26 juillet 201919:30

Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères des Brics, Rio de Janeiro, 26 juillet 2019

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Chers collègues,

Je voudrais remercier avant tout le Ministre brésilien des Affaires étrangères Ernesto Araujo pour l'excellente organisation de la réunion d'aujourd'hui.

Les Brics, comme chaque pays qui fait partie de notre association, jouent un rôle clé dans le passage du système unipolaire à l'ordre mondial polycentrique. La mondialisation change le rapport de l'équilibre des forces mondial en augmentant la part des pays émergents. La focalisation de l'activité économique, du développement technologique et, par conséquent, de l'influence politique se déplace de l'Euro-Atlantique vers d'autres régions. Ces tendances ne sont pas appréciées par ceux qui voudraient freiner les processus objectifs de développement de la civilisation humain, qui voudraient artificiellement maintenir leur domination, ne dédaignant pas les méthodes de chantage, de menaces et de concurrence déloyale.

Des démarches sont entreprises pour saper les institutions internationales et les accords universels. Au lieu d'une diplomatie réellement multilatérale on impose des décisions dans le format de "coalitions d'intérêts" étroites afin de les imposer ensuite agressivement à tous les autres. Les organisateurs de telles actions illégales cherchent à usurper la notion même de la "communauté internationale".

A ces fins ils imposent la formule perfide d'"ordre mondial basé sur des règles". Il s'agit de l'aspiration de créer une pseudo-réalité pour justifier les actions visant à contenir les concurrents. Ces fameuses "règles" sont souvent une violation directe et une substitution des normes du droit international. Nous l'observons dans plusieurs organisations internationales, notamment ce qui se passe autour de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. Tout cela est fait pour garantir le monopole de nos collègues occidentaux de la prise de décisions sur les questions globales.

La Russie part du principe qu'à l'époque actuelle de changements tumultueux le droit international et avant tout la Charte de l'Onu représentent les fondations de la paix et de la sécurité, la base de la communication interétatique. La violation de ses principes et objectifs fondamentaux conduit à la hausse de la tension et à l'escalade de la violence au Moyen-Orient et en Afrique du nord, ainsi que dans d'autres régions du monde, à l'élargissement de la pratique inadmissible de mesures coercitives unilatérales en contournant le Conseil de sécurité des Nations unies et à l'application extraterritoriale de la législation nationale.

La voie pour surmonter toutes les crises, que ce soit sur la péninsule de Corée, en Afghanistan, au Moyen-Orient ou en Afrique, passe uniquement par un dialogue équitable, l'utilisation des instruments politiques et diplomatiques en respectant inconditionnellement le droit international, y compris le respect de la souveraineté des Etats, l'inadmissibilité de l'ingérence dans les affaires intérieures, de l'usage de la force ou de la menace par la force. Seulement de telles approches pourront assurer la viabilité et la solidité des processus de paix.

 Tout ce qui a été mentionné concerne également à part entière notre position par rapport au Venezuela et autour. Il faut s'appuyer sur les normes du droit international, soutenir les efforts des Vénézuéliens pour régler eux-mêmes et sans aucune ingérence extérieur leurs problèmes intérieurs par le biais des négociations en parfaite conformité avec la Constitution. Dans ce sens nous considérons la rencontre dans le cadre du processus d'Oslo comme un pas vers un règlement durable entre les Vénézuéliens. Nous appelons tous les acteurs extérieurs à soutenir activement ce processus.

La sécurité internationale est menacée par la hausse sans précédent des budgets militaires, par la fracture de l'architecture de soutien de la stabilité stratégique bâtie depuis des décennies. Il existe des exemples inquiétants – la destruction par les Etats-Unis après le Traité sur la limitation des systèmes de défense antimissiles (ABM) du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). L'incertitude demeure également autour du sort du Traité de réduction des armes stratégiques (START). Nous avons proposé de le prolonger, mais n'avons pas encore entendu la réponse de Washington.

Nous sommes préoccupés par les projets des Etats-Unis, qui se matérialisent déjà, pour l'envoi d'armes dans l'espace extra-atmosphérique, ce qui conduira à un nouveau cycle de la course globale aux armements.

Vous le savez, pendant la Conférence du désarmement de Genève la Russie et la Chine avaient proposé depuis longtemps un projet d'accord sur la prévention du déploiement des armes dans l'espace. Nous apprécions que tous les acteurs des Brics soutiennent les résolutions annuelles sur ce problème d'actualité lors des sessions de l'Assemblée générale des Nations unies.

