15 juin 201711:43

Conférence de presse de Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 15 juin 2017

1182-15-06-2017

  • de-DE1 en-GB1 es-ES1 ru-RU1 fr-FR1

Sur la visite en Russie de Jean-Yves Le Drian, Ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères

 

Le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov recevra le Ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à Moscou le 20 juin. Leur entretien s'inscrit dans le prolongement des accords conclus lors de la rencontre entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président français Emmanuel Macron le 29 mai à Versailles.

Les pourparlers se concentreront sur les mesures conjointes pour instaurer une coopération efficace dans la lutte contre le terrorisme, dans le règlement des crises en Syrie et en Ukraine et sur d'autres sujets internationaux d'actualité. Les ministres évoqueront également les relations franco-russes et le calendrier des futurs contacts politiques.

 

Sur la participation du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la réunion de la Commission gouvernementale pour les compatriotes à l'étranger

 

La prochaine réunion de la Commission gouvernementale pour les compatriotes à l'étranger (CGCE) se tiendra le 23 juin à la Maison des Russes à l'étranger Soljenitsyne sous la présidence du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

La commission gouvernementale est un organe central du pouvoir exécutif qui coordonne l'activité de tous les services chargés du travail avec les Russes résidant à l'étranger. Compte tenu de ce rôle particulier, il est prévu d'évoquer pendant la réunion l'expérience du Ministère russe de l’Éducation et de la Science et de l'Agence fédérale pour la jeunesse en matière d'interaction avec les compatriotes. La commission continuera de mettre en commun l'expérience des sujets de la Fédération de Russie dans le travail avec les communautés russes à l'étranger. Pendant la réunion le gouvernement de la République du Tatarstan, qui travaille activement pour interagir avec la diaspora russe, partagera ses solutions.

L'une des questions clefs concernera le projet de programme de travail avec les compatriotes à l'étranger pour 2018-2020. Une attention particulière sera accordée à la préparation d'un grand forum international organisé sous l'égide de la Commission gouvernementale et du Conseil mondial de coordination des compatriotes russes à l'étranger – la Conférence thématique mondiale "Centenaire de la révolution russe: s'unir pour l'avenir", qui se déroulera à Moscou du 31 octobre au 1er novembre. 155 responsables d'associations de compatriotes de 91 pays sont invités à cet événement.

Il est également prévu d'entendre un rapport sur les résultats du travail d'analyse du suivi public dans le domaine des relations avec les compatriotes réalisé conformément à la loi fédérale sur la politique publique de la Russie vis-à-vis des compatriotes à l'étranger par les établissements diplomatiques russes à l'étranger l'an dernier. On y abordera le déroulement de la préparation du 3e Forum mondial de jeunesse des compatriotes russes qui aura lieu à Sofia en septembre, et on validera les candidatures des compatriotes pour recevoir des distinctions nationales russes, l'Insigne du mérite du compatriote et le Diplôme du mérite de la CGCE.

L'interaction de la Fédération de Russie avec les compatriotes résidant à l'étranger s'inscrit dans une période assez difficile. Les difficultés actuelles sont généralement objectives et s'expliquent par la brusque détérioration des relations internationales à cause des actions antirusses unilatérales des pays occidentaux.

La Russie continue d'accorder beaucoup d'attention à la situation des compatriotes à l'étranger. Il est important pour nous qu'ils vivent confortablement dans leur pays d'accueil et puissent développer librement des liens avec leur Patrie historique, éduquer les enfants dans le respect de la Patrie, étudier le russe sans obstacles et profiter des réalisations de la culture russe. C'est un élément indispensable à l'établissement de relations amicales avec les pays où vivent nos compatriotes. Nous travaillons à établir un dialogue constructif en ce sens et appelons nos partenaires à faire de même.

 

Sur l'évolution de la situation en Syrie

 

Nous continuons de constater dans l'ensemble une dynamique positive de la situation militaro-politique en Syrie.

L'application du Mémorandum sur la mise en place de zones de désescalade en Syrie du 4 mai et la consolidation du cessez-le-feu qui s'en est suivie permettent aux forces gouvernementales syriennes de se concentrer sur la lutte contre les terroristes de l’État islamique, du Front al-Nosra et d'autres groupes terroristes.

