8 juillet 201610:46

Allocution d'Alexandre Loukachevitch, Ambassadeur de Russie auprès de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, pendant la réunion de son Conseil permanent sur la situation en Ukraine et la nécessité de remplir les Accords de Minsk, Vienne, jeudi 7 juillet 2016

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Monsieur le Président,

Le seul chemin qui permettra de rétablir la paix et l'entente en Ukraine est celui des Accords de Minsk, qui détaillent les étapes du plan de paix pour le pays, et pas celui de la capitulation - comme certains le voudraient. Offrir une autonomie locale particulière à certaines zones des régions de Donetsk et de Lougansk apportera des garanties fiables pour assurer les droits de leurs habitants, tout en contribuant à la normalisation de la situation globale dans le pays. Seuls les nationalistes radicaux et les "partis de la guerre", qui profitent de la souffrance des gens, seront perdants.

Malheureusement, Kiev ne témoigne d'aucune volonté de remplir les Accords de Minsk, fait traîner le dossier et organise même des provocations régulières le long de la ligne de démarcation. Nous sommes particulièrement préoccupés par l'intensification des bombardements visant des quartiers résidentiels. Depuis deux semaines, on constate un accroissement dangereux de l'activité militaire des forces armées ukrainiennes dans différentes zones de la ligne de démarcation dans le Donbass. Des informations nous ont été rapportées sur les nettoyages organisés par les soldats dans les communes situées près de cette frontière, telles que Mariinka et Stchastie. Nous avons aussi reçu des informations sur les livraisons de matériel militaire étranger en Ukraine pour la correction du feu d'artillerie, notamment des drones. On entend de plus en plus souvent des déclarations sur "l'impossibilité de remplir" les Accords de Minsk et sur le caractère "inévitable" du retour du Donbass à l'Ukraine par la force.

Si ces actions cachaient une intention de mener une opération de force, cela entraînerait des conséquences tragiques.

Je me limiterai à un seul exemple concret: le 29 juin a été constatée une incursion de soldats de Svetlodarsk en direction de Debaltsevo, avec des chars et de l'artillerie lourde. C'est une flagrante tentative de s'emparer d'un territoire supplémentaire et de sonder la ligne de contact de la partie adverse. Avec toute la volonté du monde, cela ne peut pas être camouflé en "tirs des séparatistes contre leur propre camp".

Zaïtsevo, Iassinovataïa et le quartier Kouïbychev de Donetsk ont été à nouveau bombardés hier. Sur toutes les communes bombardées figurant dans les rapports de la Mission spéciale d'observation (MSO) de l'OSCE, près de 80% sont contrôlées par les opposants. Dans les entrepôts de l'armée ukrainienne, 804 unités sur les 1 258 déclarées ont disparu, soit 64% du total. Des canons d'artillerie ukrainiens de différents calibres, y compris des lance-roquettes multiples (LRM), sont présents dans la zone de sécurité. Voici quelques informations. Entre le 24 juin et le 5 juillet, la MSO de l'OSCE a relevé 18 obusiers à Zelenoe pole, 12 obusiers à Bogoïavlenka, 6 obusiers et 3 canons antichars à Vodianoï, 9 canons antichars à Avdeevka, 5 obusiers à Tarassovka, 3 obusiers à Bagmout, un obusier à Novojelannoe, un LRM Grad à Zatichnoe, 2 canons antichars à Vroubovka, 2 obusiers à Smolianinovo, 4 obusiers à Anadola. Et je ne parle que de l'armement concerné par les Accords de Minsk.

Dans ces conditions, Kiev continue de bloquer les négociations sur les aspects politiques du processus de paix, fait entrave à la création de conditions normales pour le fonctionnement du Centre conjoint de contrôle et de coordination et cherche à saper le travail mené dans le cadre du Groupe de contact.

La partie ukrainienne cherche à retarder au maximum tout accord sur les premières démarches et les paramètres de désescalade de la tension dans le cadre du sous-groupe pour la sécurité du Groupe de contact et au Format Normandie. Les parties ont réussi à s'entendre sur les premières zones pour la séparation des belligérants et la démilitarisation, ce qui est un acquis important. Nous espérons qu'il ne sera pas balayé par les actions de la partie ukrainienne, comme ce fut le cas à Chirokino.

Il est évident que dans la mise en œuvre des mesures pour renforcer la sécurité dans le Donbass, il faudra adopter une approche cohérente et par étape incluant le cessez-le-feu, la séparation des parties, le retrait des armements et leur entreposage. Il faudra accroître considérablement les capacités de patrouille de la MSO de l'OSCE dans la zone de sécurité et garantir qu'après le retrait des forces, les zones démilitarisées ne seront plus réinvesties par les belligérants.

Ces démarches doivent être entreprises en parallèle avec les négociations sur les aspects politiques du processus de paix, de l'entrée en vigueur des lois ukrainiennes sur le statut particulier de certaines régions du Donbass à l'amnistie en passant par les élections et les amendements à la Constitution. Toutes ces questions sont interconnectées et ne peuvent pas être traitées indépendamment.

Les Accords de Minsk prévoient la concertation, sur plusieurs questions, avec les représentants de Donetsk et de Lougansk dans le cadre du Groupe de contact. Cela nécessite un dialogue direct des parties qui ne pourrait être remplacé par aucun autre format. Le Format Normandie doit jouer le rôle d'un mécanisme de contrôle et contribuer à la recherche de solutions réalistes pouvant être utilisées par le Groupe de contact. Nous sommes reconnaissants envers nos partenaires européens de ce format pour leurs efforts. Cependant, il est évident que des efforts supplémentaires seront nécessaires pour avancer dans l'exécution des Accords de Minsk.

Nous sommes reconnaissants envers la MSO de l'OSCE pour son travail. Il serait utile de renforcer la coopération avec le Centre conjoint de contrôle et de coordination et d'établir des contacts plus étroits avec les représentants des administrations de Donetsk et de Lougansk pour assurer davantage de liberté de mouvement pour les observateurs et éviter les malentendus.

La MSO peut jouer un rôle majeur dans le suivi et la contribution à la désescalade de la situation dans le Donbass, notamment grâce à une surveillance minutieuse de la zone de sécurité et de ses régions appelées à être démilitarisées.

La liberté de circulation relative des patrouilles de la MSO sur le territoire contrôlé par le gouvernement ne permet toutefois pas d'empêcher totalement les provocations de l'armée ukrainienne et des bataillons nationalistes, qui posent de nombreux obstacles. Nous avons noté que le 23 juin, les militaires ukrainiens ont notamment fermé l'accès aux observateurs de la MSO au poste de contrôle ukrainien à la frontière russo-ukrainienne dans la région de Kherson.

Pour conclure, nous voudrions rappeler que le prix de la réticence de Kiev à remplir les Accords de Minsk se chiffre avant tout en vies humaines – celles des habitants du Donbass, des soldats ukrainiens, des opposants. Chaque jour, la tâche de réintégration des zones des régions de Donetsk et de Lougansk dans l'espace politique et juridique de l'Ukraine devient de plus en plus difficile.

Merci pour votre attention.

 

 

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