24 décembre 201709:00

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée au quotidien chypriote Simerini, parue le 24 décembre 2017

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Question: Quelle est la position de la Fédération de Russie après l'échec des négociations chypriotes sachant que pendant la visite du Président chypriote Nicos Anastasiades à Moscou la Russie avait soutenu l'idée de la participation des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies à la nouvelle conférence sur le problème chypriote?

Sergueï Lavrov: Nous suivons attentivement le déroulement des négociations intercommunautaires chypriotes avec la médiation et sous l'égide de l'Onu.

Malheureusement, le dernier cycle de négociations n'a pas apporté de résultats et n'a pas permis de régler les sérieux différends sur plusieurs problèmes centraux concernant avant tout les garanties de sécurité du futur Etat chypriote unifié. Cependant il n'est question que d'une étape des négociations. A cet égard nous sommes convaincus de la nécessité de poursuivre le dialogue auquel il n'existe pas d'alternative.

Notre position de principe est bien connue et reste inchangée. Le rétablissement de Chypre en tant qu'un Etat indépendant, souverain, territorialement intègre et uni correspond aussi bien aux intérêts des Chypriotes qu'à la tâche de garantir la paix et la sécurité dans l'est de la Méditerranée. Le chemin qui mène vers cet objectif passe par le règlement à part entière, juste, solide et viable du problème chypriote.

Nous partons du fait que les aspects chypriotes internes du processus de paix est la prérogative des parties. Nous soutiendrons la décision qui sera trouvée par les Chypriotes compte tenu des intérêts légitimes des deux communautés chypriotes. Nous trouvons inadmissibles les tentatives d'imposer de l'extérieur des décisions déjà prêtes et des calendriers artificiels.

Nous réservons une place centrale dans le processus de paix à l'Onu parce que les négociations se déroulent en s'appuyant sur les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. C'est pourquoi paraît logique notre proposition concernant la participation de tous les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie y compris évidemment, à la discussion sur les aspects extérieurs du processus de paix et, par conséquent, à la conférence internationale sur Chypre.

Nous espérons que le soutien par le Président chypriote Nicos Anastasiades de cette idée exprimée pendant la 72e session de l'Assemblée générale des Nations unies, ainsi que pendant sa visite à Moscou aidera à la réaliser, contribuera à la formation d'un nouveau système de garanties de sa sécurité qui correspond aux réalités contemporaines et aux intérêts de Chypre.

Question: Les autorités chypriotes ont expliqué la position de la République de Chypre qui s'oppose aux sanctions européennes visant la Russie. Dans quelle mesure est-ce utile pour Moscou et quelle est l'importance de la position d'un petit pays au Conseil européen?

Sergueï Lavrov: Il est évident que la spirale de sanctions déroulée par l'UE sous la pression des USA a infligé un sérieux préjudice aux relations entre nos Etats. Nous apprécions la position de Chypre qui prône la normalisation au plus vite des relations UE-Russie. Les perspectives du rétablissement d'un dialogue à part entière entre la Russie et l'UE ont été évoquées par les présidents Vladimir Poutine et Nicos Anastasiades pendant leur entretien à Moscou en octobre dernier.

Nous savons que les milieux politiques et surtout d'affaires de l'UE expriment de plus en plus leur mécontentement concernant cette situation. La question de savoir dans quelle mesure est entendue la voix des Chypriotes et d'autres Européens pragmatiques à Bruxelles devrait être probablement posée aux représentants des structures européennes.

Moscou espère que l'UE surmontera l'inertie de la pensée et trouvera la force de renoncer à mener une politique russe selon le principe du "dénominateur commun inférieur" – qu'ils cesseront d'être menés par un groupe réduit mais agressif des pays russophobes qui jouent la carte antirusse à des fins étroitement mercantiles.

Question: Chypre et la Russie entretiennent des relations économiques et politiques étroites. Malgré cela nous avons assisté récemment aux étrangetés à cause de l'affaire Browder. Moscou connaît-il les raisons qui ont poussé le Ministère chypriote de la Justice à abandonner l'enquête et quelles sont ses attentes à ce sujet?

Sergueï Lavrov: Je voudrais préciser avant tout que nous partons du fait que l'enquête sur cette affaire a été suspendue en conformité avec les procédures judiciaires de votre pays, mais pas abandonnée. Nous avons reçu des explications appropriées de la part des services judiciaires compétents de Chypre.