La politique des pacifications locales continue de porter ses fruits. La population civile revient dans les villes de Khan al-Cheikh, Deirkhabiya et Droucha au sud-ouest de Damas. L'administration de la région de Damas a l'intention d'y rétablir au plus vite l'approvisionnement en eau, en électricité et l'infrastructure sociale. Récemment les autorités locales ont annoncé leur décision de principe sur le retour des habitants de Sbeyna. Cependant, l'activité de Daech dans le quartier voisin d'al-Khajr al-Aswad - la seule banlieue sud de Damas où les terroristes restent encore présents - empêche pour l'instant de mettre en œuvre cette décision.

Plus de 100 familles syriennes sont revenues des camps de réfugiés au Liban pour regagner leur foyer à Tufail et à Ersal al-Ward dans la région du Qalamoun occidental.

L'armée syrienne a terminé la première étape d'une vaste opération dans le désert de Syrie. Selon les sources militaires syriennes, les forces gouvernementales ont atteint la frontière irakienne au nord-est du poste de contrôle d'al-Tanf. Elles sont certaines que les nouvelles réalités créent les conditions nécessaires pour une défaite définitive de Daech et de Nosra en coordination et en coopération avec les partenaires irakiens. Les forces gouvernementales auraient probablement pu parvenir à des succès plus marquants mais elles ont été gênées par les agissements de l'aviation américaine. Au cours de ce dernier mois les Américains ont attaqué à trois reprises les forces syriennes en pleine offensive au sud du pays sous prétexte de "légitime défense", soi-disant pour assurer la sécurité de la base des forces de la coalition américaine près d'al-Tanf.

Des affrontements intenses entres Daech et les forces gouvernementales se poursuivent dans la province de Homs à l'est de Palmyre. L'armée syrienne a repoussé les terroristes du champ pétrolier d'Arak et a occupé le territoire de l'aérodrome T-3. Les points de renfort des djihadistes près de la hauteur stratégique de Moustadira sont tombés.

Les militaires syriens ont paré une attaque du groupe al-Jabhat al-Islamiya, qui a prêté allégeance à Nosra, à l'ouest de Salamyeh. Dans le même temps l'aviation syrienne a porté une frappe significative contre les positions de Daech en détruisant le QG de campagne des terroristes à Uqayribat, à l'est de Salamyeh, empêchant ainsi les tentatives manifestement coordonnées de Daech et de Nosra de couper la route en direction d'Alep.

L'offensive réussie des forces gouvernementales s'est poursuivie du nord au sud-est sur la rive droite de l'Euphrate. Les unités d'avant-garde ont atteint les régions à l'ouest de la province de Raqqa et ont pris le contrôle d'une portion de l'importante autoroute Ithriyah-Rassafa.

Les unités des Forces démocratiques syriennes (FDS) poursuivent leur assaut sur la "capitale" de Daech, Raqqa, et avancent dans la ville à l'est et à l'ouest. Elles ont pris les quartiers de la zone industrielle, al-Sabahiya, partiellement Khattin et al-Roumaniya. On note que des combats se déroulent déjà dans l'ancienne partie de la ville. Les abords sud de Raqqa, où se concentre la plus importante partie des terroristes, ne sont pas encore bloqués. Les djihadistes en profitent pour fuir d'urgence en direction de Deir Ez-Zor et de Palmyre. Des milliers d'habitants pacifiques de Raqqa  continuent, au péril de leur vie, de quitter la ville qui subit les bombardements de la coalition. Conformément aux conclusions d'une commission indépendante de l'Onu pour enquêter sur les violations des droits de l'homme en Syrie, rien que depuis mars 2017 au moins 300 personnes ont été tuées par les frappes aériennes de la coalition menée par les USA dans la région de Raqqa.

Au nord de la province d'Alep plusieurs dizaines de combattants de Liwa Ahrar Manbij ont déposé les armes et se sont rendus aux autorités syriennes. Un affrontement sanglant a eu lieu à Al-Bab entre les groupes Sultan Mourad, Ahrar al-Cham, Faylaq al-Cham, 1er régiment et Division al-Hamza où plus de 30 djihadistes ont été tués. La raison des altercations entre les rebelles réside dans la lutte acharnée pour le partage des sphères d'influence sur le territoire syrien et l'accès aux sources de financement extérieur.

