1 février 201714:23

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe avec le Ministre émirati des Affaires étrangères Abdallah Al Nahyane et le Secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit à l'issue de la 4e session du Forum de coopération russo-arabe, Abou Dabi, 1er février 2017

164-01-02-2017

  • de-DE1 en-GB1 es-ES1 ru-RU1 fr-FR1

Mesdames et messieurs,

Cher Abdallah,

Chers amis,

La 4e session du Forum de coopération russo-arabe vient de se terminer.

Ce dernier s'est affirmé comme un mécanisme efficace pour accroître la coopération diversifiée entre la Fédération de Russie et les États du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et la Ligue arabe. C'est effectivement une plateforme de dialogue fructueux sur les problèmes cruciaux de l'agenda régional et international. Aujourd'hui, nous avons confirmé l'utilité de ce mécanisme.

Nous avons évoqué la situation dans la région et, en particulier, souligné l'importance d'accroître l'efficacité de la lutte antiterroriste. Nous remercions nos collègues des États arabes pour le soutien qu'ils ont apporté à l'initiative du Président russe Vladimir Poutine de former un véritable front antiterroriste universel. Sous cet angle, nous avons étudié les tâches qui nous attendaient dans le contexte du règlement de la situation en Syrie, au Yémen, en Libye et pour stabiliser la situation en Irak en vainquant Daech. Nous avons abordé la situation au Soudan, en Somalie et le processus de paix au Proche-Orient. Sur tous ces axes, nous soutenons les efforts qui pourront conduire au dialogue politique et à l'entente nationale, contribuer au règlement des conflits sans ingérence extérieure et solutionner les problèmes existants en tenant compte des intérêts de tous les groupes de population sans exception – tant sur le plan ethnique que confessionnel et politique – dans chaque pays mentionné.

Je voudrais également remercier nos amis pour la haute appréciation qu'ils ont donné de la position de la Russie concernant le processus de paix au Proche-Orient dans le document que nous avons adopté, y compris de la proposition du Président russe Vladimir Poutine d'utiliser la plateforme russe pour un dialogue direct entre les autorités palestiniennes et israéliennes et la récente organisation à Moscou d'une réunion inter-palestinienne pour rétablir l'unité palestinienne.

Nous avons également analysé la mise en œuvre des accords fixés il y a un an dans le Plan d'action pour réaliser les principes, les objectifs et les tâches du Forum de coopération russo-arabe pour 2016-2018. Nous avons noté la nécessité d'un suivi régulier de notre travail conjoint, notamment dans les domaines économique, social, culturel et éducatif.

Nous sommes sincèrement reconnaissants envers les autorités des Émirats arabes unis et tous ceux qui ont contribué aujourd'hui à rendre notre réunion très efficace et utile. La 5e session du Forum de coopération russo-arabe se déroulera en Russie l'an prochain.

Question: Que pensent les Émirats arabes unis de la récente rencontre à Astana sur le processus de paix syrien?

Sergueï Lavrov (ajoute après Abdallah Al Nahyane): Comme l'a dit notre cher Président, la réunion d'Astana avait pour objectif d'entamer des négociations directes et de réunir pour cela les conditions les plus favorables, c'est-à-dire d'instaurer un cessez-le-feu. Le document sur le cessez-le-feu est ouvert à tous les groupes armés qui le souhaitent, sauf évidement Daech et le Front al-Nosra quels que soient l'étiquette et le nom qu'ils se donnent. Je voudrais noter encore une fois que quelques jours avant le début de la réunion d'Astana, deux groupes du Front Sud ont adhéré au cessez-le-feu et ont rejoint les négociations grâce à une aide significative de nos amis jordaniens. Non seulement la Russie, la Turquie et l'Iran en tant qu'organisateurs du mécanisme d'observation, mais également la Jordanie aident à élargir le nombre de participants au cessez-le-feu et aux négociations. Nous espérons que le nombre de groupes qui rejoindront ces accords augmentera. Nous avons déjà noté que l'annonce en soi de la réunion à venir à Astana avait poussé nos amis de l'Onu à se rappeler qu'ils devaient également s'occuper des négociations. Ils ont fixé une date, qui a toutefois déjà été reportée du 8 février à la fin du mois, mais j'espère qu'il n'y aura pas beaucoup d'autres reports de ce genre.

Question: Comment la Russie et le monde arabe pourraient-ils accroître leurs efforts pour régler les problèmes en Syrie? Est-il possible d'améliorer la coopération sur ce problème?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la possibilité de rendre notre coopération plus efficace, de renforcer la coordination entre la Russie et les pays arabes dans les efforts pour régler les problèmes dans la région ou pour contribuer à leur règlement: la perfection n'a pas de limites, il est toujours possible de se fixer des objectifs plus ambitieux. Mais je pense que le chemin que nous avons parcouru ces dernières années dans nos relations avec les pays arabes est très impressionnant. Je rappelle qu'hormis le Forum de coopération russo-arabe dont s'est tenue aujourd'hui la 4e session, il ne faut pas oublier le forum ministériel de la Russie et du Conseil de coopération du Golfe (CCG)  dans le cadre duquel nous avons également établi un dialogue très productif pour échanger nos avis sur différentes situations et rapprocher nos positions. Sur la plupart des questions, nous avons la même approche des objectifs stratégiques. Dans certains domaines, bien sûr, nous avons des nuances tactiques sur les moyens de parvenir à ces objectifs mais je pense que nous travaillons très efficacement, y compris au sommet, aussi bien au format multilatéral que bilatéral avec tous les pays du monde arabe.

