14 mai 201818:20

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères par intérim Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe avec le Ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à l'issue des pourparlers russo-égyptiens au format "2+2", Moscou, 14 mai 2018

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Mesdames et messieurs, bonjour.

Nous venons de terminer le 4e cycle de pourparlers entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la Russie et de l’Égypte au format "2+2".

Ce mécanisme de dialogue est sans équivalent dans les relations de la Russie avec les pays arabes. Son fonctionnement confirme le caractère particulier des liens russo-égyptiens. Ces dernières années, nos relations ont atteint un niveau de partenariat global et de coopération stratégique.

Nous avons évoqué la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous avons constaté que dans l'ensemble, nos appréciations du caractère et de l'ampleur des défis dans la région, ainsi que nos évaluations des solutions pour les surmonter, coïncidaient. Nous sommes d'accord sur le fait qu'il n'est possible d'assurer la paix et la sécurité dans la région que sur la base de la Charte de l'Onu en respectant la souveraineté et l'intégrité territoriale des États concernés sans ingérence dans leurs affaires intérieures.

Nous avons souligné la nécessité de consolider les efforts de la communauté internationale afin de lutter efficacement contre la menace du terrorisme. Moscou et Le Caire partent tous les deux du fait que ce travail doit s'appuyer sur la base solide du droit international.

Nous avons souligné notre haute appréciation du rôle joué par l’Égypte pendant sa récente participation au Conseil de sécurité des Nations unies dans l'initiation et la prise de décisions importantes pour empêcher les livraisons d'armes aux terroristes et lutter contre l'idéologie terroriste.

Nous avons accordé beaucoup d'attention à la situation en Syrie. Comme nos amis égyptiens, nous sommes convaincus de l'absence de solution militaire à ce conflit. Le règlement est possible uniquement par la voie politique à travers un dialogue intersyrien global en parfaite conformité avec la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies et les résultats du Congrès du dialogue national syrien qui s'est tenu à Sotchi le 30 janvier. Nous avons réaffirmé notre disposition réciproque à coordonner étroitement nos actions sur le dossier syrien.

Nous avons échangé de manière constructive et dans une atmosphère de confiance nos avis sur d'autres situations de crise dans le vaste espace du Moyen-Orient, notamment en Libye où nous tenons en haute estime le rôle de l’Égypte et d'autres de ses voisins – l'Algérie et la Tunisie, dans la recherche d'approches mutuellement acceptables qui permettraient aux Libyens de déterminer l'avenir de leur pays à travers le dialogue national.

Nous avons parlé également du Yémen et de la situation autour du Plan d'action global commun pour le programme nucléaire iranien au vu des conséquences, que nous jugeons négatives, de la situation actuelle liée au retrait des USA de ce plan pour cette région.

Nos collègues, les ministres de la Défense Sergueï Choïgou et Sedki Sobhi, ont évoqué les questions relatives à la coopération militaire et militaro-technique.

Je noterai que nous avons abordé aujourd'hui le thème du processus de paix israélo-arabe. Nous avons réaffirmé notre attachement aux décisions du Conseil de sécurité des Nations unies, de l'Assemblée générale des Nations unies et aux principes de l'Initiative de paix arabe. Tout comme l’Égypte, nous sommes préoccupés par les tentatives de modifier ces documents et approches qui ont été approuvés par la communauté internationale. De notre côté, nous saluons le rôle constructif de l’Égypte dans le rétablissement de l'unité palestinienne et son aide aux principaux groupes palestiniens pour qu'ils surmontent leurs divisions. Nous avons exprimé notre préoccupation commune quant à la situation sur les territoires palestiniens, notamment dans la bande de Gaza.

Nous avons réaffirmé notre ligne visant à trouver des approches convenues de la mise en place au Moyen-Orient d'une zone exempte d'armes de destruction massive. La décision à ce sujet a été prise encore en 1995. Nous sommes convaincus que l'heure est venue d'intensifier les efforts en ce sens et de surmonter les obstacles, les barrières artificielles que certains de nos partenaires cherchent à dresser sur cette voie.

Pendant l'entretien bilatéral des ministres des Affaires étrangères, nos avons analysé la mise en œuvre des accords conclus pendant la visite du Président russe Vladimir Poutine au Caire en décembre 2017. Nous avons évoqué la mise en œuvre des décisions sur la réalisation de grands projets stratégiques appelés à faire passer au niveau supérieur la coopération commerciale, économique, scientifique et technique entre nos pays - je fais avant tout allusion à la construction de la centrale nucléaire d'El-Dabaa. Un travail actif est en cours pour préparer le site dédié en Égypte.

Nous avons constaté la disposition de nos partenaires à signer un accord intergouvernemental sur la création d'une Zone industrielle russe en Égypte. Nous espérons que cet accord sera finalisé dans les semaines à venir.

Nous sommes convenus d'assurer un accompagnement diplomatique positif au travail de la commission intergouvernementale pour la coopération commerciale et économique qui se réunira ce mois-ci.

D'ici l'automne il est prévu d'entamer les négociations entre l'Union économique eurasiatique et l’Égypte pour préparer un accord sur la zone de libre-échange. C'est une démarche importante pour approfondir les relations entre la Russie et l’Égypte, ainsi qu'entre les autres membres de l'UEE et l’Égypte.