L'enregistrement de la conversation du représentant de Jaych al-Islam, Mohamed Allouche, avec le membre du Bureau politique de la Coalition nationale Jamal al-Ward diffusé sur internet n'est pas surprenant. Pour que ce groupe adhère à la "branche militaire" de la Coalition nationale, Mohamed Allouche avait exigé un salaire mensuel d'un million de dollars. Le chef du groupe a souligné que pour la Coalition nationale, généreusement financée par les pays étrangers, un tel accord de partenariat ne serait pas trop incommodant. Je pense que c'est très révélateur.

Les pays garants du processus d'Astana – la Russie, l'Iran et la Turquie – se penchent sur l'organisation du prochain cycle de la Réunion internationale sur la Syrie à Astana. Des consultations sont activement en cours pour convenir des documents liés à la mise en œuvre du Mémorandum du 4 mai.

 

Sur la fermeture, par le Parquet estonien, de l'enquête pénale sur l'assassinat du citoyen russe Dmitri Ganine à Tallinn en avril 2007

 

Nous considérons la décision du Parquet estonien de fermer l'enquête pénale sur l'assassinat du citoyen russe Dmitri Ganine à Tallinn en 2007 comme la preuve flagrante de l'hypocrisie des autorités estoniennes, qui nous répétaient qu'elles comptaient contribuer à l'élucidation de ce crime violent mais n'ont eu de cesse que de clore l'enquête par tous les moyens. En témoigne notamment le refus opposé depuis octobre 2015 par les forces de l'ordre estoniennes à la requête des enquêteurs russes chargés de l'investigation sur ce meurtre.

Nous sommes indignés par cette approche blasphématoire de la mémoire du citoyen russe. Notre ambassade à Tallinn a déjà exigé des autorités estoniennes qu'elles fournissent des informations sur les motifs de cette nouvelle démarche inamicale envers la Russie.

Nous exprimons notre soutien le plus sincère aux parents et aux proches de Dmitri Ganine dont les sentiments ont été indéniablement touchés par cette décision injuste. Nous continuerons d'apporter toute la contribution nécessaire, y compris en cas d'appel contre la décision du Parquet estonien.

 

Sur la position de la Russie concernant le processus de paix chypriote

 

Moscou suit attentivement l'évolution des négociations intercommunautaires dans le cadre du processus de paix à Chypre et salue leur reprise, prévue le 28 juin à Genève. La position de principe de la Russie reste inchangée. Nous prônons l'aboutissement à un règlement total, juste et viable sur l'île pour le bien de tous ses habitants. Nous soutiendrons la décision qui sera trouvée par les Chypriotes eux-mêmes et jugerons du progrès des négociations à partir des résultats concrets.

Dans le même temps, nous trouvons inadmissibles les tentatives de certains de nos partenaires occidentaux d'intensifier le processus de négociations et d'imposer un règlement rapide du problème chypriote à tout prix. Le triste sort du plan de Kofi Annan avait démontré la nuisance d'une telle pression extérieure.

 

Sur la déclaration du Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg

 

Nous avons noté la déclaration du Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg prononcée le 12 juin à l'issue de son entretien avec le Premier ministre macédonien Zoran Zaev. En particulier, le chef de l'Alliance a noté que toute ingérence extérieure dans les processus politiques intérieurs était inadmissible.

Sincèrement, cela fait longtemps que nous n'avons pas entendu le Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg critiquer aussi fermement Washington, les autorités de l'UE, de Berlin, de Tirana, lui-même et son organisation. C'est la grossière ingérence de l'Occident qui a causé la longue et profonde crise politique en Macédoine. Cette crise a conduit à une sérieuse dégradation de la situation dans ce pays.

Nous soutenons entièrement ces propos du Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg. Il serait profitable que les capitales occidentales commencent enfin à mettre ces directives en application.

 

Réponses aux questions:

Question: Récemment les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE se sont rendus en Arménie et dans le Haut Karabagh occupé. A quel stade se trouve aujourd'hui le processus de paix du Haut Karabagh selon le Ministère russe des Affaires étrangères? Est-il possible qu'après la visite des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie soit organisée à Bakou? Le processus de paix du Haut Karabagh sera-t-il évoqué pendant l'entretien des chefs de diplomatie de la Russie et de la France?

