29 mai 201815:21

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec le Ministre biélorusse des Affaires étrangères Vladimir Makei, Minsk, 29 mai 2018

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Cher Vladimir,

Mesdames et messieurs,

Je voudrais me joindre aux propos de mon homologue et ami le Ministre biélorusse des Affaires étrangères Vladimir Makei concernant l'importance de nos relations d'alliés.

La République du Belarus est notre allié le plus proche ainsi qu'un partenaire stratégique, comme le confirme la structure unique qu'est l’État de l'Union que nos présidents et gouvernement tentent activement de renforcer - nous en avons parlé en détail aujourd'hui.

Nous apportons une contribution diplomatique à ces efforts grâce au Programme d'actions convenues en politique étrangère adopté tous les deux ans. En novembre 2017, nous avons signé un tel document pour 2018 et 2019. Il est déjà mis en œuvre en pratique, mais formellement et officiellement il sera approuvé prochainement pendant la réunion du Conseil d’État suprême de l’État de l'Union.

Nous venons de signer un Accord intergouvernemental définissant les règles d'entrée sur nos territoires respectifs pour les grands événements sportifs, conformément auquel les citoyens étrangers et les personnes sans citoyenneté pourront traverser sans visa le territoire biélorusse pour se rendre aux matchs de la Coupe du monde de football en Russie cette année. L'an prochain, ces mêmes règles leur permettront de traverser le territoire russe pour se rendre aux 2e Jeux européens au Belarus. Ce document n'a pas seulement une importance pratique pour les supporters souhaitant assister aux événements sportifs mentionnés, mais c'est également un pas important vers la création d'un espace de visa commun. Nous avons abordé en détail aujourd'hui les solutions pour avancer vers la signature d'un accord intergouvernemental en la matière et avons prévu des démarches concrètes en ce sens.

Nous avons évoqué nos relations dans différents domaines – commercial, économique, culturel et social. Nous accordons beaucoup d'importance à la coopération interrégionale, et notamment à la préparation du 5e Forum des régions russes et biélorusses qui se tiendra cet automne à Moguilev.

Nous avons parlé de l'activité de l'Union économique eurasiatique (UEE) et de ses liens avec les partenaires étrangers qui se multiplient. L'intérêt pour cette association grandit. Nous avons examiné l'activité de l'OTSC dans le cadre de la CEI.

Nous avons accordé une attention particulière à l'analyse de la situation sur le continent européen et dans l'espace euro-atlantique. Nous partageons un intérêt mutuel à développer des relations équitables et mutuellement bénéfiques avec l'UE et dans le cadre du dialogue avec l'Otan. Cependant, nous sommes inquiets de l'intensification de l'activité de l'Otan que nous observons dernièrement à proximité immédiate de nos frontières, notamment dans les pays baltes et en Pologne. La position de la Russie, tout comme du Belarus - ce qui a été confirmé aujourd'hui pendant l'entretien avec le Président biélorusse Alexandre Loukachenko - reste inchangée. Ces agissements pour le développement unilatéral de l'infrastructure militaire et le déploiement de forces et de moyens à proximité de nos frontières sont destructives, sapent la confiance et l'entente en Europe et conduisent à la fragmentation de l'espace de sécurité européen. Nous sommes convenus de poursuivre les efforts pour que ces relations se redressent conformément aux documents politiques adoptés au sommet à la fin de la Guerre froide dans les années 1990, notamment dans le cadre de l'OSCE.

Parmi les thèmes régionaux concrets, nous avons évidemment abordé la nécessité de remplir dans leur intégralité les Accords de Minsk pour régler la crise en Ukraine. Nous sommes préoccupés par les tentatives et les récidives des solutions de force, notamment dans le contexte des changements opérés par Kiev concernant l'approche de la réintégration qui, selon la Russie, enfreint les Accords de Minsk, et des agissements pour annuler la loi sur les fondements de la politique linguistique de l’État et la mise en œuvre d'une nouvelle loi sur l'éducation.

Nous avons échangé nos avis sur la situation autour de différentes crises au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, notamment le conflit syrien, le programme nucléaire iranien et ce qui se passe actuellement autour de ce dossier, la situation sur la péninsule coréenne dans le contexte des changements que nous observons dernièrement dans les relations entre les Corées du Nord et du Sud, ainsi qu'entre la Corée du Nord et les USA. Nous souhaitons que ce nœud de conflit soit dénoué au plus vite à travers la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne et que soit garantie la sécurité de la Corée du Nord et de tous les pays de cette région importante qui doit devenir une zone de paix, de stabilité et de sécurité pour tous les États de l'Asie du Nord-Est.

