15 mars 201816:47

Allocution et réponses aux questions du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pendant le forum "La Russie, un pays d'opportunités", Moscou, 15 mars 2018

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Chers amis,

Merci pour votre invitation. Il m'est très agréable de communiquer dans de tels formats. Très récemment beaucoup d'entre vous, je crois, ont participé à un autre événement: la finale du concours russe des cadres dirigeants "Leaders de Russie" à Sotchi, auquel j'ai également assisté.

Je trouve fondamental de créer les conditions pour promouvoir la jeunesse talentueuse et créative aux positions qui détermineront la progression du pays vers l'avenir, ce qui est l'une des démarches décisives qui doivent être entreprises par notre pays. Je pense que tout le monde sait que le Président russe Vladimir Poutine y accorde une très grande attention et un soutien très large.

Je me réjouis que vous vous intéressiez à la politique étrangère. Le large soutien de nos actions sur la scène internationale quand nous appliquons la Conception de la politique étrangère russe adoptée par le Président russe Vladimir Poutine, assure notre conviction et notre stabilité dans ce que nous faisons. Je vous remercie une nouvelle fois pour ce soutien et l'intérêt que vous portez à notre politique étrangère.

Il est très important aujourd'hui de garantir la continuité de nos actions dans le monde parce que la situation ne s'améliore pas. Le Président russe Vladimir Poutine a expliqué le 1er mars, dans son allocution devant l'Assemblée fédérale russe, les raisons pour lesquelles les relations internationales traversaient une crise très profonde. Je ne vais pas m'arrêter sur ce point.

La quintessence de tout ce qui se passe actuellement est la réticence catégorique des USA et de leurs alliés occidentaux à se résigner au fait que les 500 ans de domination de l'Occident sur les affaires mondiales s'achèvent. Le passage à un nouveau système multipolaire plus honnête, démocratique et juste sera long sur le plan historique. Évidemment, il est déjà douloureux pour ceux qui sont habitués depuis des siècles à diriger le monde. Ce n'est pas une critique ou une condamnation, mais un constat. Ils sont habitués à "choisir la musique". C'était d'autant plus évident quand, après la disparition de l'Union soviétique, on a parlé de la "fin de l'histoire" en sous-entendant que désormais et à tout jamais seuls le mode de vie libéral occidental et la politique étrangère libérale occidentale seraient utilisés dans le monde contemporain. Ce fut un échec. L'Occident réagissait et réagit nerveusement au retour de la Russie à ses positions légitimes, que nous avions héritées de notre histoire millénaire, des conquêtes de nos ancêtres, et qui nous appartiennent de plein droit. Le retour de la Russie en tant que partenaire égal en droits, qui n'impose rien à personne mais qui n'admet pas non plus les diktats et les ultimatums, est perçu très douloureusement par nos partenaires occidentaux. Dommage. Parce que nous ne cherchons la confrontation avec aucun d'entre eux. Nous voulons travailler avec tout le monde honnêtement, dans le respect réciproque, la recherche de l'équilibre des intérêts et des approches mutuellement acceptables.

Cette politique concerne également les questions de sécurité. Le Président russe Vladimir Poutine a évoqué en détail la manière dont nous sommes contraints de garantir l'équilibre des intérêts dans le domaine militaire compte tenu de la sortie unilatérale des USA du Traité ABM. Nous devons réagir de manière asymétrique pour, au final, assurer un équilibre des intérêts.

La nécessité de trouver des ententes mutuellement acceptables concerne évidemment le secteur commercial et économique où on ne peut pas admettre ce que nous voyons très souvent: le recours aux mesures unilatérales de pression illégitime comme un moyen de concurrence malhonnête et déloyale.

Bien sûr, l'équilibre des intérêts doit prévaloir également dans le domaine de la communication sociale des peuples, dans l'attitude envers les différentes cultures, civilisations et religions. C'est seulement ainsi que nous pourrons garantir l'intégrité du monde actuel.

Malheureusement, nous sommes encore loin de cette harmonie, mais il faut tout faire pour empêcher la dérive dans l'abîme de la confrontation. La Russie promeut un agenda positif appelé à unir et non à isoler qui que ce soit, visant à régler pacifiquement tous les conflits, que ce soit en Syrie, en Irak, en Libye, au Yémen, sur la péninsule coréenne, en Ukraine, en Afrique et dans toutes les autres régions de la planète uniquement sur la base du droit international et de la Charte de l'Onu, à travers le dialogue entre tous les acteurs et l'encouragement des démarches pacifiques de la part de chaque protagoniste d'un conflit.

Évidemment, parmi d'autres priorités de notre activité figure la création de nouvelles formes de partenariat entre les États qui ne seront pas alignés ou figés, mais ouverts à tous ceux qui seront prêts à coopérer sur la base de l'équité et du profit mutuel. C'est sur ces principes que reposent l'UEE, l'OCS et les Brics, c'est sur ces principes que nous construisons les relations avec l'ANASE. Nous serons prêts à revenir au partenariat avec l'UE quand nos voisins européens perdront leur intérêt pour le suivi des tendances américaines russophobes, y compris les sanctions et les provocations, et se résigneront à stopper les actions révoltantes telles que celles engagées actuellement par le gouvernement britannique, qui sortent loin du cadre de la décence élémentaire.