Réponse: Nous devons attendre le commentaire officiel du représentant russe qui se trouve sur place. Il sera fait. Les estimations du représentant russe seront publiées sur le site du Ministère russe des Affaires étrangères. En ce qui concerne les éventuels contacts dans différents formats, nous vous en informerons dès qu'ils seront convenus. Je n'ai aucune information à ce sujet aujourd'hui. Nous n'écartons pas la possibilité d'évoquer le Haut Karabagh pendant la visite du Ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à Moscou pour soulever différents problèmes internationaux. C'est naturel. Nous dialoguons avec nos collègues français, y compris à ce sujet. La concertation sur ce sujet n'est pas exclue.

Question: La "Ligne directe avec Vladimir Poutine" se tiendra aujourd'hui. Quelles questions poseriez-vous au Président russe Vladimir Poutine en tant que diplomate et simplement citoyenne russe?

Réponse: En tant que diplomate je suivrai la retransmission en direct et écouterai très attentivement les réponses aux questions relatives à la politique étrangère russe. Voilà ce que je ferai aujourd'hui sur mon lieu de travail.

Question: Ces deux derniers mois, le Ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Elmar Mamediarov a déclaré à plusieurs reprises que le maintien du statu quo dans le Haut Karabagh était intolérable. Selon lui, il faut surmonter ce "statu quo intolérable" conformément aux quatre résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies adoptées au début des années 1990. Les négociations durent depuis 23 ans dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE, dont la Russie est coprésidente. Les pays coprésidents ont proposé un ensemble de documents officieusement appelés "Principes de Madrid". La déclaration du Ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Elmar Mamediarov ne tire-t-elle pas un trait sur tout ce travail? Qui a besoin du Groupe de Minsk de l'OSCE et de ses propositions si l'on base le processus de paix sur des résolutions de l'Onu datant de 25 ans?

Réponse: Je pense que les deux parties (les représentants officiels et publics de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan) ont leur propre avis sur le règlement de ce problème. Un format a été établi pour régler ce problème de longue date, qui suppose la recherche d'un compromis. La recherche d'un compromis, c'est le rapprochement des positions des parties indépendamment du niveau de leur opposition. Telle est la pratique internationale du travail diplomatique – trouver des solutions à des problèmes qui semblent insolubles. Nous sommes d'accord avec vous dans le sens où la situation nécessite un règlement et un progrès. C'est pourquoi les contacts se sont particulièrement intensifiés ces derniers temps, à différents formats. De son côté la Russie, en tant que participante à ce format, fait tout pour qu'un compromis soit trouvé. On voudrait qu'il soit trouvé le plus vite possible mais pas au détriment de l'avenir des peuples des deux pays ni des habitants du Haut Karabagh, bien sûr.

Question: Les Américains vous ont-ils félicité pour la Journée de la Russie?

Réponse: C'est une question très intéressante. Pendant notre fête nationale – la Journée de la Russie – nous avons reçu de très nombreux vœux de la part des chefs d’État et des ministères des Affaires étrangères, de différents ministres, personnalités publiques et journalistes. Je n'ai pas à vous expliquer comment cela se passe, vous vous l'imaginez bien. Nous avons des services appropriés – services et départements protocolaires et par pays qui prennent en compte tous ces vœux. Nous n'avons jamais soulevé la question de vœux de certains pays à part, car la manière dont les personnes envoient les vœux est une question de protocole, d'éthique et d'éducation, d'autant plus qu'il est question de fêtes nationales. Notre attention sur ce point a été attirée après les étranges déclarations de Washington. Avant ces tentatives, nous n'avions jamais songé à savoir si des vœux nous avaient été envoyés ou non. C'est devenu intéressant après ce que nous avons entendu. Nous avons compris que cette histoire était quelque peu mystique. Puis nous avons commencé à recevoir de nombreuses questions de la part des journalistes.

