5 août 201518:19

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'issue de sa participation à la réunion ministérielle ASEAN-Russie, Kuala Lumpur, 5 août 2015

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Aujourd'hui à Kuala Lumpur, le principal événement pour la délégation russe fut la réunion ministérielle dans le cadre du dialogue de partenariat ASEAN-Russie. Notre travail a été très productif.

Premièrement, nous nous sommes entendus sur la création d'un Groupe de personnalités éminentes où seraient représentés tous les pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) et la Russie. Des chercheurs et des politologues en feront partie et nous avons déjà des idées concernant les candidatures. Ce Groupe sera chargé par les gouvernements de préparer un document stratégique définissant les perspectives de notre partenariat avec l'ASEAN, dans tous les domaines et sur le long terme.

Deuxièmement, nous avons convenu d'achever d'ici fin 2015 la préparation du nouveau plan d'action ASEAN-Russie pour les 5 prochaines années. Le plan actuel arrive effectivement à échéance en décembre.

Troisièmement, nous voulons donner un nouveau souffle à la feuille de route adoptée il y a 3 ans pour le développement de la coopération commerciale, économique et d'investissement. Nous rédigerons des annexes à cette feuille de route pour les secteurs présentant de bonnes perspectives d'investissements mutuels.

Quatrièmement, nous avons convenu d'organiser l'an prochain l'Année culturelle croisée ASEAN-Russie, nous avons évoqué les activités qui la rendraient particulièrement intéressante pour nos citoyens en matière de familiarisation avec les traditions, le quotidien, la culture et les acquis de nos pays dans le domaine humanitaire.

Concernant les problèmes de sécurité régionale, nous avons réaffirmé notre attachement à la poursuite du processus initié il y a quelques années pour établir des approches communes afin d'assurer la sécurité dans cette région sur une base collective et non-alignée, ainsi que pour poser les fondements d'une architecture de sécurité fiable et d'un développement durable.

C'était une réunion très utile.

Question: De quoi avez-vous parlé avec le Secrétaire d’État américain John Kerry? Avez-vous évoqué la situation en Ukraine? Faut-il convoquer le "quartet Normandie" au niveau ministériel?

Sergueï Lavrov: Nous avons eu dix contacts bilatéraux en marge des activités d'aujourd'hui, dont l'entretien avec le Secrétaire d'Etat américain John Kerry.

Nous avons parlé avant tout des problèmes au Moyen-Orient et en Afrique en prolongement de notre récente discussion au Qatar avec la participation du Ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir. Nous sommes tous d'accord sur le fait que l’État islamique représente une menace commune et un mal pour tous. Nous sommes d'accord sur la nécessité d'unir nos efforts pour combattre ce fléau au plus vite et avec un maximum d'efficacité. Nous n'avons pas encore défini de méthode commune, compte tenu des contradictions entre divers acteurs sur place, y compris les troupes armées de l'opposition syrienne. Je n'entrerai pas dans les détails - cela fera l'objet de nos contacts à venir. Nous nous sommes entendus pour que les experts du Ministère russe des Affaires étrangères et du Département d’État américain continuent à travailler sur ce sujet. Bien évidemment, nous nous appuierons sur nos initiatives.

Nous avons également parlé de l'Ukraine, notamment du canal entre les ministères des Affaires étrangères mis en place sur décision du Président russe Vladimir Poutine et du Président américain Barack Obama - constitué de mon adjoint Grigori Karassine et de la Sous-secrétaire d’État Victoria Nuland. Si je ne m'abuse, ils se sont rencontrés quatre fois et se sont entretenus par téléphone à plusieurs reprises. Nous profitons de ce canal pour renforcer les efforts du "quartet Normandie", afin d'assurer un résultat aux réunions du Groupe de contact à Minsk. Le dernier cycle de ces réunions s'est tenu le 3 août et a été partiellement prolongé jusqu'au 4 août. Certains sous-groupes poursuivent les contacts par Skype et des visioconférences seront organisées.

Avec John Kerry, nous avons évoqué le dossier ukrainien sous tous ses aspects: la sécurité, le processus politique, les questions humanitaires et le rétablissement économique. On avance en particulier sur les questions économiques et humanitaires, et on espère que les décisions adaptées seront également prises concernant les problèmes du retrait des armements de moins de 100 mm, ainsi que la fin de la démilitarisation de Chirokino.

Je ne veux accuser personne, mais les insurgés ont fait leur part du travail et aujourd'hui les négociateurs du groupe pour la sécurité ont été ralentis par les hésitations des représentants du gouvernement ukrainien. Mais selon nous, et John Kerry est d'accord, cette situation est surmontable.

Le sujet le plus complexe reste le processus politique – la réforme constitutionnelle, le statut particulier du Donbass, l'organisation des élections municipales sur le territoire des républiques autoproclamées. Je le répète, conformément aux accords de Minsk, tout cela doit être fait en concertation avec les représentants de Donetsk et de Lougansk. A notre grand regret, il n'y a pas encore suffisamment de contacts directs à ce sujet entre Kiev, Donetsk et Lougansk. Ils ont lieu uniquement dans le cadre des rencontres des sous-groupes du Groupe de contact et n'ont pas conduit à un dialogue substantiel en conformité avec les accords de Minsk. J'espère vraiment que cette situation sera surmontée rapidement et que les tentatives de retarder la tenue des engagements prévus par les accords de Minsk du 12 février 2015 n'empêcheront pas de parvenir à un résultat.