Après cela plusieurs médias chypriotes ont lancé une campagne manifestement inspirée dans le but de discréditer la coopération entre nos pays dans le domaine de l'aide judiciaire pour les affaires civiles et pénales. On impose de manière infondée la thèse que les requêtes russes seraient politiquement motivées et que la coopération des organismes compétents de nos pays sortiraient du cadre de la pratique juridique internationale normale.

A cet égard je voudrais souligner que notre coopération se déroule en parfaite conformité avec le Traité entre l'URSS et Chypre sur l'aide judiciaire et les relations judiciaires pour les affaires civiles et pénales de 1984, avec la Convention sur la remise à l'étranger de documents judiciaires et extrajudiciaires pour les affaires civiles et commerciales de 1965, avec la Convention européenne sur l'entraide judiciaire en matière pénale de 1959 et bien d'autres documents bilatéraux et internationaux.

Je pense que vous serez d'accord qu'une telle coopération est une pratique parfaitement normale pour les relations interétatiques. A ce que l'on sache, Chypre réalise activement cette pratique avec d'autres pays, y compris les USA et le Royaume-Uni. En même temps, c'est la Russie qui a été choisie comme cible des spéculations dans l'espace médiatique.

On se pose logiquement la question de savoir à qui cela profite? C'est sous l'angle de partialité qu'il faut analyser la situation autour de l'enquête sur l'affaire Browder. Nous pensons que l'aspiration de Bill Browder lui-même et des milieux qui le soutiennent à apporter à ce thème un aspect politique est complètement infondée parce qu'il est question de crimes fiscaux et économiques commis par cet individu sur le territoire de la Fédération de Russie.

Nous espérons que les autorités compétentes de Chypre mèneront une enquête impartiale et de bonne foi et que les coupables seront identifiés et traduits en justice.

Question: Y a-t-il des perspectives et des domaines supplémentaires de coopération entre nos pays, par exemple dans le secteur énergétique? Que pouvez-vous dire au peuple de Chypre, ainsi qu'à la grande diaspora russophone qui vit sur l'île?

Sergueï Lavrov: Avec Chypre nous avons vraiment de bons liens amicaux. Nous sommes convaincus qu'ils ont de bonnes perspectives. La visite du Président chypriote Nicos Anastasiades à Moscou en octobre a apporté une impulsion supplémentaire au dialogue interétatique.

Nous sommes disposés à travailler activement avec les partenaires chypriotes pour mettre en œuvre les accords conclus au sommet. Il est notamment question de la mise en œuvre du Programme d'action conjoint entre la Russie et Chypre pour 2018-2020, ainsi que de la Déclaration conjointe des gouvernements des deux pays sur la coopération dans la modernisation des économies.

Les lignes concrètes de coopération pratique sont formulées dans le protocole final de la 10e réunion de la Commission intergouvernementale russo-chypriote pour la coopération économique qui s'est tenue début octobre 2017 à Nicosie. Nous sommes certains qu'il existe dans ce domaine un grand potentiel de croissance. A cet égard nous constatons avec satisfaction que cette année on assiste à une augmentation notable des échanges – une hausse de 42,4% en janvier-septembre par rapport à la même période l'an dernier. Il est important de fixer cette dynamique. Il est possible d'accroître la coopération commerciale et économique en modernisant la structure du commerce grâce à l'augmentation de la part des produits à forte valeur ajoutée et la réalisation de projets d'investissement.

En ce qui concerne l'énergie, conformément aux décisions et aux recommandations de la réunion d'octobre de la Commission intergouvernementale, les ministères et les organisations russes et chypriotes spécialisés étudient les domaines prometteurs de partenariat, notamment dans le secteur de l'efficacité énergétique, des sources d'énergie renouvelables et des technologies "vertes".

Une grande contribution est apportée au renforcement de l'amitié et de la confiance entre les deux peuples par nos compatriotes – aussi bien ceux qui visitent votre île hospitalière à des fins touristiques que ceux qui résident à Chypre. Le festival russo-chypriote de Limassol est un événement important dans l'agenda bilatéral chargé. Nous apprécions l'attitude bienveillante des autorités chypriotes envers les citoyens russes. Je profite de l'occasion pour appeler les représentants de la communauté russe de Chypre à contribuer activement au rapprochement de nos pays et peuples.

Je souhaite aux lecteurs de votre quotidien et à tous les Chypriotes de bonnes fêtes de fin d'année – Noël et Nouvel an. Je souhaite au peuple de Chypre la paix, la prospérité, la stabilité et tout le meilleur.

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