28 février 201818:05

Réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en marge de la 37e session du CDH et de la Conférence pour le désarmement, Genève, 28 février 2018

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Question: Ce week-end, les États-Unis ont décrété de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord. Actuellement, quelle est la probabilité d'un scénario militaire du côté des USA? Quelle serait la réaction de la Russie dans ce cas?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la plausibilité d'un scénario militaire, ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question mais au gouvernement américain. Le Président américain Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises qu'il prendrait toutes les mesures nécessaires, y compris militaires, pour régler ce problème. Les avis concernant cette option ont déjà été exprimés plusieurs fois aux USA, en Russie et dans d'autres pays: ils se résument au fait que cela provoquerait une catastrophe humanitaire qui emporterait des centaines de milliers de vies, voire des millions. Tout cela est bien connu.

Nous voulons vraiment que le mouvement positif initié pendant les Jeux olympiques et qui, nous l'espérons, se poursuivra pendant les Jeux paralympiques de Pyeongchang 2018, soit utilisé pour créer les conditions permettant d'entamer les négociations. Pendant les JO, une délégation nord-coréenne haut placée s'est rendue à Pyeongchang, des pourparlers ont été organisés avec le Président sud-coréen et la délégation nord-coréenne s'est dite intéressée par un contact avec le vice-Président des USA Mike Pence (malheureusement, cette opportunité n'a pas été saisie).

Nous espérions vraiment que les parties concernées profiteraient de cette accalmie, quand aucun essai ni lancement de missile n'a été organisé en Corée du Nord et qu'en parallèle aucun exercice n'a été organisé par les USA et la Corée du Sud, pour créer de facto un mouvement positif. Malheureusement, cela n'a pas eu lieu. De nombreux observateurs ont noté que le représentant spécial des USA pour le problème nucléaire de la péninsule coréenne, Joseph Yun, avait démissionné. Tout le monde ne croit pas que cette démission s'explique uniquement par des problèmes familiaux, tel que cela a été annoncé. Pour l'instant, on ignore même qui le remplacera. Cela n'invite pas à l'optimisme. Néanmoins, nous continuons d'évoquer les possibilités de normaliser la situation, de créer les conditions pour les négociations avec tous les participants des négociations à Six. Aujourd'hui nous avons évoqué en détail ce sujet avec mon homologue la Ministre sud-coréenne des Affaires étrangères Kang Kyung-wha. Nous poursuivrons les contacts.

Question: Le maintien de la pause humanitaire dans la Ghouta orientale sera-t-il compatible avec les activités de groupuscules? Par exemple, hier l'Armée syrienne libre a déjà demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de faire sortir les combattants du Front al-Nosra et des membres de leur famille. Comment réagira Moscou?

Sergueï Lavrov: Nous sommes préparés à tous les scénarios. Nous avons appliqué la méthode de sortie délibérée des combattants avec leur famille quand était réglé le problème de la libération de l'Est d'Alep. Nous serons prêts à évoquer toutes les options qui permettront de neutraliser les terroristes et de stopper leur activité. S'il est possible de les faire sortir quelque part, nous ne nous y opposerons pas - mais il faut en parler. Nous serons prêts à évoquer toutes les possibilités qui permettront avant tout de sauver des vies humaines. La résolution a été adoptée. Elle indique que les terroristes ne sont pas soumis au cessez-le-feu qui doit être établi. Si nos collègues de l'Onu et ceux qui ont de l'influence sur le Front al-Nosra s'entendaient sur la possibilité de cette sortie, nous n'y serions pas opposés.

Question: Avez-vous évoqué, pendant l'entretien avec votre homologue sud-coréenne, les possibilités d'un rapprochement entre les deux Corées? Quel rôle pourrait jouer la Russie dans cet éventuel rapprochement?