En général les Américains publiaient de manière informelle de telles salutations et des vœux sur le site de leur département d’État. En principe cela ne correspond pas à la pratique diplomatique universellement admise qui suppose la remise officielle de vœux ou de télégrammes avec une adresse concrète et une signature. C'est une routine diplomatique qui a des dizaines d'années. En l'occurrence les Américains se sont distingués en faisant les choses à leur manière. Cette année ils ont dérogé à leur propre règle en faisant tout différemment. Le personnel du Département d’État a déclaré qu'avec la nouvelle administration leurs règles avaient changé et que désormais les vœux seraient transmis via les ambassades des USA. A première vue, on pourrait s'attendre à un retour à la norme et à la pratique diplomatique. Mais en réalité, quand nous avons entendu ces déclarations publiques et avons effectué des vérifications, il s'est avéré que l'Ambassade des USA à Moscou n'avait transmis aucun vœu aux autorités russes. Sachant que les vœux adressés à d'autres pays continuent d'être publiés sur le site du Département d’État. Après vos questions nous avons procédé à un recensement. Nous nous sommes aperçus que depuis début juin Washington avait félicité par internet l'Italie, la Suède, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, le Royaume-Uni, le Portugal et les Philippines. On a l'impression que les confrères se sont embrouillés. Soit dans la pratique à appliquer, soit dans leurs explications. On comprend difficilement ce qui se passe. La situation est curieuse: soit ils ne comprennent pas ce qui est publié sur leur site, soit ils tentent de justifier pourquoi le protocole a été ignoré. C'est difficile à comprendre. Peut-être que dans les conditions de la panique antirusse générale ils ont littéralement peur de dire des choses positives à la Russie. Vous comprenez que nous le vivrons comme toujours avec le sourire. Je pense qu'ils se sont vraiment embrouillés. Nous ne l'aurions pas remarqué sans les déclarations de Washington hier.

Question: Les négociations d'Astana sur la Syrie ont été reportées à trois reprises ce mois-ci. Est-ce dû au mois du Ramadan ou à d'autres facteurs?

Le Ministre qatari des Affaires étrangères Mohammed al-Thani s'est récemment rendu en visite à Moscou. Le rôle du Qatar dans le processus de paix en Syrie est-il en train de changer?

Réponse: En ce qui concerne les dates des négociations sur la Syrie à Astana, je ne dirais pas qu'elles ont été reportées ou modifiées: elles n'ont simplement pas encore été convenues. On peut reporter ce qui est déjà convenu et annoncé or en l'occurrence, nous n'avions pas confirmé les dates mentionnées par la presse. Pour l'instant nous essayons de les fixer compte tenu de très nombreux facteurs: la confirmation de l'acceptabilité de ces dates pour les partenaires et pour les participants syriens directs, pour l'opposition syrienne. Le processus de fixation des dates est en cours et il est relativement difficile compte tenu de différents facteurs.

En ce qui concerne les pourparlers avec des représentants du Qatar à Moscou, le processus de paix en Syrie était bien évidemment à l'ordre du jour. Nous connaissons la position du Qatar, sur certains points nous ne sommes absolument pas d'accord et sur d'autres il existe évidemment des possibilités de trouver des points de convergence et de coopération. En grande partie il était question de la situation dans la région, de la crise des relations qui a touché les pays concernés, de la situation du Qatar, des efforts de médiation internationaux visant à l'améliorer. Je ne pense pas qu'on puisse qualifier la position du Qatar comme changée par rapport à la Syrie, mais je le répète: nous entreprenons régulièrement des tentatives de trouver des points de convergence car c'est ce que suppose notre travail diplomatique.

Question: J'ai lu un communiqué du Ministère des Affaires étrangères concernant le référendum au Kurdistan irakien. Certaines actualités rapportent que la Russie s'oppose à ce référendum. On sait que Moscou soutient l'unité de l'Irak, mais est-ce que cela signifie que la Fédération de Russie s'oppose au déroulement du référendum? Ou est-ce le droit du peuple?

A-t-on établi une coopération entre la Russie et les Forces démocratiques syriennes pour libérer Raqqa?

Réponse: En ce qui concerne la seconde question, tout ce qui se passe sur le terrain du point de vue de la stratégie militaire et de libération est commenté par les experts du Ministère russe de la Défense. Si votre question concerne également les contacts politiques, je peux demander des précisions à ce sujet.

Quant au référendum en Irak, je n'ai rien à ajouter au commentaire fait par le Ministère russe des Affaires étrangères il y a une semaine. Il était détaillé et exprimait clairement notre position à ce sujet. Il n'y a rien à y ajouter.

Question: Il y a quelques jours le Président américain Donald Trump a chargé le chef du Pentagone du pouvoir d'accroître le contingent des forces américaines en Afghanistan. Pensez-vous qu'un tel renfort pourrait contribuer à l'amélioration de la situation dans le pays?

Réponse: Merci pour cette question très pertinente.