Nous répondons calmement à toutes ces provocations en disant que nous voulons parler avec tout le monde et aborder tous les problèmes qui surviennent à notre égard. Bien sûr, nous conserverons notre droit à poser également des questions à nos partenaires, mais tout cela respectueusement, sans attiser l'hystérie ni aucune approche de confrontation, uniquement sur la base des normes qui ont été développées par l'humanité pendant des décennies et des siècles (cela s'appelle le droit international), dont la quintessence est incarnée dans la Charte de l'Onu.

Je suis prêt à entendre vos questions et commentaires.

Question: Je viens de Lougansk, où des activités militaires se déroulent actuellement.

Jusqu'à quel point le Président russe Vladimir Poutine et la Russie sont-ils prêts à faire preuve de patience face à toutes les manigances organisées par les USA et d'autres pays contre Moscou?

Sergueï Lavrov: Je voudrais vous exprimer notre solidarité, parce que vous vivez dans les conditions difficiles d'un blocus illégal, que toute votre population a été de facto proclamée terroriste, que face à la réticence de Donetsk et de Lougansk à se résigner au coup d’État illégitime et à leur demande de les laisser tranquilles car ils voulaient comprendre ce qui se passait, a été annoncée une "opération antiterroriste": des forces armées et des forces de sécurité ukrainiennes ont été envoyées contre vous alors que vous n'aviez attaqué personne. C'est vous qui avez été attaqués par ceux qui ont pris le pouvoir illégalement. C'est pourquoi nous ne permettrons pas que les actions entreprises actuellement pour tenter de vous étouffer par ce blocus, de vous forcer à accepter l'ultimatum de Kiev et de forcer Donetsk et Lougansk à renoncer aux Accords de Minsk aboutissent. Les Accords de Minsk ont été approuvés par le Conseil de sécurité des Nations unies. C'est une loi internationale qui doit être appliquée.

En ce qui concerne la question de savoir combien de temps nous pourrons supporter le comportement de nos collègues occidentaux qui enfreignent toutes les normes possibles et imaginables du droit international, y compris les Accords de Minsk, n'étant pas en capacité d'avoir une influence éducative sur Kiev, c'est une question philosophique. En principe, le Président russe Vladimir Poutine et le peuple russe ont de la patiente à revendre. Je pense que l'histoire connaît plusieurs exemples quand on a tenté d'abuser de cette patience. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé également dans son allocution à l'Assemblée fédérale russe – quand nous avons frappé à toutes les portes depuis 1991, personne ne nous écoutait. Je pense que cette période est révolue.

Question: Ne pensez-vous pas que, dans le contexte mondial de ces dix dernières années, la démocratie et ses outils perdent dans une certaine mesure de leur force, tout comme la capacité de gestion et de coopération dans le monde actuel?

Sergueï Lavrov: C'est une très bonne question. La démocratie est, évidemment, le pouvoir du peuple. C'est un principe fondamental, mais la forme qu'il prend dans chaque société concrète dépend probablement des traditions de cette société, de son histoire et de sa culture, de la religion locale et de bien d'autres choses. Le principe du pouvoir du peuple est indéniablement un élément fondamental qui caractérise la démocratie.

Ces 15-20 dernières années, il est devenu évident que les procédures démocratiques étaient loin de conduire toujours à des résultats satisfaisants pour le gouvernement actuel des pays occidentaux. Il y a 15-20 ans en Autriche se sont déroulées les élections où, démocratiquement, la majorité des voix a été remportée par le parti d'extrême-droite dirigé par Jörg Haider, qui était censé devenir premier ministre. Mais compte tenu de ses opinions trop conservatrices de droite, la direction libérale-démocrate de l'UE a tout fait pour le faire renoncer à la victoire qu'il avait remportée démocratiquement. Il y a un autre exemple. En 2007, au Proche-Orient, des élections étaient prévues au sein de l'Autorité palestinienne où rivalisaient le parti Fatah, dirigé aujourd'hui par le Président actuel de la Palestine Mahmoud Abbas, et le Hamas, basé dans la bande de Gaza et considéré par tous comme radical et extrémiste - certains l'assimilent même aux structures terroristes. Nous avons alors exprimé des doutes: fallait-il vraiment, dans une situation aussi tendue, quand ces deux structures palestiniennes s'affrontaient dans leur région, soutenir l'organisation des élections? Pourquoi ne pas suggérer aux Palestiniens de les reporter? La Secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice a personnellement insisté sur leur déroulement. Les élections ont eu lieu et le Hamas a remporté la victoire. Les Américains ont immédiatement déclaré qu'ils ne reconnaissaient pas la victoire du Hamas parce qu'ils le considéraient comme terroriste, tandis que tous les observateurs ont confirmé que le nombre de bulletins de vote correspondait au nombre d'électeurs. Toutes les procédures ont été respectées.