Nous avons abordé la situation dans le secteur de la communication aérienne directe. Sa reprise entre Moscou et Le Caire, selon notre avis commun, a été rendue possible grâce au travail conjoint efficace pour assurer les normes de sécurité indispensables. Le niveau de coopération atteint dans ce secteur constitue une bonne base pour régler à terme la question de la reprise des vols de l'aviation russe à destination des stations balnéaires de Hurghada et de Charm el-Cheikh. Nous sommes convenus de contribuer au renforcement de la coordination entre les forces de l'ordre afin d'empêcher que se reproduisent des événements tragiques tels que le crash de l'avion russe dans le Sinaï en octobre 2015.

Globalement, nous sommes très satisfaits par le bilan des pourparlers qui ont confirmé la nécessité de rencontres régulières dans ce format pour renforcer la coopération russo-égyptienne au profit de la sécurité et de la stabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi que dans le monde en général.

Question (traduite de l'arabe): Avez-vous évoqué l'éventuelle entrée de forces arabes, y compris égyptiennes, sur le territoire syrien pour renforcer le processus de paix?

Sergueï Lavrov (répond après Sameh Choukri): Comme l'a dit mon homologue et ami, nous avons abordé ce sujet dans le contexte de la situation en Syrie et des actions de certains acteurs extérieurs, dont les USA. Ce sont eux qui ont émis l'idée que vous avez mentionnée d'inviter les pays arabes à envoyer leurs contingents en Syrie avec un double objectif: d'un côté partager la responsabilité de la grossière violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Syrie, qui n'a pas invité les USA et les autres membres de la coalition menée par les USA sur son territoire, et de l'autre partager le fardeau financier - ce qui est ouvertement dit par Washington. Tout le monde sait ce qui se trouve derrière ce genre d'invitations. Nous apprécions la position adoptée par l’Égypte.

Question: L'ambassade américaine a été inaugurée aujourd'hui à Jérusalem. De nombreux États ont exprimé leur volonté d'ouvrir leur ambassade dans cette ville également. Cette démarche a provoqué une protestation conjointe du Caire et de Moscou. Est-ce que la Russie et l’Égypte comptent prendre des mesures coordonnées pour limiter les conséquences de cette décision américaine?

Sergueï Lavrov: Nous avons exprimé plusieurs fois publiquement notre appréciation négative de cette situation. Cela a été dit également par le Président russe Vladimir Poutine. Nous sommes convaincus qu'on ne peut pas changer unilatéralement les accords fixés dans les décisions de la communauté internationale, qui stipulent que toutes les questions relatives au règlement définitif du conflit israélo-palestinien (le statut de Jérusalem étant l'une des plus importantes) ne peuvent être réglées qu'à travers un dialogue direct entre le gouvernement israélien et palestinien. Vous le savez: la Russie a proposé plusieurs fois ses services, son territoire pour aider à lancer un tel dialogue direct. Notre proposition est toujours valable. Dans tous nos contacts avec le gouvernement israélien, nous prônons le respect de tous les accords sur le déroulement de ce processus de paix, y compris le règlement du sort de Jérusalem.

Question: Un nouveau cycle de pourparlers a commencé à Astana - le premier depuis les bombardements occidentaux de la Syrie. Ces événements influenceront-ils les pourparlers et le processus de paix en Syrie?

Sergueï Lavrov: Effectivement, le 9e cycle de la réunion internationale sur la Syrie a commencé aujourd'hui à Astana avec la participation des trois pays-garants - la Russie, l'Iran et la Turquie -, des observateurs de Jordanie et, surtout, des délégations du gouvernement syrien et de l'opposition. On y évoquera les démarches concrètes concernant plusieurs questions humanitaires. Bien évidemment, on abordera également la situation du processus de paix que nous voulons entamer au plus vite. Pour cela sont réunies toutes les conditions formulées notamment dans la déclaration détaillée du Congrès du dialogue national syrien approuvée par le Secrétaire général de l'Onu et son Envoyé spécial pour la Syrie Staffan de Mistura.

Malheureusement, alors que nous étions sur le point de voir un tel dialogue prendre une forme concrète, a eu lieu l'agression des USA, du Royaume-Uni et de la France sous le prétexte complètement infondé de l'usage prétendu de l'arme chimique par le gouvernement syrien. Cette attaque a eu lieu moins d'une journée avant la visite prévue des inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques sur les lieux de l'incident. Mais depuis, notamment pendant le briefing à La Haye avec la participation des témoins syriens, je pense que nous avons pu dévoiler la mise en scène qui a eu lieu à Douma le 7 avril malgré toutes les tentatives convulsives de nos collègues de justifier leur action illégitime. Bien sûr, ce n'était pas seulement une attaque contre le territoire syrien mais également contre le progrès du règlement politique de la crise syrienne en s'appuyant sur les prémisses créées par le processus d'Astana et le Congrès de Sotchi.

Nous continuerons de faire en sorte que tout le monde respecte les accords conclus dans le cadre de la résolution 2254. C'est dans le cadre de cette résolution qu'agissent les trois pays-garants du processus d'Astana et que sont prises les décisions du Congrès du dialogue national syrien. Nous insisterons pour que tout le monde respecte ces documents.

Question (traduite de l'arabe, adressée à Sameh Choukri): Quelle est la position de l’Égypte concernant les derniers affrontements sur le plateau du Golan et les bombardements de la Syrie?

Sergueï Lavrov (ajoute après Sameh Choukri): Je me joins complètement à ce qui a été dit, à la nécessité pour tous les acteurs extérieurs sans exception de respecter la souveraineté, l'intégrité territoriale de la Syrie et d'empêcher les provocations susceptibles de saper les conditions cruciales pour l'établissement du dialogue intersyrien.

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