenus de sa vente. C'est un élément inhérent de l'accord conclu.

Quand les États-Unis se sont retirés de ce programme et on interdit à pratiquement tous les autres pays d'acheter ce pétrole, les Européens ont proposé de créer un mécanisme qui permettrait à l'Iran de vendre son pétrole sans obstacles et de recevoir de l'argent pour cela sans obstacles également. Nous nous sommes réunis à Vienne en juin 2018, puis en septembre à New York, pour évoquer cette question spécifique. La création de ce mécanisme a duré presque un an. Sa formation a été annoncée il y a quelques mois, mais pas du tout pour assurer le commerce pétrolier mais seulement pour les fournitures humanitaires ne tombant pas sous le coup des sanctions américaines, et pas pour tous les pays qui voudraient commercer avec l'Iran mais uniquement pour les membres de l'UE. Même avec de telles réserves, ce mécanisme n'a encore permis aucune transaction.

Si nous parlons de la nécessité de préserver le Plan d'action, cela implique des engagements pour tout le monde. Du moins, tous ceux qui restent membres de ce Plan d'action global. Cela ne signifie pas que nous pouvons et devons exiger de l'Iran de respecter tous ses engagements quand les autres les prennent à la légère. On peut même soupçonner qu'ils préfèrent échapper à la critique des États-Unis et se concentrer sur ce que fait l'Iran.

Nous appelons nos collègues iraniens à faire preuve de retenue, à ne céder en aucun cas aux émotions et à respecter les principaux termes de l'Accord de garanties avec l'AIEA et les termes du Protocole additionnel à l'Accord. De plus, nous appelons nos collègues européens à tenir quand même leurs promesses, leurs engagements, et à faire en sorte que le mécanisme qu'ils ont créé devienne réellement efficace, et que les droits de l'Iran soient garantis conformément à la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur les liens commerciaux et économiques du pays. Sans cela il sera très difficile de mener un dialogue sensé et productif sur le maintien du Plan d'action. Mais nous ferons tout pour préserver cet accord crucial. Il revêt une grande importance non seulement pour régler la situation concrète autour de l'Iran, survenue il y a quelques années puis réglée, mais également pour renforcer le régime de non-prolifération des armes de destruction massive.

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