Vous le savez, actuellement nous sommes accusés au Monténégro d'avoir tenté d'organiser un coup d’État pour l'empêcher d'adhérer à l'Otan. Il n'y a rien de tel. Nous ne l'avons pas fait. Le gouvernement monténégrin actuel, sous la pression de Bruxelles, était, lui, bien occupé à éviter les procédures démocratiques. Il a absolument refusé d'organiser un référendum sur l'adhésion à l'Otan, alors que les sondages révélaient une position très divisée de la population.

Les exemples sont nombreux. Je pense que nous assisterons encore à d'autres. Les résultats des élections en Italie et en Autriche préoccupent également l'UE. Je n'exclus pas qu'ils inventeront à nouveau quelque chose pour que la démocratie suive la voie qu'ils traceront pour elle.

Ma dernière remarque concerne la démocratie sur la scène internationale. Lors des pourparlers, quand nous évoquons des documents qui seront ensuite publiés, nos collègues occidentaux exigent obligatoirement la primauté du droit et de la démocratie dans chaque pays. Dès que nous passons aux rubriques d'un document où il est question des affaires internationales, nous proposons d'écrire "la démocratie et la primauté du droit international" mais ils refusent parce que c'est plus commode pour eux.

Les exemples sont nombreux. J'espère que vous avez compris la tendance que j'ai évoquée.

Question: Les fameux S-400 viennent d'être livrés en Turquie. Est-ce opportun? Après tout, comme le montre l'histoire, la Turquie est tantôt une amie, tantôt une ennemie pour la Russie. La situation actuelle ne pourrait-elle pas se retourner? Enfin, une base aérienne des USA réapparaîtra-t-elle à Incirlik?

Sergueï Lavrov: Premièrement, la base d'Incirlik n'a pas disparu. Je n'ai pas entendu parler de projets d'évacuation. Deuxièmement, comme il s'agit d'une question militaro-technique, j'espère que vous l'avez posée ou qu'elle a été soulevée aujourd'hui pendant l'échange avec le Ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. En ce qui concerne la dimension diplomatique de ce sujet, votre question est très intéressante. Effectivement, nous avons été plusieurs fois en guerre contre la Turquie de manière sanglante et impitoyable. La ferme décision de suivre la voie du partenariat (je dirais que c'est un partenariat stratégique) prise par la génération actuelle de dirigeants de la Turquie et de la Fédération de Russie en ayant conscience de cette histoire très contrastée témoigne de la sagesse des dirigeants qui prennent ces décisions. Il n'existe pas d'ennemis éternels. Il existe parfois une incapacité à mener une ligne prenant en compte ses intérêts et à la fois n'affectant pas, ne portant pas atteinte et n'ignorant pas les intérêts de son partenaire. On ne peut pas monter des voisins les uns contre les autres, comme on a tenté de le faire en Ukraine, malheureusement, en plongeant ce merveilleux pays et sa population dans une crise très profonde.

Pour revenir à la question des S-400. Je ne pense pas que nous ayons à craindre quoi que ce soit. Les accords conclus sur la Syrie sont sans précédent. Nous avons réussi à réunir trois acteurs - la Russie, la Turquie et l'Iran - qui ne voient pas la situation en Syrie de la même manière et ne poursuivent pas du tout les mêmes intérêts dans cette région. Je pense que c'est une prise de conscience du fait que nous vivons côte à côte et que nous devons comprendre nos intérêts mutuels, ainsi que chercher des ententes qui permettront de travailler sur ce front de la politique étrangère de manière à ce que ces intérêts n'entrent pas en confrontation. Ce que nous faisons actuellement avec la Turquie dans le domaine commercial et économique – le gazoduc Turkish Stream, les centrales nucléaires – ce sont tous des projets à long terme pour des années et des décennies.Les fondations économiques, comme nous le voyons dans plusieurs régions, sont la meilleure garantie que les pays travailleront ensemble et ne chercheront pas à engager une confrontation inutile.

Question: Une question sur Londres et sur l'affaire Sergueï Skripal. Hier, Londres a annoncé que 23 diplomates seraient expulsés du Royaume-Uni et qu'il suspendait les relations bilatérales russo-britanniques. La porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a déclaré que la réponse de la Russie ne se ferait pas attendre, mais n'a pas précisé quelle serait cette réaction. Quelle sera-t-elle?

Sergueï Lavrov: Vous comprenez bien que nous sommes des gens polis et que nous en informerons donc d'abord nos collègues britanniques, contrairement à ces derniers quand ils prennent le micro pour déclarer que la Russie est responsable de tout, que nous avons empoisonné Sergueï Skripal et sa fille et que nous produisons des armes chimiques en violant nos engagements. Quand nous avons des doutes et des soupçons, nous essayons de ne pas poser ce genre de questions publiquement avant de nous entretenir directement avec des personnes concrètes. Je pense que c'est poli, c'est ainsi que font les gentlemen, mais ils sont de moins en moins nombreux, vous savez.

