24 juillet 201920:56

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Bruno Rodriguez Parrilla, Ministre cubain des Affaires étrangères, La Havane, 24 juillet 2019

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Monsieur le Ministre,

Cher Bruno,

Mesdames et Messieurs,

Chers collègues,

Nos pourparlers ont été très intenses. Nous avons abordé tout le spectre des relations stratégiques russo-cubaines, notamment dans le contexte des accords de principe conclus pendant la visite du Président cubain Miguel Diaz-Canel à Moscou en novembre 2018.

Comme l'a dit le Ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez Parrilla, nous avons eu la possibilité de nous rencontrer en mai dernier à Moscou. La régularité de nos contacts reflète la volonté de développer nos relations dans tous les domaines sans exception.

Je voudrais commencer par le fait que Cuba célébrera dans deux jours le Jour de la révolte nationale - le 66e anniversaire de l'attaque de la caserne de Moncada. Cet événement important dans l'histoire de la révolution cubaine a ouvert au peuple cubain la voie vers la liberté, l'indépendance et la justice. De tout notre cœur, nous félicitons nos amis pour cette grande fête.

Nous réaffirmons notre volonté de renforcer la solidarité face aux actions inadmissibles et "denses" entreprises contre Cuba par les États-Unis. L'embargo commercial et économique, tout comme les menaces de nouvelles sanctions, sont rejetés par la grande majorité des membres de la communauté internationale. Nous avons un immense respect pour la résistance du peuple cubain qui supporte toutes ces attaques et difficultés liées aux restrictions économiques illégales; qui ne les supporte pas simplement avec dignité, mais qui atteint également de nouveaux succès dans l'économie, la santé, la culture, le secteur social et éducatif. Nous avons réaffirmé que nous serions toujours avec le peuple cubain dans la défense des principes de la justice et du droit international, qui sont fixés dans la Charte de l'Onu et les nombreuses résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies pour lesquelles votent près de 190 États - sauf de rares exceptions.

Nous avons parlé de la poursuite de notre dialogue au sommet et à haut niveau. Nous sommes convenus de préparer l'an prochain un programme d'activités consacré à deux grandes dates: le 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique et le 60e anniversaire de l'établissement de nos relations diplomatiques. Je suis certain que ce programme sera chargé, marquant, donnera satisfaction et suscitera le soutien des citoyens de la Russie et de Cuba.

Mais avant cela, en novembre, sera célébrée une autre date marquante: le 500e anniversaire de La Havane. Nous avons planifié les Journées de Saint-Pétersbourg qui seront associées à cette date. Plus tôt, en octobre, est prévue la visite du Premier ministre russe Dmitri Medvedev dans la capitale cubaine. Une délégation représentative, notamment avec la participation des responsables de notre Parlement, a l'intention d'accepter l'invitation des camarades cubains de venir assister au 500e anniversaire de La Havane.

Dans le domaine commercial et économique et des investissements, nous avons établi un dialogue très étroit et ramifié sous l'égide et avec un rôle coordinateur de la Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale, économique, scientifique et technique. Elle est présidée par les vice-premiers ministres Iouri Borissov et Ricardo Cabrisas (qui se trouve actuellement en visite de travail en Fédération de Russie). Nous avons analysé dans l'ensemble les tâches qui nécessitent des impulsions politiques supplémentaires dans le domaine commercial, économique et des investissements, qui seront évoquées en détail entre Ricardo Cabrisas et ses partenaires en Fédération de Russie.

Nous avons parlé de la situation dans la région, au Venezuela et autour. Nous sommes d'accord sur le fait que tous les problèmes liés au Venezuela ou à tout autre pays de la région, et dans l'ensemble à tout pays du monde, doivent être réglés uniquement de manière pacifique, par la voie politique et diplomatique en s'appuyant sur la Charte de l'Onu, les principes de respect de la souveraineté, de non-ingérence dans les affaires intérieures, d'inadmissibilité de l'usage de la force ou de la menace d'en faire usage. C'est à partir de ces positions que nous participons activement, tout comme nos amis cubains, à la contribution des acteurs extérieurs à la mise en place de conditions qui permettraient aux Vénézuéliens de s'entendre entre eux pour surmonter la situation actuelle. Nous prônons le développement de contacts stimulant le dialogue direct entre le gouvernement et l'opposition. Je souligne de nouveau qu'il doit s'agir de contacts contribuant au dialogue et non à imposer le résultat de ce dialogue, à prédéterminer son issue.