Question: Est-ce que le veto russe contre la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies visant à créer un tribunal spécial sur la catastrophe du vol MH17 aura un impact sur le statut de la Russie en tant que partenaire de dialogue de l'ASEAN et sur ses relations bilatérales avec la Malaisie?

Sergueï Lavrov: Pas du tout. Hormis la réunion avec les États membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est dans le contexte du dialogue ASEAN-Russie, je me suis entretenu avec le Ministre malaisien des Affaires étrangères Anifah Aman. J'ai constaté de son côté une parfaite compréhension de la position russe, qui tend à régler la principale question pour nos amis malaisiens – rétablir la vérité. La Russie est le seul pays qui a fourni à ce jour les enregistrements de ses radars réalisés ce jour-là. Personne d'autre ne l'a fait. Nos partenaires américains n'ont toujours pas fourni leurs photos satellites ou toute autre information. Les Ukrainiens refusent de partager les enregistrements des conversations entre les contrôleurs aériens et les équipages des avions qui traversaient l'espace aérien ce jour-là.

La création d'un tribunal ne réglerait pas ces questions rapidement et pourrait au contraire être utilisée comme prétexte pour voiler l'inefficacité de l'enquête menée par le Conseil néerlandais de sécurité. De plus, ce serait un écart à la résolution 2166 du Conseil de sécurité des Nations unies prescrivant une enquête minutieuse, impartiale, globale et internationale sous l'égide de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).

Nous avons beaucoup de questions concernant l'inefficacité et l'absurdité des mesures prises par l'équipe actuelle des enquêteurs, qui n'ont pas suivi les procédures les plus élémentaires dans les premiers jours qui ont suivi la tragédie: par exemple, ils n'ont pas appliqué les mesures prescrites par les normes et les principes de l'OACI. Ils ont visité plusieurs fois la zone du crash mais n'ont recueilli les débris que quelques mois plus tard, etc. Ils n'ont pas suivi non plus la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous voudrions que cette résolution serve de base pour que l'Onu contrôle le déroulement de l'enquête. Cette année, la Russie a demandé plusieurs fois au Conseil de sécurité des Nations unies d'obtenir des informations sur le déroulement de l'enquête. Nos collègues occidentaux ont refusé d'accepter cette proposition. Le Secrétaire général de l'Onu devait proposer des recommandations sur la contribution que l'Onu pourrait apporter à l'enquête, mais ne l'a pas fait bien que cela soit prévu par la résolution 2166 du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous avons suggéré d'envoyer une mission de l'Onu sur les lieux de la tragédie. Cette proposition a, elle aussi, été rejetée. Nous préconisions également à l'Onu de nommer un envoyé spécial pour suivre le déroulement de l'enquête - initiative une fois de plus rejetée.

Les pays occidentaux ont ainsi empêché le Conseil de sécurité des Nations unies de jouer un rôle unificateur dans le processus d'établissement de la vérité, qui affirment que c'est à cet organisme de décider de la création d'un tribunal - un cas sans précédent. Le Conseil de sécurité des Nations unies n'est pas habilité à créer des organismes visant à enquêter ou traduire en justice des individus pour avoir commis des crimes. La destruction d'un avion est un crime, de tels incidents se sont déjà produits, mais le Conseil de sécurité des Nations unies n'avait jamais été impliqué dans les enquêtes. Ces pays cherchent à faire passer la forme pour le fond: la nécessité de mener une enquête minutieuse, complète, honnête et impartiale. Quand cette enquête sera terminée, ce qui est attendu d'ici la fin de l'année, il y aura alors plusieurs possibilités pour traduire en justice les responsables, y compris l'accord de certains pays sur l'instauration des procédures pour appliquer les juridictions nationales.

L'obsession d'impliquer le Conseil de sécurité des Nations unies prête à croire que certains préfèrent jouer aux "jeux de propagande" parce qu'ils n'ont pas de réponses aux nombreuses questions fondées d'un point de vue juridique: pourquoi cette enquête a commencé si tard et pourquoi est-elle menée aussi mal.

Nous exprimons au peuple malaisien notre entière solidarité, nous apprécions que l'approche de la Malaisie du problème de la tragédie ne comporte aucune tentative de spéculer sur cet incident, sur le sort des victimes, sur les sentiments de leurs proches. D'ailleurs, quand cette tragédie s'est produite, quatre pays – la Belgique, l'Ukraine, l'Australie et les Pays-Bas – ont constitué leur propre mécanisme d'enquête sans rien demander à personne, ni au Conseil de sécurité des Nations unies ni à qui que ce soit d'autre. Ils n'avaient même pas invité la Malaisie. En août 2014 ils ont formé une équipe d'enquêteurs, et la Malaisie n'a réussi à intégrer ce mécanisme qu'en décembre 2014 – quatre mois après la tragédie et l'adoption de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Tout cela n'aide pas ceux qui cherchent à rétablir la vérité et profite à ceux qui veulent proclamer leur propre verdict sans aucune preuve, sans répondre à la question de savoir pourquoi cette enquête est aussi défaillante.

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