Deux réunions ont eu lieu hier: une de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC)  à La Haye, et l'autre au Conseil de sécurité des Nations unies. Les deux réunions ont été convoquées à l'initiative britannique. Dans les deux cas, les Britanniques exigeaient de simplement condamner la Fédération de Russie parce que la Russie aurait commis une attaque contre un citoyen britannique avec l'usage d'une substance toxique en transgressant la Convention sur l'interdiction des armes chimiques (CIAC). Comme nous l'avons fait il y a quelques jours déjà, nous avons demandé des preuves. Ils ont répondu que les preuves n'étaient pas nécessaires. Alors nous avons demandé de nous envoyer une requête officielle, comme l'exige la CIAC. Ils ont répondu qu'ils savaient déjà tout et que la requête était contenue dans le discours de Theresa May devant le parlement britannique. Vous comprenez le sérieux avec lequel des gens adultes exposent de telles choses? Nous avons proposé d'appliquer la CIAC qui implique l'envoi d'une requête, la participation du Secrétariat des professionnels de l'OIAC et l'étude de l'affaire en question. Après quoi on envoie une requête au pays soupçonné, qui a un délai de 10 jours pour répondre - que nous respecterons si un tel mécanisme était enclenché. Si la réponse ne satisfaisait pas le demandeur, en l'occurrence les Britanniques, ils auraient le droit de réunir une session extraordinaire du Conseil exécutif de la CIAC signée et ratifiée par le Royaume-Uni. Leur représentant a déclaré à La Haye qu'ils n'avaient pas l'intention d'envoyer des requêtes et que nous devions tout avouer.

A New York, le Représentant permanent de la Russie auprès de l'Onu Vassili Nebenzia, en exprimant notre position, en répondant de manière polie et argumentée aux accusations complètement grossières, gratuites et infondées à notre égard, a suggéré d'adopter un document sur la nécessité de mener une enquête en s'appuyant sur la CIAC. Le représentant britannique a bloqué cette décision. Jugez par vous-mêmes ce qui guide les Britanniques dans cette histoire et les Américains qui les ont soutenus inconditionnellement. Les Européens sont plus mesurés mais ils sont également forcés à se joindre à cette "solidarité otanienne". Il me semble que cette histoire reflète avant tout le désespoir du gouvernement britannique actuel, tout particulièrement dans une situation où ils ne peut pas tenir les promesses faites à sa population concernant la sortie de l'UE. Mais la réponse sera donnée très bientôt, je vous assure.

Question: Le Président russe Vladimir Poutine a proclamé 2018 Année du bénévolat. Dans notre pays, il existe de nombreux projets de bénévolat excellents, des projets sociaux importants. Comment ces projets pourraient-ils atteindre une dimension internationale? Je ne dirais pas que dans d'autres pays (par exemple, en Israël, en Suède et en Suisse) ces projet étaient meilleurs ou surpassaient nos projets, nos spécialistes. Comment faire?

Sergueï Lavrov: Ces voyages dans d'autres pays ont été réalisés dans le cadre d'un mouvement bénévole?

Question: Non, dans le cadre d'une activité professionnelle pour un échange de spécialistes. Mais même au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sotchi, quand nous avons parlé avec nos nombreux amis d'autres pays, ils exprimaient également la volonté d'introduire de tels projets dans leur pays. Mais nous ignorons comment cela se passe en pratique.

Sergueï Lavrov: Si les projets ont soit une dimension internationale initialement, soit sont consacrés au développement national mais qu'ils suscitent l'intérêt de vos collègues étrangers, alors je suis prêt à aider. Il faut seulement savoir concrètement de quoi il est question. Vous pouvez nous envoyer vos projets et je veillerai à ce qu'ils soient étudiés. D'autant qu'aujourd'hui nous avons le Conseil de jeunes diplomates qui, d'ailleurs, a organisé à Sotchi la première rencontre internationale des jeunes diplomates. Je pense que ce serait une très bonne mission sociale à donner à cette organisation, pour que ses membres voient comment vous aider au mieux à établir des liens durables à l'étranger. S'il vous plaît, envoyez-nous l'information sur vos projets.

Question: D'après vous, la victoire d'une femme est-elle possible aux élections en Russie? A l'étranger c'est envisageable, mais est-ce possible en Russie?

Sergueï Lavrov: Pourquoi nous séparez-vous de l'humanité progressiste? Je pense que c'est possible partout. Le plus important n'est pas qu'une femme gagne obligatoirement, mais les qualités de la personne.

Question: Il me semble qu'il est plus difficile pour une femme de percer.

Sergueï Lavrov: Il existe probablement des facteurs objectifs, subjectifs, historiques, civilisationnels et dans une certaine mesure religieux. Je pars du fait que nous avançons sur une voie qui nous conduira finalement à une comparaison objective des qualités professionnelles et personnelles de ceux qui se présenteront aux postes de dirigeant.