Nous nous soutenons étroitement à l'Onu et sur d'autres plateformes internationales. Nous remercions nos amis cubains pour leur vote traditionnel en soutien aux résolutions russes, pour la co-rédaction de nombreuses résolutions importantes de l'Assemblée générale des Nations unies, notamment sur l'inadmissibilité de la glorification du nazisme, la lutte contre l'envoi des armes dans l'espace, la garantie de la sécurité internationale de l'information, la lutte contre la cybercriminalité et bien d'autres. Notre coordination est exemplaire.

Je remercie mon ami et tous nos collègues cubains pour la coopération, l'esprit d'équipe et l'entraide. J'ai invité de nouveau le Ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez Parrilla à se rendre en Fédération de Russie pour une visite de retour.

Question: Pouvez-vous commenter plus en détail les critères des nouvelles restrictions américaines contre Cuba, se référant au chapitre III de la loi Helms-Burton?

Sergueï Lavrov: Les critères sont les mêmes. Tous les chapitres de cette loi, notamment le troisième, sont illégaux et contraires au droit international. Comme je l'ai déjà dit, la résolution sur l'inadmissibilité de l'embargo commercial contre Cuba, qui est soumise chaque année au vote de l'Assemblée générale des Nations unies, obtient en moyenne 190 voix. Les États-Unis et certains pays - inutile de parler de leur indépendance - votent contre. Les résultats de l'expression de la position de la communauté internationale parlent d'eux-mêmes.

Question (adressée à Bruno Rodriguez Parrilla): Récemment, le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a qualifié la présence de la Russie et de Cuba au Venezuela d'"indésirable". Que pouvez-vous dire en réponse?

Sergueï Lavrov (répond après Bruno Rodriguez Parrilla): Nous avons entendu plusieurs fois que Cuba et la Russie étaient des pays qui n'avaient rien à faire en Amérique latine. Hormis le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, le conseiller du Président américain à la sécurité nationale John Bolton s'est exprimé à ce sujet, qui a récemment déclaré que l'Iran et le Hezbollah s'ingéraient en Amérique latine et la déstabilisaient. L'ampleur de cette analyse et sa profondeur mériteraient des commentaires à part. J'espère que toutes les personnes sensées ici comprennent de quoi il s'agit.

Entendre, de la part d'un représentant américain, que quelqu'un dans l'hémisphère Est ne peut pas avoir de partenaires dans l'hémisphère Ouest et inversement, honnêtement, est tout simplement ridicule. Regardez la carte des bases militaires américaines. Regardez la carte des bases de votre Partie, le Royaume-Uni, loin de son territoire. Il n'y a pas de terrain pour une discussion sérieuse.

Question: Durant sa visite en Amérique latine il y a quelques années, le Président russe Vladimir Poutine avait déclaré qu'il ne devait pas y avoir de vide en Amérique latine et que si les États-Unis ne participaient pas aux affaires des pays de la région, la Russie le ferait. Est-ce que l'un des objectifs de la Russie vis-à-vis de Cuba consiste à combler l'espace créé suite à la rupture des liens entre les États-Unis et Cuba après la présidence de Barack Obama?

Note: la citation du correspondant de la BBC Will Grant est fausse. Il s'avère que le journaliste britannique faisait allusion à la conférence de presse du 2 avril 2010 à l'issue de l'entretien du Président russe Vladimir Poutine et de l'ex-Président vénézuélien Hugo Chavez, tout en déformant le fond de la question et de la réponse obtenue.

Nous regrettons la manipulation commise par le journaliste britannique.

Sergueï Lavrov: Je ne pense pas que vous ayez correctement cité le Président russe Vladimir Poutine, qui aurait déclaré lors d'un voyage en Amérique latine que s'il y avait un vide nous aurions le droit de le combler. Il n'a pas dit cela. Je ne me souviens pas de la citation exacte, mais Vladimir Poutine a souligné à maintes reprises que nous voulions développer des relations mutuellement bénéfiques et équitables avec l'Amérique latine et les Caraïbes. Si l'un de ces pays, tout comme les pays d'autres régions, souhaite une coopération équitable, nous y sommes prêts.

