3 mars 201809:00

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée au quotidien éthiopien Reporter, Moscou, 3 mars 2018

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Question: La Russie et l’Éthiopie fêtent les 120 ans de l'établissement de leurs relations diplomatiques. Qu'est-ce que votre visite pourrait apporter de nouveau dans la coopération entre nos deux pays?

Sergueï Lavrov: La Russie apprécie grandement ses liens amicaux et de longue date avec l’Éthiopie. Je constate avec satisfaction que notre coopération diversifiée s'appuie sur les principes d'égalité, de confiance mutuelle et de respect. Le dialogue politique russo-éthiopien est actif et se fonde sur la similitude importante voire l'identité de nos approches des problèmes-clés de l'époque contemporaine.

Nous espérons que ma future visite en Éthiopie contribuera à renforcer les liens entre nos deux États, qui ont passé l'épreuve du temps. Il est symbolique que cette visite se déroule dans le contexte du 120e anniversaire de l'établissement de nos relations diplomatiques. Je suis ravi que la Russie et l’Éthiopie accordent une importance particulière à cette date historique: des événements commémoratifs seront organisés au cours de l'année. Moscou et Addis-Abeba accueilleront des conférences scientifiques réunissant des personnalités politiques et publiques reconnues, des événements culturels, ainsi que des expositions de documents d'archives. On envisage également de créer des enveloppes postales thématiques.   

Nos pourparlers avec les autorités éthiopiennes et notamment avec mon homologue Workneh Gebeyehu, Ministre éthiopien des Affaires étrangères, porteront sur les détails du développement futur de notre coopération bilatérale avec un accent sur ses dimensions commerciale, économique et d'investissement, ainsi que sur la mise en œuvre de projets conjoints, y compris dans le domaine énergétique et notamment nucléaire. Parmi d'autres secteurs prometteurs, il faut également noter la contribution russe à la formation, en Éthiopie, d'une base scientifique et de recherche propre dans le domaine du développement des sciences fondamentales et appliquées. Nos projets prévoient notamment la création du Centre éthiopien des sciences et des technologies nucléaires sur la base d'un réacteur de recherche de conception russe.

Nous espérons également que les résultats de cette visite favoriseront le renforcement de la coordination de la politique étrangère de nos États.

Question: On constate ces derniers temps une militarisation considérable dans la région de la Corne de l'Afrique, une hausse des activités de ce genre près du littoral des États du Golfe riches en pétrole, ce qui menace la sécurité de ces pays et de la région en général. Quelle est la position russe sur cette question?

Sergueï Lavrov: La situation dans la région de la Corne de l'Afrique se caractérise depuis des décennies par l'existence de conflits interétatiques, de litiges et divergences territoriaux, de problèmes sociaux, économiques et humanitaires, ainsi que de défis sécuritaires sérieux concernant le terrorisme, la piraterie, la criminalité transfrontalière et le trafic de drogues.    

Tous ces facteurs mentionnés restent la raison principale de la croissance des dépenses militaires des pays de la région, ainsi que de la présence d'un grand nombre de bases militaires et de groupes navals des États étrangers.

La Russie se prononce traditionnellement pour le règlement des litiges par des moyens exclusivement pacifiques, politiques et diplomatiques. Dans ce contexte, l'augmentation des volumes d'armes - dans la région de la Corne de l'Afrique, tout comme dans d'autres régions du monde - suscite une inquiétude profonde. D'autant plus que les ressources énormes octroyées à ces fins pourraient être réorientées vers le développement social et économique et la coopération humaine.

Tout pays a évidemment le droit de définir les critères optimaux pour garantir sa propre sécurité. Nous soulignons pourtant la nécessité de respecter absolument le principe de sécurité indivisible, qui interdit de renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres.

Dans certains cas, par exemple en Somalie, la présence militaire de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) reste la composante-clé du soutien accordé au Gouvernement fédéral de ce pays dans la lutte contre le groupe terroriste Harakat al-Shabab, dont les activités constituent une menace pour toute la région. Compte tenu de la situation dans ce pays, la Russie insiste pour que la communauté internationale poursuive ses efforts visant à augmenter le potentiel de l'armée somalienne et des unités de l'AMISOM.

Question: Quelle est votre attitude envers la guerre au Yémen, où la coalition des pays membres du Conseil de coopération du Golfe mène une opération contre les groupes yéménites? En tant qu'acteur-clé en Syrie, envisagez-vous la fin éventuelle des hostilités sur la péninsule Arabique? Qu'est-ce qui constitue, selon vous, le problème principal?

Sergueï Lavrov: Nous suivons attentivement le développement de la situation politique, militaire et humanitaire au Yémen. Nous sommes sérieusement préoccupés par le fait que la poursuite des hostilités dans ce pays a conduit à un grand nombre de morts et de blessés, a détruit ou mis hors service une partie majeure de l'infrastructure civile, notamment hospitalière.   

Nous estimons toujours que le seul moyen de mettre fin au conflit yéménite durable impliquant la coalition arabe réside dans le dialogue et le respect mutuel des intérêts de toutes les forces politiques du Yémen.

Il faut pourtant s'attendre au fait qu'il sera probablement impossible de rétablir rapidement la concorde nationale au Yémen. Les belligérants ont trop de prétentions envers leurs adversaires, qui ne sont pas forcément infondées. Cette situation explique le refus des groupes yéménites de reprendre l'examen constructif des moyens d'éliminer ces divergences, ce qui constitue le problème essentiel dans le contexte du règlement de la crise dans ce pays. Tout cela ne signifie pas pour autant qu'il faille baisser les bras dans ce domaine.

Nous sommes convaincus que la communauté internationale et notamment l'Onu, dont nous défendons traditionnellement le rôle central, doit continuer de pousser les protagonistes du conflit yéménites à renoncer à la violence et à reprendre les négociations.

Nous poursuivrons notre contribution à ce travail, que nous apportons depuis le début du conflit au Yémen. Nous parlons régulièrement à tous ceux dont dépend la pacification de la situation au Yémen.

Nous entreprenons parallèlement des efforts pratiques visant à apporter un soutien humanitaire à la population yéménite sinistrée. Nous travaillons actuellement à l'envoi d'une nouvelle cargaison d'aide humanitaire russe.     

 

 

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