Question: Était-il opportun de verser notre cotisation au Comité international olympique avant la clôture des JO? Cela signifie-t-il que nous reconnaissons le bien-fondé du fait que la Russie a été écartée des JO?

Sergueï Lavrov: Je ne voudrais pas commenter une question qui ne relève pas de mes responsabilités. La décision est prise par le Comité olympique russe qui est une organisation indépendante du gouvernement. Je ne connais pas les détails, mais s'il est question des cotisations, alors il faut les verser s'il n'y a pas de circonstances extraordinaires. En l'occurrence, les sportifs ont pris la décision de participer aux JO. Il est question d'une décision du Comité olympique russe.

Question: Je vous remercie au nom de tout le peuple syrien, dont je représente la jeunesse à ce Forum, pour tout ce que vous avez fait. La situation en Syrie s'est améliorée grâce à la Russie. Grâce à la Russie, aujourd'hui nous vivons et soutenons l'éducation. Comment voyez-vous aujourd'hui la situation au nord de la Syrie? Comment la Russie peut-elle aider à y remédier? Comment la Russie doit-elle construire les relations avec les Américains qui sont opposés à nos liens?

Sergueï Lavrov: Nous avons fait plusieurs fois des déclarations détaillées concernant notre avis sur la situation. Nous avons attiré à de nombreuses reprises l'attention de nos collègues américains sur le fait que contrairement aux serments répétés de respecter la souveraineté de la Russie en pratique, ils agissent différemment. Nous chercherons à faire en sorte que cette histoire ne dévie pas et que le Conseil de sécurité des Nations unies parvienne à faire remplir sa résolution qui exige de respecter l'intégrité territoriale, la liberté, l'indépendance et la souveraineté de la Syrie.

Hier, nous avons reçu à Moscou le Ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, nous avons parlé avec lui du nord de la Syrie. Pendant notre conférence de presse conjointe, il a publiquement réaffirmé que la Turquie respectait la souveraineté de la Syrie et n'avait pas l'intention de maintenir sa présence quand son opération se terminera. Quant à l'opération en soi, elle a été provoquée par les agissements des USA dans l'Est de la Syrie, à l'Est de l'Euphrate, quand les USA n'ont pas simplement misé sur les unités kurdes pour combattre les terroristes, mais même que quand les terroristes ont été chassés ils ont annoncé que les USA et les Kurdes prenaient le contrôle de toute la frontière syrienne avec l'Irak et que c'est avant tout les Kurdes qui garantiraient cette "zone de sécurité", comme ils l'ont appelée. Ce n'était pas du tout professionnel, voire incompétent. Si ceux qui ont fait cette déclaration espéraient que la Turquie resterait les bras croisés à observer la situation, alors ils n'ont aucune idée de la répartition des forces au Moyen-Orient et notamment en Syrie.

En parlant de la Syrie, je voudrais terminer en disant que nous continuerons de lutter contre les terroristes, que nous les achèverons et que nous aiderons à les achever dans la Ghouta orientale où l'armée syrienne mène actuellement des opérations avec notre soutien. Nous ferons évidemment des exceptions humanitaires, comme cela a été annoncé hier par notre Ministère de la Défense. Ceux qui veulent sortir et obtenir une aide humanitaire peuvent utiliser ces couloirs humanitaires. Le plus important, dans la Ghouta orientale et ailleurs, est que la coalition menée par les USA qui y travaille dans les airs et dispose de nombreuses forces spéciales au sol cesse de soutenir les terroristes comme le Front al-Nosra. Tous les autres groupes qui ne sont pas considérés comme extrémistes par l'Occident travaillent, pour une raison qu'on ignore, "sous le parapluie" du Front al-Nosra (Hayat Tahrir al-Cham) et ils ont créé un commandement commun. La résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies exige de se distancer des criminels pour que personne ne souffre de dommages collatéraux du fait qu'il y a une lutte antiterroriste qui n'a jamais été interdite par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Hormis la poursuite de la lutte contre les terroristes et le règlement des problèmes humanitaires - ici le gouvernement syrien et l'opposition sensée peuvent faire bien plus, notamment dans les zones de désescalade qui ont été mises en place dans le cadre du processus d'Astana - le processus de paix ne doit plus attendre. Les trois pays garants du processus d'Astana - la Russie, l'Iran et la Turquie - ont organisé le Congrès du dialogue national syrien avec la participation d'un très grand nombre de groupes de la société syrienne (pratiquement tous les groupes étaient représentés à Sotchi). Ils ont approuvé une déclaration entièrement soutenue par l'Onu qui doit passer au plus vite au stade de l'application pratique, notamment à travers la formation du Comité constitutionnel sous l'égide de l'Onu qui doit commencer son travail à Genève pour préparer la nouvelle constitution syrienne. Demain, nous rencontrerons à Astana les ministres des Affaires étrangères de l'Iran et de la Turquie. Nous verrons comment est mise en œuvre la déclaration de Sotchi et formulerons nos recommandations à toutes les parties - le gouvernement et l'opposition.

Question: Que pensez-vous du problème de l'éducation en Lettonie, qui discrimine les droits de la population russophone?