La situation autour de l'Iran est très inquiétante. Nos collègues américains ne se sont pas simplement retirés du Plan d'action global commun, approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais sous la menace de sanctions unilatérales illégitimes ils interdisent également à tous les autres pays de remplir la résolution du Conseil de sécurité juridiquement contraignante. Nous appelons nos collègues iraniens à faire preuve de patience. Nous notons qu'ils continuent de remplir de bonne foi le Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), les Accords de garanties généralisées avec l'AIEA et du Protocole additionnel. En même temps, j'espère que vous comprenez qu'il est contreproductif d'exiger uniquement de l'Iran de respecter ses engagements dans le cadre du Plan d'action unilatéralement, alors que d'autres acteurs, notamment nos collègues occidentaux, ne le font pas. Nous appelons la "troïka" européenne à prendre conscience de sa responsabilité pour le maintien de l'accord nucléaire, pour l'accomplissement de leurs engagements pour le développement sans obstacles des liens économiques avec l'Iran.

Je rappelle qu'à l'époque, quand le Plan d'action a été approuvé et une résolution appropriée a été adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies, toute la communauté internationale soulignait l'importance de cet accord non seulement pour le règlement du problème concret autour du programme nucléaire iranien, mais également pour renforcer le régime de non-prolifération de l'arme nucléaire. En brisant cet accord, ce que cherchent à faire actuellement les Etats-Unis, ils infligeront un immense préjudice, j'espère qu'on ne pourra pas le qualifier d'irréparable, au régime de non-prolifération des armes nucléaires.

Les mesures anti-iraniennes ont entraîné une brusque escalade de la tension dans le Golfe. L'évolution de la situation a approché du seuil dangereux comportant des risques de conflit armé d'envergure. Il faut l'empêcher par tous les moyens. La Russie prône la normalisation au plus vite de la situation dans cette région. A cet effet nous avons formulé il y a quelques années le Concept de la sécurité collective et de la coopération dans le Golfe. Tous nos collègues des Brics disposent de ce texte. Nous comptons sur votre soutien.

Les principaux objectifs du processus de paix en Syrie, selon nous, est le rétablissement de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de ce pays, l'élimination des terroristes restants, la contribution au retour des réfugiés avec l'avancement du processus de paix mené par les Syriens eux-mêmes, comme l'exige la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. Une étape primordiale sera marquée sur cette voie par le lancement du Comité constitutionnel, qui devrait avoir lieu prochainement.

Il est crucial de soutenir les processus de rétablissement post-conflit en Syrie. Nous appelons à participer à ce travail et notons en ce sens les efforts entrepris par nos amis chinois et indiens.

Grandit la compréhension de la nécessité d'unir les efforts des acteurs étrangers pour contribuer à la création des conditions pour lancer un processus durable de réconciliation nationale en Afghanistan. Nous participons activement à ces efforts, notamment dans le cadre du Format de Moscou, où sont représentés tous les acteurs clés en Asie centrale et les voisins de l'Afghanistan, y compris l'Inde et la Chine.

Nous accordons une grande importance au renforcement de la paix et de la sécurité en Afrique. Nous sommes immuablement attachés au principe formulé par les Africains: "Aux problèmes africains une solution africaine". Nous saluons l'entente entre le Conseil militaire de transition du Soudan et l'opposition civile sur la constitution d'un organe provisoire pour diriger le pays jusqu'aux élections. Les démarches pour le déblocage des contradictions entre l'Ethiopie et l'Erythrée et entre le Djibouti et l'Ethiopie, ainsi que le soutien international des efforts de la Somalie pour le rétablissement de la structure étatique, selon nous, sont un facteur important de stabilité dans la Corne de l'Afrique. Nous saluons les efforts pour garantir l'opérationnalité à part entière de la force conjointe du G5 Sahel. Cela deviendra une contribution considérable à la lutte contre la menace terroriste dans la région, qui a décuplé après la destruction de la structure étatique libyenne par les pays de l'Otan. Il sera difficile de la rétablir. Nous continuerons d'apporter notre contribution au processus de paix en Centrafrique en coordination avec l'Union africaine et les partenaires internationaux.