C'est une question globale qui ne concerne pas seulement l'Afghanistan, mais la politique étrangère américaine dans l'ensemble aussi bien sous la présidence de Donald Trump que de Barack Obama et d'autres présidents des États-Unis. Voyez par vous-mêmes: les décisions ponctuelles et détaillées sur l'augmentation des effectifs dans un pays ou dans une région sont prises en l'absence de tout concept stratégique orientant les actions américaines en ce sens. On a l'impression qu'on règle des questions privées, voire internes, liées à l'industrie de l'armement américaine, sans aucune stratégie pour normaliser la vie en Afghanistan et stabiliser la région que les USA ont résolument envahi avec un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, mais sans jamais avoir rendu de comptes. Ni la Russie ni aucun autre pays du monde ne comprend  ce que les USA comptent faire par rapport à l'Afghanistan, sur son territoire et dans la région sur dix ans, ni même un an ou deux. Regardez la fréquence avec laquelle ils ont changé de stratégie en Afghanistan au cours des dernières années, même dans le cadre d'une même administration. Tantôt ils retiraient les troupes, tantôt ils les renvoyaient, sachant qu'il n'existe pas de concept de politique étrangère ni de doctrine militaro-politique. Je pense que c'est ce qui explique l'absence du moindre compte-rendu sur le mandat du Conseil de sécurité des Nations unies délivré il y a des années aux USA et à leur coalition. Premièrement, on ignore sur quoi rendre compte, deuxièmement un compte-rendu implique forcément un suivi des tâches fixées. Il n'y a pas eu de suivi de ce qui a été fait ni de ce qui devait être fait.

Il n'y a aucun concept ni stratégie et pourtant les augmentations, les réductions et les redéploiements ont lieu constamment. C'est ce qui, d'après moi, est inadmissible dans les relations internationales actuelles. Malheureusement, cela ne concerne pas uniquement l'Afghanistan. Il est impossible d'évaluer des démarches concrètes pour renforcer un contingent si l'on ne conçoit pas clairement ce qui  doit être accompli. En fait, c'est une action dans le vide sans but ni stratégie, dont on peut difficilement apprécier la réalisation du point de vue des perspectives ou de l'efficacité. Je répète: ce n'est pas un problème inhérent uniquement à la nouvelle administration qui n'a pas encore présenté au monde son concept de politique étrangère sur différents axes. C'est soit une tactique, soit son absence chez les nombreuses administrations que nous avons vues - tendance qui se renforce particulièrement ces dernières années. Nous estimons qu'une telle approche est globalement contre-productive.

Question: Pouvez-vous confirmer l'information selon laquelle le sous-marin Dmitri Donskoï se dirige vers la mer Baltique pour participer à un salon international?

Réponse: Les questions concernant les sous-marins sont supervisées par le Ministère russe de la Défense.

Question: Je l'ai contacté, mais je n'ai pas reçu de réponse.

Réponse: C'est le Ministère de la Défense qui s'occupe des sous-marins. Ont-ils reçu votre question? Êtes-vous en contact? Je peux aider à établir le contact.

Question: La Russie prévoit-elle une réponse symétrique en cas d'instauration de visas pour les Russes en Ukraine?

Réponse: L'Ukraine doit comprendre ce qu'elle compte faire. J'ai lu les déclarations du Ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine. Même sa position change constamment. Il y a seulement un an il s'opposait personnellement à l'instauration de visas, puis il a dit qu'il ne s'y opposait plus et a commencé à proposer une autre approche du sujet. On comprend difficilement ce qu'ils feront en fin de compte, s'ils choisiront un régime avec ou sans visas. Par conséquent, nous nous baserons sur les faits pour réagir. Quand il y aura une action de leur côté, nous analyserons alors ce que le régime de Kiev a inventé cette fois-là.

Qui est visé par tous ces agissements de l'Ukraine? Avant tous les citoyens ukrainiens qui tentent de survivre, de travailler et de développer les entreprises dans les conditions très difficiles provoquées par le régime de Kiev. C'est eux qui sont visés avant tout par cette démarche. Pourquoi? On l'ignore.

L'establishment politique, les experts et les journalistes présentent cette affaire en Ukraine comme si l'annulation des visas avec l'UE supposait une union du peuple de l'Ukraine avec les peuples d'Europe, qu'elle ouvrait de nouvelles opportunités. Par conséquent, les contacts avec la Russie deviennent obsolètes et inutiles. Cependant, il y a une nuance: le régime sans visa ne permet pas aux citoyens ukrainiens de travailler sur le territoire de l'UE. Pour l'instant ils continuent de travailler ici, ils reviennent en Ukraine avec l'argent gagné en Russie pour vivre. Remplacer ces notions et raconter qu'avec le régime sans visa la vie sera "meilleure et heureuse" est pour le moins malhonnête de la part du régime de Kiev par rapport à son peuple.