Sergueï Lavrov: Cela ne concerne pas seulement la Lettonie, mais également l'Ukraine. Il y a des projets moins radicaux mais tout aussi négatifs pour la minorité russophone dans d'autres pays voisins. Quand un pays, où un tiers de la population parle une langue qui n'est pas la langue de la nation titulaire, tente de forcer ce tiers à renoncer à son histoire, à sa culture et à l'héritage linguistique, c'est une grossière violation de toutes les conventions de l'Onu et du Conseil de l'Europe, notamment des chartes et des conventions qui protègent les lois régionales et les langues des minorités nationales.

Nous soulevons ces questions à l'OSCE, au Conseil de l'Europe, au Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'Onu. Pour des raisons évidentes, tout le monde n'est pas prêt à être intransigeant et à défendre les normes fixées depuis longtemps dans le droit international simplement parce que la Lettonie est membre de l'UE, et que s'applique une certaine solidarité. Pour nous, c'est une omerta. Le fait est que chaque décision doit être prise par consensus, et que tout pays peut la faire dévier dans un sens complètement différent.

Mais il y a également les instances judiciaires, notamment la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Malgré certaines de ses décisions très controversées, ils ne peuvent pas éviter l'examen des requêtes des citoyens et des associations. Je suggère instamment de s'en occuper. Je vais évidemment être accusé d'inciter à des manifestations antigouvernementales en Lettonie, mais la protection des droits de l'homme n’a jamais été considérée comme relevant de la souveraineté de tel ou tel État. Il faut obtenir la liberté, aller au tribunal. Ce sera un long processus mais il n'y a pas d'autre solution.

Nous avons la même approche de la loi sur l'éducation adoptée par le Parlement ukrainien, que les députés refusent d'abroger aujourd'hui alors que le Conseil de l'Europe, via la Commission de Venise, a exigé de la modifier significativement. Nous vous soutiendrons.

Question: Récemment, le Kazakhstan a autorisé les citoyens américains à entrer sans visa sur son territoire. Comment cela pourrait-il se refléter sur les relations entre la Russie et le Kazakhstan?

Sergueï Lavrov: Je ne vous mens pas en disant que je l'ignorais. Demain, je serai à Astana et j'en parlerai absolument avec mon homologue et ami le Ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan Kaïrat Abdrakhmanov. Des décisions de ce genre nécessiteront forcément une entente dans le cadre de l'Union économique eurasiatique (UEE), où il existe également un principe de circulation sans visa. Nous sommes actuellement en négociations avec nos amis biélorusses pour trouver une entente sur une politique de visa commune. Et même si le Kazakhstan a unilatéralement accordé aux Américains un régime sans visa (je l'ignorais vraiment), il faut voir quelles seront les conséquences pour notre espace de visa commun. Les citoyens américains qui peuvent se rendre au Kazakhstan ne peuvent pas forcément se rendre en Russie. Vous savez que comme chez les Américains et dans d'autres pays, nous avons des listes. Il faudra les mettre au point et vérifier. J'éclaircirai tout cela demain. Merci de m'en avoir informé.

Question: Que pensez-vous de la signification de la région d'Astrakhan dans la stratégie de construction des relations en Eurasie - je veux parler des relations en mer Caspienne? Pouvez-vous donner un bref avis sur les relations en mer Caspienne compte tenu du statut de la mer Caspienne qui n'est toujours pas déterminé à ce jour?

Sergueï Lavrov: Premièrement, j'aime beaucoup Astrakhan. Malheureusement, cela fait longtemps que je ne suis pas allé dans le delta de la Volga. Deuxièmement, elle était la ville d'accueil du 4e Sommet des États de la mer Caspienne il y a deux ans et demi, où avaient été déterminées les lignes principales du travail à suivre sur le statut de la mer Caspienne. Je peux dire avec une grande part de certitude que la Convention sera signée cette année pendant le 5e sommet qui se tiendra au Kazakhstan.

En décembre, nous avons réuni à Moscou les ministres des Affaires étrangères des États de la mer Caspienne – la Russie, le Kazakhstan, le Turkménistan, l'Iran et l'Azerbaïdjan. Nous sommes convenus à notre niveau de tous les articles de cette Convention. Aujourd'hui le texte est entièrement au point. Il y a une vérification des textes dans les langues de chaque pays membre, on vérifie le texte en anglais pour qu'il soit commun étant donné que cinq pays, dont l'Iran, participent à cette Convention. Je suis certain qu'elle sera signée. Je touche du bois, mais je n'y vois aucun obstacle. Cela fait quelques années que nous songeons à rassembler les questions relatives à la coopération économique en mer Caspienne dans un agenda commun et, dans l'idéal, former une Organisation de coopération économique en mer Caspienne. A titre de première démarche, si tout le monde n'y était pas prêt, il s'agirait de créer un mécanisme de réunions annuelles sur la coopération commerciale et économique. Nous promouvons activement la candidature d'Astrakhan en tant que capitale de ce genre d'activités.