Sergueï Lavrov: La question de l'unification de la Corée est à l'ordre du jour en tant que tâche fondamentale. C'est un repère vers lequel avancent les deux pays. Chacun d'eux possède un ministère spécial, une structure qui s'occupe des questions d'unification. Nous soutenons les attentes du peuple coréen concernant le rétablissement de son unité. Nous sommes prêts à y contribuer, mais le dernier mot revient à Séoul et à Pyongyang. Si, dans leurs contacts qui se sont intensifiés pendant les Jeux olympiques et paralympiques de 2018, ils jugeaient notre contribution nécessaire, je garantis que nous apporterions toute l'aide qui serait utile à nos voisins.

Question (traduite de l'anglais): Que savez-vous des prétendues livraisons de composantes d'armes nord-coréennes en Syrie?

Sergueï Lavrov (traduit de l'anglais): Je n'en ai pas entendu parler. S'il existe des preuves, elles doivent être présentées. Je ne peux pas commenter substantiellement un fait qui n'a pas été appuyé par des preuves.

Question (traduite de l'anglais): Êtes-vous sûr que la guerre en Syrie se terminera cette année? Quels scénarios sont prévus compte tenu de la détérioration de la situation dans ce pays?

Sergueï Lavrov (traduit de l'anglais): Je ne pense pas que la situation se détériore. Elle se détériore pour les terroristes du Front al-Nosra qui étaient jusqu'à présent constamment épargnés par la coalition des USA. Nous avons soulevé plusieurs fois cette question avec Washington sans obtenir de réponse susceptible de susciter notre confiance. Cependant, il est parfaitement clair que toute forme de terrorisme doit être éradiquée en Syrie. Les USA et d'autres partenaires présents en Syrie, qu'ils y aient été invités ou non, disent la même chose.

Dans le même temps, nous sommes évidemment convaincus que les conditions sont réunies pour relancer le processus de paix. Aujourd'hui j'ai rencontré l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu Staffan de Mistura, avec qui nous avons parlé du déroulement de la mise en œuvre des décisions du Congrès du dialogue national syrien de Sotchi. Staffan de Mistura a confirmé l'importance de cette plateforme pour renforcer les bases sur lesquelles il pourra relancer les négociations et commencer un travail réel sur la nouvelle Constitution syrienne.

La tâche primordiale aujourd'hui consiste à assurer la mise en œuvre de la résolution 2401 du Conseil de sécurité des Nations unies sous la forme qui a été convenue. Le document contient l'exigence claire du Conseil de sécurité des Nations unies envers toutes les parties sur le terrain et ceux qui ont de l'influence sur elles, de s'entendre sur un cessez-le-feu sur l'ensemble du territoire syrien pour garantir une pause d'au moins 30 jours afin d'acheminer l'aide humanitaire. Les conditions pour annoncer le cessez-le-feu en Syrie se normalisent, mais nous n'attendons pas. Vous le savez: les militaires russes, sur ordre du Président russe, ont annoncé des pauses humanitaires quotidiennes de 5 heures pour les besoins humanitaires des civils si les bandes qui contrôlent la Ghouta orientale le permettent (dans le cas de l'Est d'Alep ils ne permettent pas les convois humanitaires de passer, se disant publiquement prêts à les attaquer). Ces couloirs humanitaires prévus par la résolution peuvent être utilisés par la population civile qui souhaite quitter ces régions, être évacuée.

Nous voulons également que les besoins humanitaires du peuple syrien ne soient pas perçus uniquement par rapport à la Ghouta orientale, mais également à d'autres régions du pays, notamment Raqqa, pour que l'Onu, probablement l'Organisation mondiale de la santé et le CICR envoient une mission pour déterminer quelle aide humanitaire est nécessaire. La ville a été rasée, jusqu'à présent des corps reposent dans la rue, il n'y a pas d'eau, les conditions sanitaires sont mauvaises, tout le territoire est miné mais personne ne s'occupe de cette catastrophe humanitaire. Quand nous avons proposé d'y envoyer une mission de l'Onu et du CICR, un commandant américain sur le terrain a déclaré que ce n'était pas nécessaire. Mais c'est au Secrétaire général de l'Onu et du CICR de décider si c'est nécessaire ou non.

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