Je trouve que les traditions des États-Unis, qui ont osé mentionner 200 ans plus tard la doctrine de Monroe et dire qu'elle restait d'actualité, sont différentes. Les États-Unis aiment bien déterminer eux-mêmes où il y a un vide à combler. C'est pourquoi ils annoncent, comme par le passé, qu'à la Grenade et au Panama il y aurait un "vide de démocratie", par exemple. Ils donnent l'ordre à leurs forces armées de remplir ce "vide de démocratie" à leur "façon démocratique". C'est pourquoi je demanderais à nos collègues occidentaux qui souhaitent aujourd'hui soutenir le point de vue officiel de leur gouvernement selon lequel la Russie serait responsable de tout, d'être plus attentifs avec les faits. Si vous citez des chefs d’État, quoi que vous en pensiez, essayez d'être précis. Merci.

Question: Quelle est la réaction de la Russie aux actions destructives de l'administration de Donald Trump dans les relations bilatérales entre Washington et La Havane, étant donné qu'il y avait une tendance positive à l'époque de Barack Obama? Quelles décisions pourraient être prises au niveau régional et international pour faire face aux actions agressives de Washington en ce sens?

Sergueï Lavrov: Il ne peut y avoir qu'une seule solution: exiger le respect du droit international. Nous comprenons que les États-Unis prennent de telles exigences très à la légère - et c'est peu dire - et pensent que la loi n'est pas écrite pour eux concrètement, comme le dit un proverbe russe. Mais je ne vois pas d'autres moyens. Nous défendrons le droit du peuple cubain à décider lui-même de son sort et de son avenir, du développement de son pays, tout comme le droit de tout autre peuple. Nous rejetons fermement les tentatives d'imposer à qui que ce soit ses propres ordres et valeurs qui ne reflètent pas toujours les valeurs d'autres civilisations et peuples. Ce sont des méthodes coloniales et néocoloniales, qui ont leur place dans les poubelles de l'histoire. Malheureusement, la mentalité de récidive coloniale s'avère très persistante, notamment aux États-Unis. J'espère vraiment que malgré tout, les États-Unis prendront conscience de leur intérêt à long terme, qui ne consiste pas à détériorer les relations avec tout le monde en avançant des ultimatums, en exigeant de payer immédiatement ou en réquisitionnant les actifs des autres dans leurs propres banques, mais à s'assurer à long terme des partenaires, et non des pays qui se souviendront d'avoir été maltraités.

Ma réponse est très simple. Premièrement, il faut respecter le droit international et exiger des États-Unis qu'ils agissent de même. Malheureusement, leurs alliés, que ce soit le Royaume-Uni ou les membres de l'UE, n'osent pas rappeler aux États-Unis qu'il existe le droit international, qui plus est incarné dans la Charte de l'Onu, l'OMC, les Chartes des institutions de Bretton Woods. Or ce sont les États-Unis et leurs partenaires occidentaux qui faisaient partie des principaux architectes de ce système d'organisations internationales. L'Union soviétique a participé activement à la création de l'Onu, mais pour tout ce qui concerne l'économie mondiale et le commerce, c'est le monde occidental mené par les États-Unis qui a été l'architecte de ces structures. Enfreindre aujourd'hui avec une telle facilité tout ce qui a été créé et ensuite appliqué pour la gestion de l'économie mondiale est à courte vue et non professionnel.

En ce qui concerne notre ligne concrète vis-à-vis de la République de Cuba, nous soutiendrons par tous les moyens Cuba, le peuple cubain et son gouvernement non seulement politiquement et moralement en développant notre coopération militaro-technique, mais également en promouvant activement le commerce et les projets économiques qui permettront de rendre l'économie de ce pays résistant face aux différentes attaques extérieures. J'espère que nous réussirons. Nous en avons parlé en détail aujourd'hui. Les institutions économiques de nos deux pays travaillent en ce sens constamment.

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