Question (traduite de l'anglais): Les relations russo-américaines ne sont actuellement pas très bonnes, tout comme celles entre les États-Unis et le Mexique. Est-ce que, selon vous, cela offre au Mexique la possibilité de construire des relations solides avec la Russie? Le Mexique pourrait-il aider à combattre l'"ordre dur" en Occident?

Sergueï Lavrov: Vous avez absolument raison. Les relations russo-américaines différent des rapports entre les États-Unis et le Mexique, notamment parce qu'on construit entre vous un mur physique, alors qu'entre nous et les USA il s'agit pour le moment d'un mur imaginaire. Nous n'avons pas de frontière commune à part le détroit de Béring, mais ce dernier n'a pas besoin de mur. Plus sérieusement, nous avons intérêt à développer des relations très bonnes et étroites avec le Mexique. Cela a déjà été évoqué par nos présidents qui se sont rencontrés en marge de différents forums, ainsi que par mes collègues. Votre Ministre des Affaires étrangères Luis Videgaray Caso s'est récemment rendu en Russie et nous avons mené des pourparlers excellents. Je constate actuellement une nouvelle série de spéculations - elles se sont apparues initialement en automne, mais se sont éteintes plus tard pour réapparaître ensuite de nouveau - concernant l'ingérence éventuelle de la Fédération de Russie dans vos prochaines élections. Personne n'a même pas pris la peine d'expliquer quelles pourraient être nos motivations. Voulons-nous créer au Mexique une base d'opérations pour attaquer les États-Unis? Cela serait inutile à cause du mur. J'espère que le peuple mexicain, qui est intelligent, bon, énergique et talentueux, comprend parfaitement la situation et ne permettra à personne de l'impliquer dans les projets de confrontation que certains pays occidentaux, notamment vos voisins, tentent de vous imposer.      

Concernant le rôle du Mexique en Amérique latine, il est difficile de l'exagérer. Nous apprécions grandement le fait que le Mexique a été l'un des initiateurs de la Communauté d'États latino-américains et caraïbes (Celac), qui a pour la première fois réuni tous les pays latino-américains d'Amérique du Nord et du Sud. A mon avis, il s'agit de l'accomplissement le plus important en ce qui concerne la formation d'une identité latino-américaine avec le maintien parallèle de bonnes relations avec les États-Unis et le Canada. Les membres de la Celac ont leur propre civilisation, culture, identité et vision dans le monde moderne. Il existe entre eux beaucoup de divergences, telles que le problème vénézuélien ou certains autres. Mais la volonté d'être l'un des piliers du monde multipolaire qui se forme actuellement de manière inéluctable est, à mon avis, absolument justifiée et légitime. Nous soutenons absolument ce rôle de l'Amérique latine dans le monde.

Question: Nous assistons actuellement au forum éducatif "La Russie, un pays d'opportunités". Toutes ces réunions soutiennent l'idée selon laquelle l'éducation ne se limite pas à l'école et à l'université, mais concerne également toute notre vie future. Autrement dit, il est nécessaire de lire constamment de nouveaux livres, de participer à des formations et à des conférences pour garder sa compétitivité. Quelle est votre approche de votre éducation, de votre auto-éducation? Quel est le dernier livre que vous avez lu?

Sergueï Lavrov: Je vais commencer par la dernière partie de votre question concernant le dernier livre que je n'ai pas encore terminé. C'est "iPhuck 10" de Viktor Pelevin. Vous en avez probablement entendu parler.

Concernant l'auto-éducation. Pour moi, c'est un processus constant. Je prends chaque jour connaissance de centaines, voire de milliers de pages d'informations envoyées par nos ambassadeurs. Elles ne se limitent pas aux descriptions assez générales de tel ou tel problème, qu'on pourrait obtenir facilement dans les médias et sur Internet, mais s'appuient sur des contacts personnels. Je parle régulièrement - deux ou trois fois par semaine - à mes collègues les ministres, ce qui non seulement m'offre des informations - qui font partie de l'auto-éducation permanente - mais aussi me permet de comprendre leur manière de penser, leurs analyses de telle ou telle situation. Je reçois très souvent de l'inspiration lors des rencontres telles que celles d'aujourd'hui ou au cours des conférences de presse, quand une question posée concerne strictement le sujet abordé mais inspire des réflexions plus larges ou touche à un autre problème.

Outre tout cela, nous avons au Ministère un système d'éducation établi. Premièrement, si les jeunes arrivent chez nous après leurs études supérieures, on les interviewe et ils doivent passer une épreuve pour qu'on les embauche au Ministère des Affaires étrangères. Un peu plus tard, ils suivent les cours de formation des jeunes diplomates à l'Académie diplomatique. Quelque temps après, quand ils ont déjà atteint un rang plus important et prétendent aux postes de niveau supérieur, on leur offre des cours de formation des cadres, prévoyant un programme spécial pour ceux qui partent à l'étranger en tant qu'ambassadeurs, ambassadeurs adjoints, consuls généraux etc. Beaucoup de diplomates qui sont en poste à Moscou suivent aussi ces cours.

