21 juin 201813:01

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres, Moscou, 21 juin 2018

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Mesdames et messieurs,

Cet entretien avec le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres a été très productif, substantiel et concret.

Nous avons évidemment évoqué les relations internationales actuelles, qui traversent une passe difficile. A nos yeux, cela découle avant tout des tentatives d'imposer des approches unilatérales du règlement de différents problèmes internationaux au détriment de la recherche de réponses collectives aux défis de notre époque. Malheureusement, cette tendance négative se reflète pleinement sur le travail du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons parlé du débat difficile sur les problèmes mondiaux centraux comme la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, notamment en Syrie, en Libye et au Yémen. Nous avons également échangé autour du processus de paix israélo-palestinien, parlé des crises qui perdurent en Afrique, encore difficiles à régler, et évoqué en détail la manière dont l'Onu et son Secrétariat pourraient contribuer au progrès sur tous ces points.

Nous avons échangé nos avis sur le sort du Plan d'action global commun sur le programme nucléaire iranien après l'annonce de la sortie des USA de ce document juridique international fondamental. Nous avons abordé les nouveaux éléments qui inspirent un certain optimisme en ce qui concerne l'évolution de la situation sur la péninsule coréenne et autour. Il serait très important pour nous d'entendre comment le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres envisage les solutions pour surmonter les conflits anciens et nouveaux, dont le nombre, malheureusement, ne se réduit pas - comme je l'ai déjà dit.

La Russie participe activement à la mise au point, par les États membres, des modalités de la réforme initiée par le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres et qui se trouve déjà à un stade avancé. Nous soutenons ses initiatives visant à rendre l'Onu plus efficace dans le règlement des problèmes auxquels fait face la communauté internationale, et à y parvenir par des efforts communs à travers un dialogue entre tous les États membres.

La Russie prône continuellement le renforcement du rôle central de l'Onu, l'immuabilité des principes fondamentaux de la Charte de l'Onu, ainsi que la responsabilité principale du Conseil de sécurité des Nations unies dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales. C'est notre position de principe, qui a été clairement réaffirmée hier par le Président russe Vladimir Poutine pendant son entretien avec le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres au Kremlin.

Nous pensons que le gage d'efficacité de l'activité de l'Onu est l'objectivité et l'impartialité dans l'analyse des problèmes mondiaux les plus graves, ainsi que la disposition à prendre en compte tout l'éventail des positions des États membres. Nous constatons que le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres est précisément disposé à un tel travail, qu'il veut sincèrement aider à surmonter les différends entre les principaux acteurs et trouver des solutions mutuellement acceptables aux problèmes. Nous respectons également l'agenda humanitaire promu par Antonio Guterres à l'Onu dans tous les domaines d'activité des Nations unies, notamment dans le contexte du règlement des conflits et des situations de crise.

Je voudrais de nouveau exprimer ma satisfaction après ces pourparlers.

Question: Récemment, les USA ont annoncé qu'ils se retiraient du Conseil des droits de l'homme des Nations unies (CDH) à cause d'une résolution du CDH critiquant Israël. La Représentante permanente des USA à l'Onu Nikki Haley a qualifié la politique du CDH vis-à-vis d'Israël de "haine aveugle", et précédemment elle avait souligné qu'Israël était condamné au CDH dix fois plus souvent que l'Iran. D'après vous, le Conseil accorde-t-il effectivement une attention excessive à Israël? Dans l'ensemble, que pensez-vous de la sortie des USA du CDH?

Sergueï Lavrov (répond après le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres): Nous espérons que ce n'est pas une décision définitive et que les USA réaffirmeront leur attachement à l'Onu, qui plus est dans un domaine aussi important pour eux que les droits de l'homme.

Dans ce domaine, vous le savez, les USA se voient comme des champions. Si c'est le cas, ils devraient avoir des arguments pour travailler au CDH, notamment avec ceux qui promeuvent des initiatives et des positions qui ne coïncident pas tout à fait avec les approches américaines.

En ce qui concerne les accusations de la Représentante permanente des USA auprès de l'Onu Nikki Haley visant le Conseil de sécurité des Nations unies concernant l'hostilité interminable envers Israël, je ne peux pas être d'accord avec elle. Le Conseil de sécurité des Nations unies a une obligation: analyser les rapports du Secrétaire général sur la situation au Moyen-Orient, y compris le processus de paix israélo-palestinien. Ces rapports sont basés sur les décisions prises antérieurement au Conseil de sécurité des Nations unies. La discussion qui se déroule en s'appuyant sur ces rapports du Secrétaire général reflète les événements qui se passent au Moyen-Orient directement dans les relations entre les Palestiniens et les Israéliens.

Je peux dire que la récente étude des troubles qui y ont eu lieu, des affrontements, des bombardements du territoire israélien depuis la bande de Gaza et des ripostes d'Israël ont montré que la plupart des membres du Conseil de sécurité des Nations unies adoptaient des positions objectives. Du moins, la condamnation des bombardements d'Israël a été clairement exprimée, y compris par la délégation russe.

Question: Nous entendons de plus en plus parler de la nécessité d'une réforme de l'Onu, mais, d'une manière générale, on sait bien que même si des résolutions sont adoptées elles ne sont pas toujours respectées. Par exemple, quatre résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur le conflit du Haut-Karabagh ne sont pas respectées depuis 25 ans. D'après vous, y a-t-il des outils pour que les pays remplissent rigoureusement les résolutions? La réforme aidera-t-elle?