Nous sommes convenus de poursuivre notre participation étroite et coordonnée dans l'activité de l'Onu, de l'OSCE et de l'OCS où le Belarus est observateur et participe activement aux différents projets dans le cadre de l'Organisation.

Nous avons également parlé de la préparation de la prochaine réunion conjointe des deux collèges de nos ministères prévue cet automne. Nous sommes convenus de l'ordre du jour général. Je pense qu'il sera bientôt approuvé définitivement.

Le programme de mon séjour à Minsk ne s'arrête pas là. Mon allocution est prévue aujourd'hui devant les auditeurs et les enseignants de l'Académie d'administration auprès du Président du Belarus. J'exprime mes remerciements pour cette invitation et je communiquerai avec plaisir avec nos collègues.

Pour conclure, je remercie nos hôtes hospitaliers pour l'organisation de ce travail qui, comme toujours, est du plus haut niveau. Nous nous sentons comme chez nous à Minsk. J'espère que c'est réciproque quand vous venez chez nous.

Question: Le Président russe Vladimir Poutine s'est entretenu récemment avec la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président français Emmanuel Macron. Sur ce fond, pouvons-nous nous attendre à quelque chose de positif dans les relations entre la Russie et l'Occident, car elles influencent la situation dans toute la région et notamment au Belarus?

Sergueï Lavrov: Si cela dépendait de nous, la réponse serait clairement positive. Nous ne souhaitons pas la confrontation et voyons un caractère artificiel dans la position de l'Occident vis-à-vis de la Russie. Nous voyons comment une minorité russophobe réduite mais agressive, dans le camp occidental, spécule et abuse des principes de solidarité et de consensus qui existent actuellement en UE, et tentent d'orienter les États ayant une position constructive vers une politique de confrontation avec la Russie, notamment en s'adonnant à une véritable compétition de russophobie pour attirer l'attention des camarades aînés sur leurs propres problèmes.

L'"affaire Skripal", qui s'effondre sous nos yeux en l'absence de la moindre preuve ou confirmation, en est un parfait exemple. On tente de reproduire le même schéma dans d'autres contextes, je veux parler notamment de l'annonce aux Pays-Bas selon laquelle à l'étape actuelle de l'enquête sur le crash du Boeing malaisien il serait déjà possible de conclure à l'implication de la Russie, du système Bouk prétendument "entré sur le territoire ukrainien depuis la Russie avant d'y revenir". Nos preuves documentées, présentées plusieurs fois, montrant qu'il est du moins incorrect de l'annoncer à l'étape actuelle, et notamment les résultats des essais grandeur nature transmis aux enquêteurs par la compagnie Almaz-Anteï qui construit des Bouk et les données primaires de nos radars qui montrent que le missile ne pouvait pas être lancé depuis l'endroit affirmé par l'enquête, ont été ignorées. Tout cela a été ignoré. Nous avons entendu des déclarations peu convaincantes selon lesquelles le radar n'aurait tout simplement pas vu le missile parce qu'il volait trop vite. Ce qui ne suscite rien d'autre qu'un rictus moqueur chez les spécialistes.

A noter que pendant la conférence de presse sur cette tragédie humaine qu'a été la catastrophe du Boeing malaisien, il a été déclaré que l'enquête était loin d'être terminée et que l'identification des coupables se poursuivait. Mais à ce stade déjà, la Russie doit accepter d'ouvrir les négociations avec l'Australie et les Pays-Bas pour se mettre d'accord sur le montant des réparations. C'est la même logique qui a été utilisée dans l'"affaire Skripal" quand il a été annoncé que c'étaient "très probablement" les Russes qui l'avaient fait, et qu'ils devaient avouer leur culpabilité pour que l'enquête continue. Cette tentation de jouer sur la russophobie, d'attirer l'attention, de détourner l'attention de la population et du public mondial des problèmes éprouvés à l'intérieur (je fais allusion au Brexit), n'est pas du tout la ligne qui est nécessaire aujourd'hui dans les relations internationales. Si quelqu'un veut jouer en faveur des milieux de l'autre côté de l'océan qui attisent la confrontation, c'est regrettable. Nous n'y pouvons rien, sauf opposer une ligne intransigeante pour défendre nos intérêts, la vérité et la justice dans les relations internationale, lutter contre le deux poids deux mesures et réaffirmer notre disposition au dialogue équitable, dans le respect réciproque et sans aucun ultimatum sur toutes les questions sans exception.

