4 juillet 200319:07

INTERVIEW D'A.YOU.MECHKOV, VICE-MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA RUSSIE, ACCORDÉE À L'AGENCE «INTERFAX» VU LA FUTURE SÉANCE DE CONSEIL RUSSO-FRANÇAIS AUX PROBLÈMES DE SÉCURITÉ

1552-04-07-2003

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Traduction non-officielle du russe

Question: La prochaine séance du Conseil russo-français sera la deuxième en compte. Peut-on parler d'ores et déjà des résultats concrets de la mise au point des pas conjoints ou coordonnés de l'opposition aux risques et menaces qui existent dans le monde, y compris dans le domaine de la non-prolifération, ce dont on a parlé au départ des travaux du Conseil?

Est-il prévu à ce propos, et si oui, dans quelle clé, de discuter à la réunion de Moscou les problèmes nucléaires nord-coréen et iranien?

Réponse: Le Conseil russo-français aux problèmes de sécurité a été crée en conformité avec la décision des présidents V.V.Poutine et J.Chirac pour approfondir la coopération de la Russie et de la France tant dans le problème de la sécurité internationale que dans celui des relations bilatérales.

Les sujets principaux de l'ordre du jour du Conseil sont les problèmes de la sécurité globale et régionale, la lutte contre le terrorisme, l'opposition à la prolifération d'armes d'extermination massive. Dans son cadre, sont formés les groupes de travail conjoints pour la non-prolifération et la lutte contre les nouveaux menaces et défis. On utilise les experts pour mettre à point certaines pistes concrètes de la coopération bilatérale et les initiatives concertées dans ces domaines.

Je voudrais aussi citer quelques exemples de la coopération russo-française efficace aux formats multipartites.

Avec la participation active de nos deux pays au sommet Russie-UE à Saint-Pétersbourg et à la conférence internationale à Paris en mai dernier, ont été prises des décisions importantes de coordination des efforts internationaux dans la lutte contre la menace de drogue, afférente au trafic de drogue de l'Afghanistan vers l'Europe à travers l'Asie Centrale.

La Russie a été en interaction constructive avec la présidence française lors de la préparation des décisions du sommet du G8 à Evian, dont l'une a été l'adoption du plan d'actions de renforcement du potentiel antiterroriste des pays tiers en étroite coordination avec le Comité Antiterroriste de l'ONU.

Dans le cadre du G8, a été atteint l'accord sur l'apport financier assez important de la France à la réalisation du programme de partenariat global - il s'agit du projet d'assistance au démantèlement des sous-marine russes et des réserves d'armes chimiques désaffectés.

Concernant les problèmes qui touchent les programmes nucléaires de la RPDC et de l'Iran, il s'agit du besoin de garantir le statut non-nucléaire de la péninsule Coréenne, du retour de la Corée du Nord au sein du Traité de non-prolifération d'armes nucléaires, de la transparence de ces deux pays dans le domaine nucléaire, de leur coopération active avec l'AIEA.

Question: La partie américaine continue de se prononcer contre l'idée du monde multipolaire. Comment la Russie et la France considèrent-elles ce problème dans le contexte de la coopération stratégique?

Réponse: Quand nous parlons en Russie du caractère multipolaire, nous ne croyons pas que l'humanité soit vouée à la répétition de l'histoire de la formation des unions et coalitions ennemies, qui avaient caractérisé la diplomatie du XIX siècle. De notre point de vue, le multipolaire à l'époque de la mondialisation est, au contraire, le mécanisme de l'union des efforts des états leaders et des centres d'influence du monde contemporain dans l'intérêt de la recherche conjointe des réponses aux défis d'envergure de l'actualité. La Russie, les USA, l'Union Européenne, le Japon, la Chine, l'Inde et les autres pays se voient en fait assigner les tâches communes - s'opposer à la levée du terrorisme international, à la prolifération d'armes d'extermination massive, à la drogue, au crime, aux épidémies de masse, contribuer au règlement des conflits régionaux. C'est la compréhension de cette réalité qui résidait à la base de la création de la large coalition antiterroriste. Nous saluons le rétablissement consécutif de sa cohésion après la crise irakienne, prônons sa consolidation. Cette coalition informelle peut et doit devenir un des éléments importantissimes de l'ordre mondial dans l'avenir, à la base duquel devront résider les principes et normes du droit international, et qui devra avoir pour support principal les institutions multilatérales, avant tout l'ONU.

Dans le même temps, il est évident que le monde conserve sa diversité dans le sens de la culture et de la civilisation et dans beaucoup d'autres aspects. L'aspiration aux valeurs démocratiques et à l'économie de marché ne signifie pas la morne monotonie qui, comme on sait, est néfaste et pour la nature, et pour la société humaine. C'est pourquoi la gestion des processus ultra-compliqués du monde contemporain ne devra pas se construire d'après le modèle des états «leaders» et «guidés», mais grâce à l'élévation à la nouvelle qualité du niveau de l'harmonisation des positions et à la concertation des actions de la communauté internationale.

Question: Comment expliquer le fait qu'au format d'un tel Conseil, la Russie ne coopère en Europe qu'avec la France?

Quelle est la position de la Russie à propos de l'opinion qui dit que les Européens eux-mêmes devraient garantir la sécurité européenne?

Réponse: La création du Conseil est le résultat de la substantielle extension, ces dernières années, de la coopération de la Russie et de la France dans les affaires internationales, à la base de laquelle réside la similitude des points de vue de Moscou et de Paris sur les processus du développement international, la proximité ou la coïncidence des approches au règlement des problèmes les plus aigus dans le domaine de la sécurité internationale.

Le partenariat russo-français ne vise personne, il s'inscrit harmonieusement dans le contexte de la coopération internationale polyvalente pour le bien de la sécurité et de la stabilité tant en Europe que dans d'autres régions du monde.

Nous sommes aussi ouverts à la plus vaste coopération dans le domaine de la sécurité avec d'autres pays de notre continent, ce qui, à propos, se passe déjà.

Concernant la seconde partie de votre question, je dirais comme suit: la défense de notre propre maison est, avant tout, notre tâche à nous tous, et l'Europe est la maison commune pour tous les Européens. Cependant, la notion même de la sécurité européenne n'est pas limitée uniquement par les cadres géographiques. Un exemple en est la composition des membres, disons, de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Le 4 juillet 2003

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