Vous avez mentionné spécifiquement la Syrie. Nous en avons beaucoup parlé et avons trouvé des points de convergence. Il y a déjà les décisions du Groupe international de soutien à la Syrie, les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et désormais les accords d'Astana. Nous attendons également la reprise des négociations sous l'égide de l'Onu. La plateforme d'Astana contribuera à ce processus. Il faut mentionner également le fait que le gouvernement syrien, membre légitime de l'Onu, ne peut pas participer aux discussions au sein de la Ligue arabe - ce qui n'aide pas nos efforts communs. Je sais qu'il existe d'autres formes de contact et nous les saluons, mais je pense que la Ligue arabe pourrait jouer un rôle plus important et efficace si le gouvernement syrien était admis dans ses rangs.

Question: Revenons à la Syrie. Que pouvez-vous dire de la position de la nouvelle administration américaine vis-à-vis de la possibilité de créer des "zones sûres" en Syrie? Dans quelle mesure est-ce réalisable? Pensez-vous que c'est une bonne idée?

Sergueï Lavrov: Je peux faire un commentaire sur ces communiqués. Nous comprenons que l'administration de Donald Trump ait encore besoin de concrétiser ses approches. Comme on le sait, cette idée de "zones sûres" avait été évoquée au stade précoce de la crise syrienne. A l'époque, on voulait reproduire la triste expérience libyenne quand la création d'une telle "zone sûre" avait été annoncée à Benghazi où se trouvaient les forces antigouvernementales, et qu'un genre de gouvernement alternatif avait été créé. La communauté internationale, via l'Otan, était "venue en aide" à ce "gouvernement" et, en violant grossièrement la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, avait renversé le régime de Mouammar Kadhafi.

Dans les idées exprimées actuellement par Washington, je ne perçois pas la volonté de suivre la même voie déplorable. Tout le monde a compris la leçon quand la Libye a été détruite et nous essayons aujourd'hui encore d'aider les Libyens à rétablir leur intégrité territoriale, leur État. Si je comprends bien, quand les Américains parlent aujourd'hui de zones sûres ils souhaitent avant tout réduire le nombre de migrants partant vers l'Occident depuis cette région, y compris la Syrie. Je le répète: nous sommes prêts à des discussions, à des consultations, et nous sommes prêts à entendre les idées de la nouvelle administration américaine. Dès que la direction du Département d’État américain sera définitivement formée, je suis certain que nous entrerons en contact et instaurerons un dialogue régulier. Je suis sûr qu'il visera à obtenir des résultats pragmatiques, à apaiser la situation, à contribuer au règlement des crises en Syrie, en Libye, au Yémen et dans cette région en général. Je suis également convaincu que ce dialogue ne sera pas soumis au diktat de motivations profondément idéologisées de type "démocratisation", comme on a pu le voir par le passé.

Question: La Russie est aujourd'hui sous le coup de sanctions de l'UE et des USA. Avez-vous parlé du potentiel de l'économie et du commerce russe lors de cette visite aux Émirats?

Sergueï Lavrov: Avec tous les pays de la région, y compris les Émirats arabes unis, nous évoquons toujours les perspectives commerciales mutuellement bénéfiques, l'élargissement des investissements mutuellement bénéfiques dans nos économies et la coopération dans différents domaines. Cela n'a rien à voir avec les sanctions qui ont été décrétées de manière illégitime, unilatérale et en contournant le Conseil de sécurité des Nations unies. Nous n'évoquons pas non plus ces sanctions avec nos partenaires occidentaux même s'ils en font un objet de chantage en proposant de les lever si la Russie "faisait davantage sur le dossier ukrainien". Tout le monde sait pourtant qui, en Ukraine, mène la situation vers une impasse - en témoignent les récentes provocations du régime de Kiev. Même la presse allemande très orientée, le Süddeutsche Zeitung je crois, a reconnu que derrière tout cela se trouvait le Président ukrainien Petro Porochenko pour qui il était important d'aggraver la situation pour qu'on n'oublie pas l'Ukraine. Tout cela est sur sa conscience. Il a signé les Accords de Minsk et doit les remplir.

Les sanctions décrétées contre nous n'ont rien à voir avec le développement de notre coopération avec les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et tous les autres pays de la région comme l’Égypte. Nous souhaitons que ces relations soient détachées des perturbations conjoncturelles. Les pays de cette région sont nos partenaires stratégiques. Nous souhaitons qu'elle reste stable pour pouvoir coopérer sans être freinés par des problèmes en matière de sécurité.

 

*-*-*

 

Pour répondre à la proposition du Secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit d'organiser le prochain Forum à Saint-Pétersbourg, je dirai que nous le ferons avec plaisir. Mais pas besoin d'attendre l'année prochaine: venez à tout moment à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Je vous y invite indépendamment des dates du Forum.

Notre cher Président a rappelé qu'à Saint-Pétersbourg se trouvait l'Ermitage, et je sais d'après notre conversation d'hier sur nos relations bilatérales qu'ici, à Abou Dabi, on construit une filiale du Louvre parisien et que la ville accueille déjà une antenne du Musée Solomon R. Guggenheim. Je pense qu'il est temps de s'entendre sur la construction d'une filiale de l'Ermitage à Abou Dabi. Nos relations n'en seraient que gagnantes.

Documents supplémentaires

Photos

x
x
Outils supplémentaires de recherche