11 février 201919:36

Sur la situation autour du Traité FNI

260-11-02-2019

  • de-DE1 en-GB1 es-ES1 ru-RU1 fr-FR1

Communiqué de presse

 

Cherchant à justifier leur décision destructive de sortir du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), les États-Unis déploient actuellement une campagne médiatique propagandiste basée sur des interprétations malhonnêtes et des spéculations ouvertes. Outre les tentatives malpropres de rejeter la responsabilité sur la Russie, on réduit intentionnellement la signification et le bien-fondé des préoccupations russes concernant la mise en œuvre de l'accord par Washington depuis plusieurs années. De plus, de fausses informations sont propagées sur l'évolution et le contenu du dialogue concernant les réclamations réciproques.

Dans les publications et les déclarations de responsables officiels américains, il est notamment affirmé que la Russie, "au lieu de réagir aux raisons de l'inquiétude des États-Unis concernant le Traité FNI, a commencé à avancer ses propres revendications". C'est exactement l'inverse. C'est en 2013 que les Américains ont émis leurs premières accusations contre la Russie, alors que l'utilisation par le Pentagone de "missiles-cibles" allant à l'encontre du Traité est soulevée par Moscou depuis 1999, et que nous évoquons le thème des drones d’ attaque depuis le début des années 2000.

Les déclarations de représentants américains selon lesquelles les États-Unis auraient répondu en détail aux réclamations russes sont également fausses. Pendant plusieurs années, la Russie a fait preuve d'un maximum de patience en sommant les Américains de remédier aux violations flagrantes du Traité FNI. Pour appuyer notre position, nous apportions des justifications argumentées et techniquement fondées - que Washington ne faisait que balayer.

Concernant les drones américains à potentiel offensif, certains types correspondent parfaitement à la définition "missile de croisière terrestre" fixée dans le Traité FNI. Cela fait référence à un drone servant à transporter une arme, doté de son propre moteur, dont le vol est assuré par l'utilisation de la force ascensionnelle aérodynamique sur la majeure partie de sa trajectoire. Que Washington le veuille ou non, c'est de cette manière précise qu'a été formulé le terme correspondant dans le Traité. Il est inadmissible de le négliger.

Le Traité FNI ne mentionne ni les vecteurs, ni l'éventualité d'une utilisation unique ou multiple. Il est donc enfreint par tout drone lancé depuis le sol dont le rayon d'action d'attaque est compris entre 500 et 5 500 km.

Les tentatives de se référer aux élaborations de drones d'attaque en Russie sont complètement inconsistantes. Aucun système de la classe mentionnée et d'une portée interdite dans le cadre du Traité n'a été déployé en Russie - contrairement aux États-Unis. Quant aux recherches, les travaux de recherche et développement ne sont pas interdits par le Traité FNI.

En ce qui concerne la vaste utilisation de "missiles-cibles" déclarés comme antimissiles, la Russie a toutes les raisons de soupçonner qu'en réalité sont testés des moyens interdits dans le cadre du Traité FNI. Sous prétexte de tester les systèmes d'avertissement de l'ABM, ils sont lancés à une portée comprise entre 500 et 5 500 km sans être détruits, et donc avec un cycle de vol entier - du départ à la chute de la charge utile, qui inclut souvent des ogives manoeuvrantes, des blocs avec des leurres, etc.

De cette manière, sous la forme de "cibles pour l'ABM" les États-Unis créent des missiles dont la portée, les caractéristiques de vitesse, le système de contrôle et les paramètres réduits de l'ogive sont identiques aux moyens visés par les restrictions du Traité FNI. Les affirmations américaines selon lesquelles les "missiles-cibles" ne tombent pas sous le coup du traité car ils ne sont pas utilisés à des fins offensives ne peuvent être acceptées. Car leur lancement sans interception est indiscernable des essais de vecteurs.

Une autre réclamation russe envers les États-Unis, qui suscite probablement la plus grande inquiétude dans le contexte du Traité, porte sur le déploiement terrestre de vecteurs universels Mk-41 au sein du système Aegis Ashore. Ils sont déployés en Europe, prétendument avec pour seul objectif de servir à la défense antimissile. Cependant, les vecteurs mentionnés permettent de procéder à une utilisation opérationnelle depuis le sol de missiles de croisière de moyenne portée Tomahawk et d'autres armes offensives. C'est une violation directe et scandaleuse du Traité FNI.

Conformément au Traité FNI, les États-Unis ont détruit à une époque des systèmes terrestres de lancement pour les missiles de croisière de la gamme Tomahawk. Ces armements avaient été créés dans le cadre d'un programme commun en tant que missiles universels adaptés à différents types de stationnement. Les versions sol-sol et sol-mer n'affichaient pratiquement aucune différence en apparence.

A présent, plusieurs décennies plus tard, les autorités américaines reconstruisent de facto l'infrastructure au sol pour les Tomahawk. Cela va à l'encontre du Traité FNI. La projection des Mk-41 installés sur les navires vers la terre ferme fait clairement passer ces systèmes dans la catégorie des vecteurs de missiles de croisière terrestres.