Il faut être honnête et dire qu'il sera plus facile de voyager en tant que touristes, mais aucun assouplissement n'a été fait vis-à-vis du reste. Il est abject de spéculer sur ce thème. Créer de nouveaux obstacles à sa propre population pour les contacts et la possibilité de "rester à flot" dans les conditions pratiquement inhumaines dans lesquelles ils se trouvent – c'est au-delà de la limite du bien et du mal. C'est la population locale qui est la plus touchée dans cette situation. Pourquoi? C'est une bonne question.

Question: Les journalistes de la chaîne américaine CNN, notamment Christiane Amanpour, ont-ils réagi à votre appel à partir à Alep pour tourner un reportage sur le garçon Omran Daqneesh?

Réponse: Je n'ai pas vu. Honnêtement, on voudrait déjà s'adresser à eux via le bureau de CNN à Moscou. Nous recevons régulièrement des requêtes des correspondants de CNN qui travaillent aussi bien en Russie que des journalistes de la chaîne aux USA qui nous demandent de commenter différents sujets – les hackers russes, les nouvelles sanctions, l'ingérence dans les affaires intérieures et autres sujets liés à la Russie. Chaque jour je reçois de telles requêtes. Ces journalistes de CNN pourraient s'adresser collectivement ou à part à leur principale commentatrice, à la personne qui prétend au titre d'expert des relations internationales – Christiane Amanpour. Ils pourraient lui faire comprendre que puisqu'elle est venue à Moscou pour montrer au Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov la photo du garçon, pour raconter son histoire et en tirer des conclusions sur la Russie, elle pourrait peut-être trouver la force de faire un reportage pour démentir ses propres sujets, notamment dans les conditions dans lesquelles travaille actuellement la chaîne américaine en cherchant à établir la vérité et à lutter contre les fakes news.

Je répète: ce n'était pas un reportage banal mais une interview avec le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. De plus, cette interview a été enregistrée à la veille des élections américaines. Si la chaîne CNN estime que la Russie s'est prétendument ingérée, sans faits ni preuves, dans ce processus, alors elle pourrait analyser son propre sujet et ses propres reportages sur la présence d'une manipulation de l'opinion publique à la veille des élections. C'est un exemple concret de véritable manipulation de l'opinion publique en prévision des élections aux USA.

On s'est servi d'une histoire qui ne pouvait laisser personne indifférent, car il s'agissait d'un petit garçon blessé présenté par les journalistes de CNN comme tué sur le territoire syrien. D'une manière ou d'une autre la Russie en était accusée. Directement ou indirectement on donnait l'impression d'actions absolument illégitimes de l'aviation russe sur le territoire syrien qui auraient entraîné de telles victimes. Aujourd'hui, grâce aux efforts des journalistes russes qui font réellement leur travail, la vérité a fait surface. Maintenant nous connaissons toute l'histoire.

Je répète, peut-être qu'en pleine polémique antirusse la chaîne CNN trouvera le temps de démentir son propre reportage qui s'inscrivait dans une campagne de manipulation de l'opinion publique à la veille des élections américaines.

Question: Avez-vous vu les deux premières parties du documentaire d'Oliver Stone sur le Président russe Vladimir Poutine? D'après vous, sa position et la manière dont il a présenté la vision de Vladimir Poutine sur les relations russo-américaine permettront-elles de changer la position russophobe exprimée par les médias américains?

Réponse: Je pense que le discours direct, la possibilité donnée à la Russie, ses représentants et ses dirigeants d'exprimer leur position directement et non par l'intermédiaire des journalistes est un moyen très important de se frayer un passage jusqu'au public américain. Ce n'est pas fait pour influencer son opinion, mais pour apporter au public américain une information alternative.

Ce que nous lisons sur nos et sur notre pays dans les médias américains est terrifiant. C'est une information pervertie, morcelée et souvent compilée qui ne sert qu'un seul but: créer une image préconçue de la Russie en tant qu'agresseur potentiel. Nous voulons que tout ce que nous disons et que toutes nos informations aient d'une manière ou d'une autre la possibilité d'être présentées au public américain.

Documents supplémentaires

Photos

x
x
Outils supplémentaires de recherche