Nous avons senti que les pays européens solides, notamment l'Allemagne, la France, l'Italie et bien d'autres, comprenaient l'anormalité de l'atmosphère actuelle, créée artificiellement et en vain. Cependant, goutte à goutte l'eau creuse la pierre, le temps guérit – on peut trouver d'autres proverbes. Je suis certain qu'au final, la nécessité de s'entendre au lieu de dicter ses conditions prendra le dessus dans les esprits et dans les actions concrètes des politiciens occidentaux.

Question: A-t-on évoqué aujourd'hui la position commune de la Russie et du Belarus vis-à-vis de l'Ukraine, qui a annoncé qu'elle retirait ses représentants des organes statutaires de la CEI? Comment cela pourrait-il influencer le sort de la CEI?

Sergueï Lavrov (répond après Vladimir Makei): Je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été dit par Vladimir Makei et je soutiens son point de vue. C'est le droit souverain de l'Ukraine que de choisir si elle veut ou non participer à l'activité de différentes organisations. La CEI en fait partie. L'Ukraine doit décider, comme vient de le dire Vladimir Makei, dans quelle mesure et comment cette démarche vis-à-vis de la CEI se reflétera sur ses propres citoyens. Nous n'y pouvons rien. Parfois, le bon sens et la préoccupation pour les citoyens ukrainiens sont pris en otage de la ligne russophobe. On entend qu'il faudrait rompre les relations diplomatiques. Les déclarations sur la sortie de la CEI sont faites sans la moindre préoccupation pour les millions d'Ukrainiens qui travaillent sur le territoire russe. Si elle le souhaite, qu'elle en sorte. Si tout ce qui se passe par rapport à telle ou telle situation impliquant la Russie est vu à travers le prisme antirusse et russophobe, nous n'y pouvons rien non plus. Nous voulons coopérer avec tous les pays qui ont créé la CEI parce que de la coopération constructive dépend directement le règlement de nombreux problèmes et questions concernant la vie et l'activité de nos citoyens.

Question: Dans une semaine se tiendra le sommet de l'OCS. Comment voyez-vous l'évolution de cette Organisation? Quelles sphères de coopération sont prioritaires pour notre pays?

Sergueï Lavrov: L'OCS se développe et se renforce. Ce sera le premier sommet auquel l'Inde et le Pakistan participeront en tant que membres de plein droit. C'est un développement significatif des processus d'intégration dans le cadre de cette structure polyvalente qui s'occupe avant tout des questions de stabilité et de sécurité, ainsi que de la lutte contre les nouveaux risques et défis, de la création des conditions pour développer la coopération économique, sociale, culturelle et éducative.

L'un des principaux résultats du dernier sommet qui s'est tenu au Kazakhstan a été la signature de la Convention sur la lutte contre l'extrémisme, qui détermine clairement le rôle central et la responsabilité des États dans la lutte contre l'extrémisme et d'autres risques et défis. Suite à cette Convention, l'un des principaux résultats du sommet de Qingdao devrait être l'approbation du Programme d'action pour la lutte contre l'extrémisme, le séparatisme et le terrorisme. On évoquera également les questions courantes dans le domaine du développement économique.

Il existe de sérieux arguments au profit de l'élargissement de la coopération entre l'Union économique eurasiatique (UEE), l'OCS et les pays membres de l'ANASE. Nous parlons du "grand projet eurasiatique". Cela fait écho avec les initiatives avancées par la Chine dans le cadre de son concept "La Ceinture et la Route". Le grand projet eurasiatique, avec la participation active de l'OCS, doit être formé en partant de la vie, des intérêts concrets des pays qui veulent participer à ces processus. Dans l'idéal, il doit englober tout le continent eurasiatique. Du moins, les portes restent ouvertes pour une coopération avec la participation des pays de l'UE.

Nous saluerons la participation active du Belarus, qui est actuellement observateur à l'OCS, aux différents projets réalisés dans le cadre de la structure antiterroriste régionale auprès de l'OCS. C'est un sujet qui nous préoccupe tous. De nombreux signes indiquent que le terrorisme international qui combat actuellement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et se compose de citoyens de différents pays, notamment de plusieurs pays de la CEI, s'est éparpillé dans d'autres régions quand il a senti la défaite s'approcher, notamment à destination de l'Asie et de l'Asie centrale. Vous savez que c'est très proche de nos frontières communes. Il existe plusieurs tâches cruciales que l'OCS aide à régler. Nous sommes ravis que le Belarus participe activement à ce travail.

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