Les déclarations de représentants officiels américains, selon lesquelles les vecteurs déjà déployés en Roumanie et sur le point d'être déployés en Pologne ne sont pas identiques aux Mk-41 navals, entrent en contradiction avec les propos des militaires et des concepteurs américains du système Aegis Ashore. Ces derniers avaient honnêtement reconnu à plusieurs reprises que les versions terrestre et navale de ce vecteur étaient "pratiquement identiques".

Au-delà de l'aspect juridique, cette question revêt une dimension stratégique importante pour la Russie. On parle tout de même ici de l'apparition de l'infrastructure balistique américaine à proximité immédiate de la Russie. La menace pour notre sécurité est d'autant plus forte que les États-Unis ont annoncé vouloir recréer le potentiel des missiles de croisière mer-sol en version nucléaire, dont le rôle pourrait à nouveau être joué par les Tomahawk comme ce fut déjà le cas par le passé. Par conséquent, de tels missiles dotés d'ogives nucléaires pourraient également se retrouver à terme sur les vecteurs des systèmes Aegis Ashore de la Roumanie et de la Pologne.

Ayant renoncé à toute avancée positive sur les problèmes d'une importance critique pour la Russie, les États-Unis cherchent à détourner l'attention sur les prétendues "infractions" russes au traité FNI. Sachant qu'ils présentent les choses comme si la Russie avait reçu une quantité significative d'informations pointant notre "culpabilité".

C'est faux. Ce n'est pas par hasard que Washington passe sous silence le fait que pendant cinq ans la Russie a cherché à obtenir de la partie américaine des informations sur trois aspects clés, dont l'examen aurait ouvert la voie à une étude professionnelle des plaintes américaines: premièrement, nous avons demandé une définition claire du missile suscitant des soupçons; deuxièmement, nous souhaitions que nous soit transmise l'information sur la date des lancements concrets par lesquels, selon les États-Unis, nous aurions enfreint nos engagements dans le cadre du Traité FNI; et surtout, troisièmement, que nous soient fournies les données objectives qui ont conduit à la conclusion que pendant les essais, la portée de vol aurait dépassé la portée autorisée.

Au lieu de fournir tout de suite l'ensemble des informations qu'ils prétendaient détenir, ce sur quoi insistait la Russie, les Américains ont choisi une autre voie. Tout d'abord ont été exprimées des allusions floues du genre "vous savez parfaitement vous-mêmes comment vous les enfreignez". Puis ils ont transmis à la Russie des informations minimes et complètement généralisées, auxquelles épisodiquement, parfois seulement une fois par an, étaient ajoutées des miettes d'information, notamment des photos spatiales tirées d'internet et le nom du type de châssis d'un vecteur largement utilisé, ce qui ne permet pas de tirer une conclusion professionnelle.

Washington a eu besoin de plusieurs années avant de pointer un missile concret: le 9M729 conçu dans le cadre de la modernisation du système Iskander-M. Mais la Fédération de Russie n'a jamais caché son existence, ce dont on essaie de nous accuser. Nous avons confirmé la présence de cette munition dans l'arsenal russe quand son indicatif a été nommé par les Américains. Cependant, nous avons continuellement nié et nions que ce missile a été testé à une portée interdite par le Traité FNI.

En ce qui concerne les lancements concrets qui auraient été effectués par la Russie en transgressant le Traité FNI sur le polygone Kapoustine Iar dans la région d'Astrakhan, leurs dates - en 2008 et en 2011 - ont été transmises aux autorités russes seulement à cinq jours de l'annonce par les États-Unis de leur intention de se retirer du Traité, le 20 octobre 2018. Mais cette information n'était pas non plus appuyée par des arguments factuels. La portée exacte à laquelle, selon les Américains, le missile a été testé, n'est pas non plus indiquée. Au lieu de cela ils se sont limités à des références à des renseignements mystérieux qu'ils ont refusés de présenter, comme à leur habitude.

En d'autres termes, pendant longtemps il a été suggéré à la Fédération de Russie de reconstituer elle-même le "puzzle" à partir d'éléments disparates et reçus à différentes périodes, alors qu'absolument aucune preuve d'infraction du Traité par la Russie n'a été apportée. Ni l'indicatif du missile, ni les dates des lancements qui ont lieu régulièrement à Kapoustine Iar dans le cadre des essais ou des exercices opérationnels des forces de missiles, témoignent de quoi que ce soit d'illégal.

La manière dont les États-Unis cherchent aujourd'hui à manipuler les faits en justifiant maladroitement leur décision de briser définitivement le Traité FNI renforce la conviction que la ligne visant à torpiller le Traité a été adoptée par les Américains depuis longtemps. La véritable raison en est la volonté de se délier les mains au maximum, d'assurer la possibilité d'utiliser un spectre illimité d'outils militaires pour exercer une pression par la force sur tous leurs opposants partout dans le monde.

C'est une politique très dangereuse qui risque d'entraîner des conséquences très regrettables pour la stabilité mondiale. Le public international, notamment les citoyens des États-Unis et d'autres pays de l'Otan dont les autorités répètent aveuglément les insinuations américaines, devraient se demander jusqu'où pourrait mener la course de Washington derrière le fantôme de la domination militaire.

 

 

 

 

 

 

 

x
x
Outils supplémentaires de recherche