Je décris cela de manière très générale. Si une personne ne veut pas s'occuper elle-même de son éducation, tout programme de formation est inutile. Dans le cas contraire, elle n'en a pas vraiment besoin. Le monde actuel offre énormément de possibilités.      

Question: Je représente le Département régional des sauveteurs de Sébastopol. Prévoit-on d'organiser, à l'occasion de l'Année du bénévolat, des stages à l'étranger pour les sauveteurs et les bénévoles spécialisés en médecine et en sauvetage, notamment dans les pays où ce domaine est plus développé?

Sergueï Lavrov: Depuis la formation du Ministère russe des Situations d'urgence, à partir de zéro, par le Ministre actuel de la Défense Sergueï Choïgou, cette institution est l'un des meilleurs exemples en matière de sauvetage. Beaucoup d'observateurs estiment, tout comme moi, que ce ministère est le meilleur du monde dans son domaine. C'est pourquoi je ne comprends pas tout à fait de quels bénévoles vous parlez. Vous devez partager votre expérience avec tout le monde. Il existe l'Organisation internationale de protection civile (OIPC). La protection civile faire partie des responsabilités de votre ministère. L'OIPC est actuellement dirigée par le Russe Vladimir Kouvchinov, ancien collaborateur du Ministère des Situations d'urgence. A mon avis, le Ministère russe des Situations d'urgence, en tant que membre de cette organisation internationale, pourrait facilement y initier des formats différents d'événements de bénévoles ou d'un autre genre.

Question (traduite de l'anglais): Quelle sera l'influence de la crise diplomatique actuelle entre Moscou et Londres sur la prochaine présidentielle russe? Que pensez-vous du rôle de l'Algérie dans la région? Est-elle un partenaire stratégique de la Russie?

Sergueï Lavrov: Je ne peux même rien dire de concret en ce qui concerne les motivations possibles de nos collègues britanniques. Elles semblent être malhonnêtes. Dans le cas contraire, ils nous les auraient présentées, auraient répondu à nos questions et lancé les procédures prévues par la Convention pour l'interdiction des armes chimiques.

L'Algérie est notre partenaire stratégique. J'ai récemment accueilli ici le Ministre algérien des Affaires étrangères Abdelkader Messahel. Nous avons confirmé notre intérêt bilatéral à renforcer le partenariat dans tous les domaines. Je pense que nous entreprendrons bientôt des initiatives supplémentaires dans le domaine commercial, économique et des investissements. Nous coopérons de manière très étroite dans les affaires internationales, notamment sur le dossier très compliqué qu'est la Libye. Ce problème a été en réalité créé par nos collègues occidentaux, qui ont détruit l'État et créé des ennuis pour tous ses voisins, notamment pour l'Algérie. Qui plus est, cela ne concerne pas que l'Afrique du Nord: dans la région du Sahara et du Sahel sévissent des groupes de bandits armés par ceux qui voulaient renverser Mouammar Kadhafi. On constate là-bas un volume énorme d'armes illégales et d'autres désastres qui concernent la région et touchent directement à l'Algérie.

Nous nous parlons régulièrement au sein de différents formats. Le Secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Nikolaï Patrouchev s'est récemment rendu en Algérie. De mon côté, j'ai parlé à mon homologue à Moscou il y a quelques jours. Nous avons un partenariat stratégique et la volonté commune de s'aider mutuellement à développer l'économie et le secteur social, de créer les conditions nécessaires pour une communication libre de nos citoyens dans le domaine social et culturel, et d'obtenir un règlement juste des conflits dans la région.

Question (traduite de l'anglais): En tant que membre des BRICS, l'Afrique du Sud s'intéresse au fonctionnement de la Nouvelle banque de développement dans le domaine technologique et économique, compte tenu de l'ingérence des impérialistes. Nous avons vu certains pays changer de gouvernement hors du processus électoral. Quels sont les projets des BRICS en ce qui concerne la stabilisation de la situation?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la Nouvelle banque de développement créée par les pays membres des BRICS, elle ne fait que lancer ses opérations. La nouvelle banque des BRICS travaillera bientôt à plein régime. Les projets évoqués à la première étape ne concernent que les territoires des cinq pays du groupe. Des projets éventuels hors des BRICS constituent l'étape suivante. Le continent africain attirera sans doute une attention particulière car une agence de la Banque sera installée en Afrique du Sud. 

Quant aux amis impérialistes, selon vos termes, qui tentent de compliquer par tous les moyens le développement de la coopération économique au sein des BRICS, cela n'est pas leur seul domaine d'action: ils ont intérêt à briser tous les ensembles où ils ne donnent pas le la. Je suis convaincu que les pays tels que la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et la Russie ont leur propre dignité et ne permettront à personne de leur dicter leur politique étrangère ou de leur interdire de parler aux amis très proches voire aux frères d'armes qu'ont été la Russie et l'Afrique du Sud à l'époque de la guerre d'indépendance.         

 

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