Sergueï Lavrov (répond après le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres): Concrètement, la représentante de l'agence Moscow-Baku s'intéresse, si je comprends bien, à la situation concernant le processus de paix du Haut-Karabagh. Les résolutions en question ont été adoptées en période d'activités militaires. Elles ont permis, avec les démarches entreprises sur le terrain, notamment par notre pays, de stopper cette situation sanglante, de la rediriger vers le dialogue politique. Avec l'accord de toutes les parties sans exception a été créé le Groupe de Minsk de l'OSCE dans le cadre duquel on s'est mis d'accord pour régler toutes les questions en suspens, y compris la libération des territoires et le règlement politique, à travers la détermination du statut définitif du Haut-Karabagh. Nous y travaillons encore aujourd'hui.

La Russie, avec les USA et la France, en tant que coprésidente du Groupe de Minsk de l'OSCE et avec l'entière entente de Bakou et d'Erevan, travaille à réaliser ces tâches. Pour que cela se produise, il faut un consensus entre les belligérants. Dès que nous avancerons dans ce sens, je suis certain que le règlement du conflit sera proche.

Question: Comment pouvez-vous décrire la coopération avec les USA étant donné que les autorités américaines disent qu'il serait possible d'avancer au sommet dans le règlement de la crise syrienne, ainsi que sur la Corée du Nord. Y a-t-il des contacts avec les USA pour organiser ce sommet? Est-il vrai que le conseiller du Président américain Donald Trump John Bolton se rendra prochainement à Moscou? 

Sergueï Lavrov (ajoute après le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres): Dans les relations russo-américaines, le Président russe Vladimir Poutine a souligné plusieurs fois que si les USA et la Russie commençaient à coopérer pour régler tel ou tel problème international, dans la plupart des cas, cela fonctionnerait. Tous les membres de la communauté internationale seraient gagnants. Nous partons du fait que cette position est effectivement sollicitée par bien des pays. Le Secrétaire général de l'Onu vient de confirmer qu'il jugeait important que nos pays coopèrent au lieu de rester dans un état où les relations sont artificiellement gâchées par des problèmes - à commencer par ceux créés par l'administration Obama.

Nous sommes ouverts au dialogue avec les USA sur toutes les questions. Bien sûr, la normalisation des relations bilatérales aiderait considérablement à entretenir une coopération plus efficace et plus étroite sur la scène internationale. C'est pourquoi nos propositions pour surmonter les fameux éléments irritants dans les relations bilatérales ont été envoyées à plusieurs reprises à Washington. La dernière fois, je les ai transmises au nouveau Secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

En parallèle, nous sommes prêts à le faire dans les situations internationales où nous avons la possibilité de coopérer dès à présent. Nous avons, vous le savez, des contacts au niveau des diplomates, des militaires, sur le processus de paix syrien, et en parallèle nous entretenons des relations étroites avec l'Onu, avec le Secrétaire général, son Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura. Alors je lis les fuites de Washington selon lesquelles un sommet pourrait avoir lieu prochainement ou affirmant qu'il serait proposé d'organiser un sommet. Nous ne réagissons pas aux fuites. Mais tout le monde sait que nous sommes toujours ouverts aux contacts. Et si nous parvenions à une entente sur des pourparlers à haut niveau ou au sommet, bien évidemment cela serait annoncé au moment opportun.

Question: Un rapport récent accuse l'armée syrienne et ses alliés de crimes de guerre lors de la libération de la Ghouta orientale. Ce rapport s'appuyait sur des données précises. Que pouvez-vous en dire? Dans quelle mesure les informations auxquelles se réfère l'Onu sont-elles objectives, quand on sait que ce rapport accuse également les groupes armés basés dans cette région?

Sergueï Lavrov: Je n'ai pas lu ce rapport. Si je comprends bien, vous parlez du rapport de la commission Pinheiro - ladite "Commission des droits de l'homme" - qui a obtenu son mandat à travers une procédure de vote très controversée au Conseil des droits de l'homme et mène une analyse à distance de différentes situations en Syrie d'un point de vue humanitaire. La Commission ne se rend pas sur place. J'ai entendu dire aujourd'hui aux nouvelles qu'elle utilisait des informations tirées des réseaux sociaux et des vidéos filmées par les témoins. J'ai entendu qu'elle aurait interrogé 140 personnes et ainsi de suite.

Nous sommes très sceptiques quant aux méthodes à distance d'un tel travail, qu'il s'agisse de crimes de guerre dans l'ensemble ou d'usage des armes chimiques. Nous avons déjà commenté plusieurs fois les méthodes qui servent à créer de tels scoops.

J'ai vu aujourd'hui un reportage, sur Euronews je crois, qui commentait la sortie de ce rapport. On a dit qu'il contenait des documents sur les crimes de guerre du gouvernement syrien et des groupes armés illégaux. Et tout ce texte était lu sur fond des célèbres images du garçon Ayman arrosé d'eau, soi-disant pour le sauver d'une substance chimique.

Euronews est une chaîne respectable qui revendique être la plus objective, dit-elle, et transmettre au spectateur toutes les opinions sans exception. Or l'histoire du garçon Ayman a connu une suite. Quand la vidéo a été visionnée par les spécialistes qui ont été étonnés de voir pourquoi rien ne correspondait à une situation quand une substance chimique est utilisée, nous nous sommes mis d'accord avec le gouvernement syrien, nous avons fait venir Ayman, ses parents et d'autres acteurs de cette vidéo à La Haye, à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, où ils ont raconté que des gens, ceux qu'on appelle les Casques blancs dont le financement américain a été rétabli, s'étaient jetés sur eux pour les arroser d'eau.

C'est pourquoi quand nos collègues respectables des médias font de telles annonces, je voudrais vraiment espérer que l'image ne sera pas unilatérale et montrera l'histoire sous différentes angles, en tenant compte de tous les faits à disposition.

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