28 mai 201813:20

Allocution et réponse à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse commune suite à ses pourparlers avec le Ministre mozambicain des Affaires étrangères et de la Coopération José Pacheco, Moscou, 28 mai 2018

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Mesdames et messieurs,

Nous avons mené de très bons pourparlers. Nous avons examiné les questions d'actualité relatives à nos rapports bilatéraux, ainsi qu'à l'agenda régional et international. Nous avons concrétisé toute une série de domaines de coopération que nous avions évoqués lors de ma visite à Maputo en mars dernier.

En ce qui concerne les relations bilatérales, nous avons confirmé la volonté réciproque de Moscou et Maputo d'approfondir leur coopération commerciale et économique. Les axes prioritaires dans ce domaine sont, selon nous, les efforts communs dans les secteurs de la prospection et de l'extraction des ressources naturelles, des télécommunications, de l'énergie et de l'agriculture.

Nos pays soutiennent l'intérêt croissant des milieux d'affaires russes envers l'activité sur le continent africain, notamment au Mozambique. Nous avons spécialement salué la participation active et intéressée de la délégation mozambicaine au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, où le Ministre mozambicain des Affaires étrangères et de la Coopération José Pacheco représentait les milieux d'affaires de son pays. Nous sommes satisfaits de la première réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique, scientifique et technique, qui s'est déroulée fin d'avril à Maputo. Elle a permis de concerter des accords sur les actions ultérieures, qui sont très prometteuses et visent des résultats concrets.

Nous avons donné une haute appréciation à la formation des spécialistes civils mozambicains dans les universités russes, ainsi que des militaires et des agents de justice dans les établissements du Ministère russe de la Défense et du Ministère russe de l'Intérieur. Nous avons confirmé notre volonté d'examiner la possibilité d'élargir le nombre d'étudiants mozambicains suivant leurs études en Russie.

Quant à l'agenda international, nous avons une position commune stipulant la nécessité de construire la communication interétatique sur la base du droit international, du respect de l'individualité des peuples, de leur volonté et de leur droit de choisir eux-mêmes leur destin. Nous avons constaté un bon niveau de concertation de nos efforts à l'Onu et sur d'autres plateformes multilatérales. Nous nous sommes accordés pour développer et renforcer cette coordination.

Nos amis nous ont présenté en détail leur vision de la situation sur le continent africain. La Russie et le Mozambique affirment de manière cohérente que tous les problèmes, tous les conflits et toutes les crises qui persistent malheureusement sur ce continent doivent être résolus sur la base des approches formulées par les Africains-mêmes, bien sûr avec le soutien moral, politique et matériel de la communauté internationale représentée par l'Onu et son Conseil de sécurité.

Nous avons remarqué le travail très actif du Mozambique au sein des structures régionales, notamment de l'Union africaine et de la Communauté de développement d'Afrique australe, ainsi que sa participation aux efforts de médiation visant à surmonter de nombreux conflits, notamment à Madagascar. Nous avons examiné les perspectives d'approfondissement de la coopération russo-africaine dans le contexte de la future zone de libre-échange en cours de formation sur le continent. Dans ce processus, l'initiative revient à la région d'Afrique australe où le Mozambique fait activement avancer des projets d'intégration. Nous avons également évoqué les perspectives d'établissement de contacts entre la Commission économique eurasiatique et la Commission de l'Union africaine. Il existe déjà, dans ce domaine, des propositions concrètes qui sont analysées par les structures mandatées.

Nous avons une position commune sur le Proche-Orient et l'Afrique du Nord: il est nécessaire d'unir les efforts dans la lutte contre le terrorisme, d'éviter la politique du "deux poids, deux mesures", et de se rendre compte du fait que les tentatives de flirter avec les terroristes à des fins de conjoncture géopolitique ne peuvent rien donner de bon. Nous le constatons à chaque fois que l'on analyse l'influence négative des événements de 2011 en Libye: ce pays a subi à l'époque une agression des pays de l'Otan - en violation de la décision du Conseil de sécurité de l'Onu - dont les répercussions se font toujours ressentir en République centrafricaine, au Mali, au Tchad et dans d'autres pays subsahariens.

Globalement, nous avons une idée claire du développement des relations mutuellement avantageuses dans tous les domaines. J'espère que la Russie et le Mozambique obtiendront de nouveaux résultats concrets dans l'économie, dans le dialogue politique, ainsi que dans les domaines social, culturel et éducatif. Je voudrais remercier mon homologue et ami pour cette rencontre très utile. 

Question: Quelle est la vision russe de l'activité de Daech à l'est de la Syrie, dans les environs d'Al-Tanf - zone contrôlée par les militaires américains? Pourriez-vous commenter les informations de certains médias indiquant que le Sous-Secrétaire d'État américain pour le Proche-Orient David Satterfield rédige un plan de règlement au sud de la Syrie qui prévoit notamment le retrait des troupes américaines d'Al-Tanf? Que pensez-vous des publications des médias israéliens qui affirment que la Russie pourrait demander aux forces iraniennes de s'éloigner de la frontière d'Israël?

Sergueï Lavrov: Il existe déjà beaucoup de témoignages rapportant des choses étranges à Al-Tanf. D'un point de vue militaire, cette région n'est pas vraiment importante pour organiser des opérations antiterroristes. Sur le plan pratique, nous constatons de plus en plus souvent l'apparition dans la région - y compris dans le camp de réfugiés de Rukban - de groupes armés, qui sont parfois, selon nos données, liés d'une manière ou d'une autre à Daech et à d'autres structures extrémistes. Nous l'avons indiqué à plusieurs reprises à nos collègues américains, nous avons attiré leur attention sur le fait que cela contredisait nos ententes sur l'organisation de la désescalade au sud de la Syrie. Nous poursuivons ce travail au niveau des diplomates et dans le cadre des contacts réguliers entre les militaires.

Concernant les publications - je ne les ai pas lues, mais je vous fais confiance - indiquant que les États-Unis rédigeraient un plan prévoyant le retrait de leurs forces de la région d'Al-Tanf, il faut souligner que cette zone a été formée de manière artificielle pour des raisons peu compréhensibles en termes d'utilité militaire. C'est pourquoi nous attirons l'attention de nos collègues américains sur ce fait dans le cadre des contacts entre nos militaires. Si les Américains tirent les mêmes conclusions, nous espérons que cela se soldera par des résultats concrets. 

Quant au sud de la Syrie et à la frontière israélienne, il faut noter que l'entente sur la formation d'une zone de désescalade au sud-ouest de la Syrie prévoyait dès le début le retrait éventuel de toutes les forces non-syriennes de cette partie du pays. L'évacuation des forces non-syriennes doit évidemment s'effectuer sur une base réciproque, être une voie à double-sens. Ce travail, qui doit se poursuivre et se poursuit dans les faits, devrait se solder par une situation où cette région située près de la frontière avec Israël ne sera plus occupée que par les forces armées du Gouvernement syrien. Je peux confirmer que cette approche sert de fondement à l'entente sur la zone de désescalade du sud.

 

 

 

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