Nous notons le rôle actif particulier de l'Afrique du Sud dans le règlement des conflits sur le continent africain. Nous savons que les collègues sud-africains ont l'intention de faire du travail sur le déblocage de toutes les situations conflictuelles et de crise une priorité de leur présidence dans l'Union africaine l'an prochain.

Chers collègues,

En parlant du développement de notre association, je voudrais souligner notre appréciation positive du travail énergique et professionnel de la présidence du Brésil, la mise au point efficace de la déclaration adoptée à la réunion de nos dirigeants à Osaka le 28 juin.

Nous saluons les priorités brésiliennes consistant à approfondir la coopération dans le domaine des innovations, de la science, des technologies et de l'économie numérique. Nous soutenons la disposition de la présidence à garantir la continuité, à mettre en œuvre les décisions des sommets précédents des Brics.

A cet égard nous jugeons utile d'accélérer le travail sur les accords des cinq sur le groupe satellitaire de sondage à distance de la Terre et sur la sécurité internationale de l'information.

 Nous accordons une importance particulière à l'élargissement de la coopération dans la lutte contre le terrorisme, contre la corruption, nous soutenons la proposition de l'Afrique du Sud sur la formation d'un Groupe de travail sur la lutte contre le crime organisé transnational.

Nous remercions pour l'inscription parmi les priorités de la présidence brésilienne de deux initiatives russes pour la mise en place de la Plateforme d'études énergétiques et de l'Alliance d'affaires féminine des Brics (Women business Alliance).

Nous sommes convaincus de la nécessité d'une coordination étroite entre nos pays sur les principales plateformes internationales. Nous jugeons important d'approfondir le dialogue entre nos représentations diplomatiques dans les pays tiers, notamment auprès des organisations multilatérales, de préparer des documents communs. Nous trouvons également important de soulever les questions sensibles sur lesquelles les avis de nos pays peuvent ne pas coïncider. Un dialogue ouvert et de confiance aidera toujours à chercher des points de convergence et apportera un résultat. Comme en témoigne la mise au point par tous nos experts du document final de la réunion d'aujourd'hui.

Le travail diplomatique permanent au format des cinq est très sollicité aujourd'hui. J'espère que nous poursuivrons la conversation durant notre réunion en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York le 26 septembre.

Nous remercions les partenaires pour le soutien des résolutions russes à l'Assemblée générale des Nations unies telles que l'inadmissibilité de la glorification du nazisme, le non-déploiement en premier des armes dans l'espace, sur les mesures visant à garantir la confiance dans l'activité spatiale, sur la sécurité internationale de l'information et la lutte contre la cybercriminalité. Nous remercions l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud pour le vote solidaire avec nous contre la résolution franchement provocatrice sur les droits de l'homme en Crimée. Tous ceux qui s'intéressent aux droits de l'homme en Crimée peuvent s'y rendre sans obstacles. Ceux qui pensent qu'il ne faut le faire en aucun cas et qu'il faut condamner la Russie agissent de mauvaise foi et politisent, spéculent sur le thème des droits de l'homme. Dans l'ensemble, je trouve juste d'aspirer à ce que les membres de notre "quintet" se soutiennent lors du vote dans les organisations internationales sur les questions fondamentales pour les intérêts nationaux de chaque Etat.

Nous sommes disposés à approfondir la coopération dans les Brics dans le domaine financier et économique, comme cela a été affirmé par les dirigeants des cinq pays à Osaka, à défendre les bases d'un système commercial multilatéral inclusif, équitable, transparent et mutuellement bénéfique dans le cadre de l'OMC.

Nous constatons un progrès dans la mise au point d'une activité opérationnelle à part entière de la Nouvelle banque de développement. 35 projets d'investissement pour un total de plus de 9,2 milliards de dollars ont déjà été approuvés. Autre point important est le travail pour le passage au financement des projets dans les monnaies nationales des Brics.

A Osaka nos dirigeants ont abordé l'élargissement de la composition des actionnaires de la Nouvelle banque de développement. Nous pensons que cela demande une approche par étapes, qui implique que les modalités d'admission de nouveaux actionnaires seront substantiellement mises au point en parallèle entre les ministères des Finances et au niveau des ministères des Affaires étrangères. Une telle proposition pourrait être examinée dans le cadre de la préparation du sommet de Brasilia les 13 et 14 novembre. Nous comptons sur une discussion productive au sommet sur les trois axes principaux de la coopération du "quintet" – politique, financière et économique, et social.

 

 

 

 

 

 

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