12 juin 201801:34

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'issue des pourparlers au "format Normandie", Berlin, 11 juin 2018

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Bien évidemment, nous n'avons pas réussi à régler tous les problèmes liés à la mise en œuvre des Accords de Minsk sur le règlement de la crise ukrainienne intérieure. Toutefois, je pense que cette réunion a été très utile.

Nous avons évoqué une nouvelle fois toute la situation en matière de sécurité, de réformes politiques, d'économie et de problèmes humanitaires. Nos hôtes allemands présenteront en détail la perception qui a pris tournure à l'issue de nos pourparlers.

En résumé, nous avons réaffirmé la priorité du règlement des problèmes humanitaires et de l'entente sur les conditions de libération des détenus. Ce thème a été évoqué par le Président russe Vladimir Poutine et le Président ukrainien Petro Porochenko lors d'un entretien téléphonique pendant le séjour du Président russe en Chine. A l'issue de leur conversation, les représentants spéciaux des droits de l'homme sont entrés en contact et cherchent à établir la "feuille de route" pour régler la question relative à la libération des détenus. Bien sûr, il faut faire la distinction entre ceux qui ont été arrêtés uniquement pour leur métier, comme votre collègue Kirill Vychinski qui est accusé de haute trahison en Ukraine, et ceux qui sont réellement soupçonnés et accusés de crimes.

Nous avons également évoqué aujourd'hui la nécessité d'entreprendre des démarches concrètes pour normaliser la situation en matière de sécurité dans le Donbass. Nous avons attiré l'attention sur le fait qu'en octobre 2016, les dirigeants du "format Normandie" s'étaient personnellement penchés sur cette situation pour convenir de la séparation des forces et des armements dans trois villes concrètes – Petrovskoe, Zolotoe et Stanitsa Louganskaïa. Cet accord n'a toujours pas été respecté. Ces démarches ont été entreprises à Petrovskoe et à Zolotoe, mais, depuis, les forces armées ukrainiennes sont revenues dans ces "zones grises". En ce qui concerne Stanitsa Louganskaïa, nous avons mis l'accent aujourd'hui sur l'exigence du gouvernement ukrainien de commencer la séparation des forces et des armements seulement en cas de respect d'un cessez-le-feu total pendant sept jours. Nous avons cité aujourd'hui des faits qui témoignent que la mission de l'OSCE a constaté plus de 20 fois des périodes de plus de sept jours de respect total du cessez-le-feu. Malgré cela, l'Ukraine refuse de remplir l'accord des dirigeants du "format Normandie" sur la séparation des forces et des armements. Nous espérons qu'aujourd'hui, nos collègues allemands et français réaffirmeront l'importance de remplir les termes de l'entente entre les dirigeants.

En ce qui concerne le processus de paix, notamment les élections et le statut spécial du Donbass prévu par les Accords de Minsk, pendant longtemps on a débattu de ce qui devait être fait d'abord: la loi sur le statut particulier du Donbass ou les élections sur ce territoire ukrainien. A une certaine étape, encore en 2015, a été créée la "formule de Frank-Walter Steinmeier", qui était à l'époque Ministre allemand des Affaires étrangères, pour régler le problème de la successivité de l'adoption de la loi sur le statut particulier et le déroulement des élections. Bien que la "formule de Frank-Walter Steinmeier" ait été approuvée en 2015 et confirmée en 2016, nos collègues ukrainiens ne permettent toujours pas à cette "formule", à cet accord des dirigeants, d'être couchée sur le papier pour qu'elle acquière une signification juridique. Aujourd'hui, nous en avons également parlé et nos collègues allemands nous ont soutenus en ce sens.

J'espère que les signaux que nous transmettons aujourd'hui au monde extérieur feront leur effet. Je parle avant tout de l'entente entre nos dirigeants sur la séparation des forces et des armements dans les trois premières régions désignées personnellement sur la carte par les dirigeants et quatre pays, et la mise en œuvre de la "formule de Frank-Walter Steinmeier".

Je trouve ces réunions utiles. Même si nous savons que les discussions sur la synchronisation des actions pour mettre en œuvre les Accords de Minsk n'ont pas lieu seulement dans le cadre des ministères des Affaires étrangères, mais également des conseillers en politique étrangère des Présidents des trois pays et de la Chancelière allemande. Ces contacts se poursuivent, nous les avons soutenus activement. Voilà ce dont nous avons parlé aujourd'hui. Bien sûr, il faut souligner la confirmation, par tous les participants à la réunion d'aujourd'hui, de l'immuabilité des Accords de Minsk. Même si nous avons des questions quant à la position de nos collègues ukrainiens par rapport à ces accords.

Question: A-t-on évoqué la question des casques bleus de l'Onu?

Sergueï Lavrov: Oui, nous l'avons évoquée. La position russe est très claire. Une proposition a été formulée et soumise en septembre 2017 au Conseil de sécurité des Nations unies, visant à ce que l'Onu garantisse la sécurité des observateurs qui travaillent dans le cadre de l'OSCE. Nous avons expliqué que les idées avancées par les collègues ukrainiens et les représentants américains pour transformer cette mission de maintien de la paix en une sorte de commandement militaro-politique qui prendrait le contrôle de tout le territoire de ces républiques autoproclamées - de Donetsk et de Lougansk - pour décider lui-même qui sera élu et comment, détruisaient complètement les Accords de Minsk. Je pense que les Français et les Allemands comprennent notre logique. Les collègues ukrainiens insistent pour l'instant en disant que c'est cette approche, complètement contraire aux Accords de Minsk, qui leur convient.

Nous avons répété que sur la table se trouvait un projet de résolution qui implique un soutien, par l'Onu, des actions entreprises par l'OSCE pour faire suite et conformément aux Accords de Minsk. Si les collègues ont des commentaires sur ce projet de résolution, nous prions de nous les présenter par écrit et sous une certaine forme juridique. Pour l'instant, nous n'avons reçu aucune proposition pour modifier notre projet de résolution. Nos collègues américains avancent des idées abstraites, qui ne sont pas retranscrites. Quand le représentant spécial des USA pour l'Ukraine Kurt Volker déclare que la balle est dans le camp de la Russie, il n'est probablement pas très averti en diplomatie parce que la balle est précisément dans le camp de ceux qui tentent de contester notre conception de la mission de l'Onu en soutien à l'OSCE et aux Accords de Minsk. Nous partirons de là tant que nous ne recevrons pas d'amendements concrets au texte concret de la résolution proposée.

Question: Avez-vous évoqué la situation dans le Donbass dans le contexte de la Coupe du monde de football à venir?

Sergueï Lavrov: Non, nous ne l'avons pas évoquée.

 

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